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Athlétisme

Camille Moutard : « J’ai ma place aux Jeux Olympiques »

Etienne Goursaud

Publié le

Camille Moutard : "J'ai ma place aux Jeux Olympiques"
Photo Icon Sport

ATHLÉTISME – Entretien avec la marcheuse de 22 ans Camille Moutard, 21e des derniers Mondiaux à Budapest (Hongrie). Elle revient avec nous sur son année 2023, marquée par quelques difficultés techniques, désormais résolues. Elle tire beaucoup de satisfactions malgré tout, avec une médaille de bronze lors des championnats d’Europe Espoirs et une belle première participation aux Mondiaux. Dans le viseur, les JO de Paris 2024. Camille Moutard évoque aussi sa discipline, les progrès des Françaises, ses expériences lors des grands championnats.

Camille Moutard : « Le passage avec les chaussures carbone n’a pas été la bonne solution »

Si tu devais te souhaiter une seule chose pour 2024, qu’est-ce que cela serait ?

Camille Moutard : On peut me souhaiter la réussite, que ce soit au niveau professionnel ou au niveau sportif. Et une participation aux Jeux Olympiques.

L’année 2023 a été riche, avec la médaille européenne espoirs et les Mondiaux. Avec du recul, quel bilan en fais-tu ?

Cela reste une belle saison, avec cette médaille européenne. Mais il y a un gout d’inachevé. J’ai eu quelques soucis techniques sur toute ma saison et je n’ai pas pu m’exprimer pleinement. Quand on a des soucis techniques, on est obligé de ralentir et on ne fait pas les performances que l’on veut. Je faisais de très belles choses à l’entraînement qui ne sont jamais concrétisés dans les compétitions. Il y a cette frustration mais malgré tout, cette médaille chez les jeunes et une participation aux mondiaux en étant espoir, ce n’est pas rien. Je reste contente d’avoir su gérer ces petits obstacles qui font que ma saison n’a pas été telle qu’elle devait être.

Tu évoquais chez France 3 régions une mauvaise expérience avec les chaussures carbones.

C’est ça. J’ai fait le choix, en début d’année 2023, de passer avec les carbones, car beaucoup de marcheuses l’ont fait et ont passé des caps assez impressionnants. Je me suis dit : « Pourquoi pas ? ». Mais la chaussure carbone a tellement de renvoi que j’arrêtais complètement la poussée et la chaussure me renvoyait vers le haut. Cela donne un effet de sautillement qui ne plaît pas vraiment aux juges. Je pensais que ce serait un plus et cela a été un vrai moins.

Une fois que la technique est changée, il faut retravailler pour réussir ce geste. Et retrouver ces sensations d’avant les chaussures. Ce n’est pas facile et cela commence à payer que maintenant, alors qu’on a travaillé la technique depuis le mois de mai 2023. La saison dernière a été compliquée sur cela. Les carbones m’ont aussi causé des inflammations sur les ischios-jambiers. Ce n’était pas la bonne solution personnellement.

Camille Moutard : « Je voulais montrer que j’avais ma place sur 20 km »

Cela explique aussi pourquoi tu as tourné autour de ton record sur 20 km, sans réussir à aller le chercher.

En 2022, je marche aux championnats de France de 20 km sans carbone. Je suis très proche de mon record. Je passe ensuite aux carbones et c’est la catastrophe sur les chronos et musculairement. Et je me suis voilée la face. Mon entraîneur m’avait dit que c’était la cause de mes problèmes, je n’y croyais pas. Au final, j’ai arrêté de marcher en carbone et je me rend compte que c’était bien LE problème, concernant ma technique. Cela m’a sans doute empêché de faire tomber mon record. Et d’être encore plus forte qu’en 2022.



Malgré tout, tu as goûté au plus haut-niveau. Avec une belle place à Budapest. Est-ce que cela augmente tes ambitions pour cette année olympique ?

Forcément. Participer aux championnats du monde, c’était l’objectif au fur et à mesure de l’année. Je voulais faire une belle place, pour montrer que j’avais bien ma place sur des Mondiaux et des grandes compétitions, comme les JO. Vingt-et-unième des Mondiaux à 22 ans, quand on sait que la marche, c’est une discipline à maturité tardive. On se dit que les JO en sont plus une option. Avec Clémence (Beretta) et Pauline (Stey), on a notre place. Il n’y avait jamais eu trois Françaises qualifiées pour des Mondiaux à la marche. Je suis arrivée aux Mondiaux avec la 31e performance. Je pars dans les dernières, d’ailleurs, je me dis que ce n’est pas possible.



Au final, je termine 21e, même moi, je ne pensais pas terminer à cette place. Avec un très bon chrono. Cela donne envie encore plus de participer aux JO. C’était une vraie course de championnat, partie très vite. Il ne fallait pas s’emballer. Surtout moi. Je sais que je n’allais pas partir avec les meilleures et je savais que cela allait craquer. Notre entraîneur nous a dit de ne pas nous affoler et que cela allait péter devant. C’est ce qu’il s’est passé au 12e km, j’ai commencé à rattraper deux-trois filles par tour. C’est grisant quand cela se passe comme cela. Cela fait plaisir.

Camille Moutard : « À Budapest, j’avais davantage l’impression de faire partie de l’équipe de France »

Tu commences à avoir un sacré bagage international, avec beaucoup de sélections, dont des sélections séniors. C’est une expérience qui aide pour la préparation des JO ?

Les championnats d’Europe de Munich en 2022 ont été le premier déclic. C’est la première grande compétition sénior. Quand on fait des Coupes d’Europe et des Coupes du monde de marche, on reste entre marcheurs. Et c’est vrai qu’on se connait forcément. On arrive dans un championnat, on se retrouve avec toutes les disciplines. Personnellement, des athlètes comme Mélina Robert-Michon, Renelle Lamote, Kevin Mayer sont des gens que je vois à la télé. Mais pas forcément en compétition. Je n’avais pas forcément eu l’occasion de discuter avec eux. Quand on arrive en équipe de France, on se demande ce qu’on fait là (rires).

Du coup, lors des Mondiaux de Budapest, j’avais davantage l’impression de faire partie de cette équipe. Car Munich était passé par là. Cela renforce un peu le sentiment de se dire qu’on appartient bien à cette équipe. Pour une année olympique, c’est bien d’avoir ces deux sélections. On est intégré dans l’équipe. On sait qu’on ne sera pas mis à l’écart. Même sur la course, je revois Munich, en chambre d’appel, c’était impressionnant. On se retrouve avec des filles avec qui on n’a pas l’habitude de marcher. Des filles qui ont fait les JO, on se retrouve à côté d’une championne olympique. Cela fait bizarre. C’était impressionnant aussi à Budapest. Mais c’était important d’avoir cette expérience avant les JO. Sinon, le stress et tout aurait pu prendre le dessus sur la course. Là, on devrait arriver plus détendue.

Camille Moutard : « C’est triste d’être sortie des Élites en salle, mais la salle était remplie lors des France de marche »

Tu as évoqué l’intégration en équipe de France, cela nous rappelle que la marche ne fait plus partie du programme des France Élites en salle. Tu le regrettes ?

Je trouve cela triste et j’ai été déçue de sortir du programme Élite. Mais quand on marchait sur des championnats de France Élites, on était mis à des horaires où personne n’était présent dans les stades. Personne ne regardait les lives, on n’avait aucune visibilité. L’an passé, on participe aux France, avec les épreuves combinées et les jeunes. C’était à Val-de-Reuil et le stade était plein. Il y avait du monde partout. J’ai trouvé ça mieux, car les gens sont connaisseurs, savent ce qu’ils regardent et qui on est.

Mais cela reste triste parce qu’on perd encore en visibilité sur la diffusion. Malgré tout, la marche reste une grande famille. On a marché avec les France jeunes et les jeunes étaient super contents de nous voir. Évidemment, on est à l’écart, mais le stade est plein, contrairement aux France Élite, où il n’y a personne au moment de nos épreuves. Ce n’était pas si mal d’être comme cela. Je repense à Albi cet été. (Elle soupire). À Albi, on a marché sur la route, alors qu’il n’y avait aucune épreuve sur le stade. On ne comprend pas trop, on s’est posé la question de pourquoi on n’a pas été mis sur le stade. Peut-être que cela aurait amené plus de monde. Ou nous mettre sur un horaire où des gens de passage peuvent s’arrêter pour nous regarder, ne serait-ce que 5-10 minutes. C’est comme cela, je pense qu’on ne va pas rester longtemps au programme des Élites estivaux.

Camille Moutard : « La concurrence en France est très saine »

La marche féminine française ne cesse de progresser. C’est une motivation supplémentaire pour toi ?

Oui. En plus c’est une concurrence très saine. On part régulièrement en stage ensemble. C’est motivant. Quand on arrive sur une compétition, on sait que l’on ne va pas être toute seule. On se tire vers le haut. Sans Clémence ni Pauline, je doute du fait que j’aurais été capable de faire mes chronos, que ce soit sur 10 km, 20 km et même en salle. J’ai toujours eu la chance d’avoir quelqu’un avec moi. Quand on est seule, c’est plus difficile de faire des chronos. C’est aussi rassurant de ne pas être seule et d’être entourée. On est parti en stage en Afrique du Sud ensemble. Et même si on n’avait pas forcément les mêmes séances, pour autant, c’est hyper motivant.

En sachant qu’il y a des filles encore plus jeunes qui émergent.

Une fille comme Ana Delahaie va faire ses premiers 20 bornes cette année. Elle a beaucoup de potentiel. Et il y a des jeunes juniors et cadettes qui montrent qu’elles sont là. Mais ce n’est pas sur 20 bornes et la transition peut être très compliquée.

Comment as-tu vécu cette bascule ?

Je l’ai très bien vécue. J’adore le très long et je n’ai pas eu de difficultés. Mon premier 20 bornes a été sur une Coupe d’Europe. À cause du Covid, on n’a pas eu trop le choix. J’étais encore une fois avec Pauline. On n’a pas pris de risques sur notre course, on voulait faire les minima pour les championnats d’Europe espoirs à Tallinn. On est parti sur le chrono demandé. Je n’ai pas eu trop de mal à basculer, ce n’est pas dur.

Camille Moutard : « Quand on est jeune, on ne voit que les médailles »

C’est vrai qu’avec Pauline Stey, vous vous suivez depuis presque toujours.

C’est assez drôle, car sur notre première année de cadettes, on fait une compétition à Dijon toutes les deux, pour savoir qui va participer aux championnats de France. On était dans les dernières qualifiées. On était là à savoir qui allait aux championnats de France entre elle et moi. Maintenant, on est à savoir qui aura le record de France, qui aura la sélection et qui aura la médaille (rires). On se suit depuis toujours, on a fait nos sélections ensemble. Pauline a eu une année blanche en 2022, sans compétition. Cela m’a fait bizarre de ne pas faire de compétitions avec elle. Je n’arrêtais pas de lui dire qu’il fallait qu’elle revienne, car c’était bizarre sans elle (rires). On est vraiment amies et c’est bien.

Tu as commencé la marche relativement tard, à 14 ans. Comment as-tu découvert cette discipline ?

Je suis licenciée depuis toujours à Arnay-le-Duc (Côte-d’Or). L’entraîneur de demi-fond du club a été un ancien entraîneur national de marche. Quand on étais jeune, il nous a tous fait tester la marche. Ils ont trouvé que j’avais compris rapidement le geste. Et c’est vrai qu’une fois qu’on a compris le geste, cela va tout seul. J’ai fait quelques compétitions, des départementaux, des régionaux sur marche. Que je gagne. Et c’est vrai que, quand on est jeune, on ne voit que les médailles (rires). J’étais contente et je me suis prise au jeu. J’aimais bien la discipline, je faisais quelque chose de différent des autres. J’ai continué. Notre entraîneur a quitté le club, je me suis retrouvé un peu toute seule. C’est Bertrand Thierry qui a repris le flambeau. J’ai fait mes premiers championnats de France et tout s’est enchaîné derrière. C’était parti.

Camille Moutard : « On a des résultats historiques ces dernières années »

Tu es encore assez jeune, mais quel regard portes-tu sur ta discipline ?

C’est une discipline qui ne cesse de grandir. Il y a de plus en plus de monde, de plus en plus de jeunes qui se mettent à la marche. De plus en plus de monde qui s’intéresse à la marche. Quand j’ai commencé, les gens ne savaient pas ce que je faisais quand je marchais. On me regardait bizarrement. Maintenant, les gens s’y sont intéressés et sont assez impressionnés. Quand on voit les jeunes qui arrivent et qui font des chronos assez monstrueux, mais qu’on voit qu’on n’est pas mis en avant au niveau de la fédération, c’est bizarre.

On a des résultats qui n’ont jamais été aussi forts. Avec trois médailles chez les jeunes en 2023, il y a eu Maële Biré-Heslouis qui a été médaillée mondiale auparavant. On fait podium par équipes à la Coupe d’Europe par équipes, c’est historique aussi. Et c’est bien. Quand j’ai commencé, je ne savais pas ce que c’était la marche, je ne connaissais personne. Même un Yohann Diniz, je ne voyait pas vraiment qui c’était. On voit que les gens connaissent davantage la discipline et cela fait du bien de ne plus être mal regardé. Les gens commencent à connaître notre discipline.

Pour toi, serait-ce une bonne idée de comparer les allures avec des gens qui pratiquent la course à pied ? Se dire que tu marches à plus 13 km/h de moyenne sur ton 20 km.

C’est important de le dire. Les gens ne se rendent pas forcément compte de ce que représente 1h31 sur 20 km. Par contre, tu leur dit plus de 13 km/h, tout de suite ça parle. On va te dire : « Ah oui, je fais mon footing à 11 km/h ». On ne communique pas assez sur nos vitesses et nos allures. Car beaucoup ne se rendent pas trop compte de ce que représente 4:30 au kilomètre. Alors qu’une vitesse en km/h sera plus parlante. Et que c’est bien.

Camille Moutard : « Mes séances sont aussi un moment pour moi, où je suis tranquille »

Et c’est vrai que ce sont les semis et les marathons qui font office de « foi » en course à pied. Et non un 20 km.

Il n’y a pas de base de comparaison. Ceux qui font du semi vont réussir à s’en rendre compte, car il faut enlever un gros kilomètre. Cela manque de référence et les gens ont du mal à faire des comparaisons.

Tu disais à France 3 Régions que tu marchais près de 70 km par semaine. Est-ce que tu arrives à t’évader mentalement sur certaines séances, ou tu restes concentrée sur ce que tu as à faire ?

Généralement, soit je m’entraîne avec quelqu’un et on discute et cela fait passer le temps plus vite. Parfois, j’ai la musique et cela m’arrive de réflechir à tout ce qu’on a à faire sur la journée, sur la vie, sur tout. C’est une habitude et je ne saurais même pas dire à quoi je pense. Si je dois faire 20 bornes, je fais 20 bornes. J’essaye quand même d’être le plus souvent accompagnée. C’est aussi le moment où est dehors, tranquille sur la piste cyclable. J’habite en campagne et quand je vais m’entraîner, je croise presque personne. C’est un moment pour moi, tranquille et je fais mon truc sans être embêtée.

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