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Natation

Clémence Coccordano : « Mon rêve serait de faire Los Angeles en eau libre et en bassin »

Sébastien Gente

Publié le

Clémence Coccordano Mon rêve serait de faire Los Angeles en eau libre et en bassin
Photo European Aquatics

NATATION FRANÇAISE – L’or européen et le bronze mondial en individuel, deux triomphes par équipes, Clémence Coccordano a régné sur la catégorie juniors en eau libre en 2024. Elle revient sur ces performances et sur ses ambitions futures pour Dicodusport.

Bonjour Clémence, comment ça va ? La saison s’est arrêtée après les Mondiaux juniors ?

Ça va merci. J’ai coupé deux semaines après les Mondiaux (terminés le 8 septembre, NDLR) où je ne suis pas restée chez moi pour voir autre chose. J’ai repris l’entraînement voilà un peu plus de deux semaines, car dans trois semaines, on reprend la compétition avec les Championnats de France en petit bassin à Montpellier.

Il n’a pas été question que tu participes à l’étape de Coupe du monde en eau libre prévue ce weekend au Portugal ?

Non, c’était trop tôt par rapport à ma reprise. Par contre, je vais participer aux finales de la Coupe du monde le 22 novembre (en Arabie Saoudite, NDLR).

Tu vas aller aux Championnats de France avec un objectif précis ?

Franchement non. Ça permettra de voir où j’en suis, mais le petit bassin, je n’arrive pas encore à totalement m’y exprimer. Et puis ce sera encore un peu tôt par rapport à ma reprise. Mais j’ai une grande partie de mon groupe d’entraînement qui y va, ce sera sympa.

Et puis je vais récupérer le prix Éric Boissière (prix portant le nom d’un entraîneur historique de la natation française décédé, NDLR) que j’ai de nouveau remporté cette année avec Sacha Velly. C’était une surprise, car on n’y avait pas pensé puisqu’on n’avait pas fait les Championnats de France juniors qui doivent jouer dans ce prix. Mais puisqu’on était tous les deux aux Championnats d’Europe et qu’on a tous les deux gagné, c’est logique au final.

Donc les Championnats du monde en petit bassin du mois de décembre ne sont pas dans ton calendrier ?

Non, pas vraiment, mais on ne sait pas ce qui peut se passer. Ça m’arrive en petit bain – je ne sais pas comment – de faire des perfs qui sont vraiment bonnes. Mais je ne sais pas où en sera Anastasiia (Kirpichnikova, vice-championne olympique du 1500 mètres nage libre, NDLR), et c’est après les Jeux, donc il pourrait y avoir des places à prendre. On verra si je peux accrocher quelque chose sur 1500 mètres, mais je ne mets aucune pression. Par contre, si j’essaye de faire quelque chose, ce sera sur 1500, sur 800 je ne pense pas être en mesure.

Pourtant, tu as brillé sur le nouveau format 3 km knockout sprint aux Mondiaux juniors…

J’y crois un peu plus tout de même. Pendant des années, je ne jurais que par le demi-fond, car j’étais incapable de sprinter. Même sur 400, c’était compliqué. Et donc personne ne me voyait performer sur ce format. Ça embêtait même la fédé, les entraîneurs que je m’aligne dessus, parce que la course était entre le 10 km et le relais, et ils avaient peur que ça me tue. Au final, je fais un podium, ça veut dire que je sais sprinter. Mais je n’arrive pas encore totalement à l’exprimer en bassin, même si je sais que je peux en avoir les capacités.



D’autant que cette course arrivait après ton échec sur le 10 km (8e, NDLR). Cela t’as fourni de la motivation ?

Oui, je pense, car je n’étais vraiment pas bien après le 10 km. Mais la dynamique de groupe m’a fait sortir de la négativité. Personne n’a essayé de me consoler, tout le monde a fait sa vie, contrairement à 2022 où j’avais également échoué. Pendant le jour de repos, tout le monde m’a laissé faire mon truc pour que je fasse le tri mentalement. Et au final, je me suis éclatée pendant la course, alors qu’on ne savait pas à quoi s’attendre, c’était un nouveau format et j’avais de base peur de sauter dès les séries. J’ai trouvé ça tellement drôle, j’ai pris énormément de plaisir, et c’est ce qui a donné un bon résultat !



Le fait d’avoir gagné le titre européen sur 10 km au sprint pour 11 centièmes, cela a-t-il aidé dans l’approche de cette nouvelle compétition ?

Aux Championnats d’Europe, je gagne vraiment à la touche, mais avant ça, j’avais fait 4e d’une Coupe d’Europe en remontant un paquet de filles dans le sprint final. Donc, je croyais en mes capacités. Mais mes croyances se sont un peu écroulées sur le 10 km des Mondiaux, parce que je fais dernière du sprint final à 8. Je connaissais mes capacités, mais je savais que je n’avais pas réussi à le faire sur 10 km. Mais sans les Championnats d’Europe et sans la Coupe d’Europe, je n’aurais sans doute pas réussi à briller sur ce format.

Comment aborder ce sprint final à deux sur un 10 km quand tout le monde est exsangue en fin de course ? Quels ressorts trouver dans ces moments-là ?

Aux Championnats d’Europe, c’était compliqué. Je savais que la Grecque (Georgia Makri, NDLR) était dangereuse, parce que c’est la seule qui était restée dans mes pieds, et elle ne passait jamais devant. Au dernier tour, je commençais vraiment à ressentir la fatigue, car même si le rythme n’était pas ultra-élevé, j’avais mené toute seule. Alors, sur la dernière boucle, je l’ai laissée prendre la tête, mais en me mettant au niveau de sa hanche, et en me répétant qu’il fallait que je reste là.

J’ai très mal pris la dernière bouée, et elle m’a mis un mètre. Et là, je me suis dit « t’as fait deux heures devant, tu ne vas pas la laisser gagner ! ».  J’ai trouvé de l’énergie que je n’avais jamais trouvé avant. Je n’en pouvais plus, mais je n’avais jamais réussi à faire un sprint comme ça. Je savais où il fallait aller dans l’arrivée pour prendre l’avantage. Elle était très grande, mais moi, j’ai de très grands bras. Et j’ai totalement déconnecté pendant le sprint pour ne pas perdre mes moyens.

Quelle différence avec le sprint à 8 des Mondiaux ?

Aux Mondiaux, on peut dire que le sprint a commencé au dernier tour, qui a été vraiment très rapide. Mais avec la Japonaise, on a été distancées, et j’ai dû mettre une énorme mine pour rattraper les trois premières. Mais ça m’a cramé. J’essaye de me mettre dans les hanches de tout le monde, mais je sens bien que je n’ai plus d’énergie. Et à 400 mètres de la fin, quelques filles sont rentrées. Et je n’ai pas pu aborder le sprint comme je voulais, j’avais perdu toute lucidité, je zigzaguais. Autant en 2022 j’avais totalement craqué mentalement, autant cette fois, c’était physique. J’en avais envie, mais je n’avais plus la force. Donc, je n’ai pas véritablement « abordé » le sprint.

Malgré tout, tes Mondiaux ont été une réussite, notamment avec le titre en relais mixte. Comment avez-vous abordé ce relais en tant que favoris ? L’ordre de nage était scellé ?

Pour nous, la meilleure stratégie possible était d’envoyer les deux filles en premier, et les deux garçons pour finir. Il faut mettre une fille qui part vite et le meilleur garçon pour finir. On voyait quatre équipes pour le podium, on savait que ça allait être chaud. Mais on avait vraiment tous une bonne raison de performer sur le relais.

Sacha était super énervé de son échec sur le knockout la veille (3e, NDLR), Émile Vincent était comme moi très déçu de son 10 km, il avait eu un souci à la fin et ça lui a coûté pas mal de places. Valentine Leclercq, elle, avait été repêchée aux Mondiaux pour le relais, et lors des Championnats d’Europe, le relais avait lieu le matin alors que le 10 km avait eu lieu la veille dans l’après-midi. Elle avait presque fait un malaise sur le 10 km, elle n’était pas bien, et elle n’avait pas pu faire le relais qu’elle souhaitait là-bas. Du coup, elle avait réellement envie de montrer qu’elle méritait la sélection. Et moi, comme j’avais « merdé » sur le 10 km, je voulais vraiment repartir avec un titre.

Tous les quatre, je pense qu’on n’aurait pas pu faire mieux. J’étais un peu déçue cependant de ne pas tenir l’Espagnole, mais j’ai devancé toutes les autres filles. Valentine a rempli son objectif, conserver l’écart avec la deuxième Espagnole. Et puis Émile a fait un relais de fou, bien qu’il ait cafouillé sur son arrivée en prenant la mauvaise arche. Mais Sacha a super bien fini. C’était stressant, c’était un stress que je n’avais jamais ressenti, d’autant que j’avais terminé depuis un moment. Et tout s’est joué sur les derniers mètres. Même Sacha n’était pas sûr d’avoir touché en premier !

De plus en plus de courses d’eau libre se jouent à la touche après 10 km ou plus d’efforts. Comment peut-on travailler mentalement sur ce sujet ?

C’est plutôt à nous de faire cette démarche, avec un coach mental ou un psychologue. C’est important selon moi. Personnellement, je vois un psychologue, parce que physiquement, on sait ce qu’on peut faire, mais pas mentalement, pas sur un truc aussi précis. Mon entraîneur ne pourrait pas me préparer mentalement à ça. Alors quand on enchaîne les séries, ça forge mentalement à cette douleur-là. Mais l’aspect mental, d’être au coude-à-coude avec les autres et de ne pas craquer sous la pression, c’est plus compliqué.

Ton plan est bien établi pour la saison à venir ?

Il y a beaucoup d’objectifs, notamment les Championnats d’Europe et du monde. C’est pour ça que j’ai accepté de faire les finales de Coupe du monde en novembre. Ce n’était pas prévu, mais la fédération a décidé de me prendre en charge financièrement sur cette étape. L’an dernier, je les avais également disputées, mais je les avais totalement ratées. L’objectif est de mieux gérer la pression, et en vue des Championnats d’Europe et du monde, je dois prendre de l’expérience. J’aimerais beaucoup participer aux Mondiaux, à Singapour.

Et puis il y a l’objectif relais. Lors des finales de Coupe du monde, les deux meilleurs nageurs et nageuses sur le 10 km feront le relais. C’est un de mes principaux objectifs, car je pense qu’on a plein de chose à aller chercher en relais en équipe de France. Je dois donc m’améliorer sur le 10 km. Mais tout ça n’est pas encore gagné.

Tu n’as jamais été en course pour une qualification olympique ?

Pas vraiment. En fait, l’an dernier, les finales de la Coupe du monde étaient qualificatives pour les Championnats du monde. La fédération était à fond derrière moi et y croyait, mais je pense que j’y croyais moins qu’eux (rires). Ça n’a pas marché, j’ai fait une course horrible. Il fallait terminer dans les deux meilleures Françaises, ils attendaient beaucoup et je me suis mise la pression. Au final, les deux filles qualifiées aux Mondiaux se sont qualifiées aux Jeux, pas de regrets.

Mais dans quatre ans, il y a Los Angeles. J’ai 19 ans, et je ressens vraiment aujourd’hui ce qu’on dit quand on dit que les Jeux se préparent sur quatre ans. Quatre ans en arrière, je n’avais pas cet état d’esprit. Et puis c’était Paris, tout le monde voulait faire les Jeux, prolonger sa carrière pour y être. Là, il y a des places qui se libèrent, je monte de niveau. Aurélie Müller arrête, Lara Grangeon arrête, Lisa Pou a été naturalisée monégasque, il reste Océane Cassignol et Caroline Jouisse, et derrière, des filles comme Inès Delacroix et moi arrivent. On met tout en place avec mon entraîneur pour pouvoir en rêver en tout cas.

Mon carburant, c’est Los Angeles, mais j’ai besoin de tout ce qu’il y a avant. Les Championnats d’Europe, du monde, mais aussi en bassin où je progresse beaucoup. Je suis proche des chronos pour les Championnats d’Europe U23, mais cela tombe dans les mêmes créneaux que les Championnats d’Europe séniors, donc il faudra faire un choix. Je préfèrerais toutefois faire l’eau libre avec les séniors, mais j’aime aussi le bassin. Mon rêve serait de faire Los Angeles en eau libre et en bassin, mais c’est très compliqué, peu arrivent à le faire !

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