Comment le cas Kylian Mbappé peut être un bouleversement dans le football
FOOTBALL – En légitimant publiquement le refus de Kylian Mbappé de venir sur le rassemblement d’octobre avec l’équipe de France, Didier Deschamps acte sans doute un changement majeur dans le football.
Fin de la sacralisation de la sélection nationale
Didier Deschamps l’a confirmé en ce début de semaine, dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux de l’équipe de France de football : « Il ne faut pas oublier que l’employeur, c’est le club. Ce n’est pas la Fédération ». Par ces mots, le sélectionneur des Bleus acte et valide l’absence, lors du rassemblement d’octobre, de son capitaine Kylian Mbappé, pourtant titulaire le week-end, avec son club du Real Madrid. Le capitaine ne sera donc pas avec son équipe, pour affronter ce jeudi Israël et lundi prochain la Belgique, dans le cadre de la très rassembleuse Ligue des Nations. Et mine de rien, les mots de DD sont un vrai tournant dans le monde du football professionnel.
Car ils marquent la fin de la sacralisation de l’équipe nationale. Oh, nous ne sommes pas naïfs. Par le passé, des petites blessures au dernier moment, juste avant (ou après) les convocations internationales, servaient souvent de prétexte aux clubs, pour garder près d’eux leurs joueurs. Mais pour la première fois, un sélectionneur, non seulement, approuve qu’un joueur lui refuse la sélection, mais surtout légitime publiquement le choix de son propre joueur. En invoquant le fait que le club est prioritaire par rapport à la sélection. Symboliquement, le message est très fort. Et même si, lors du rassemblement de septembre, le sélectionneur avait refusé la première requête de Kylian Mbappé, qui ne voulait pas venir, Didier Deschamps a dû céder.
Dans un entretien accordé à la Fédération française de football ce lundi, le sélectionneur des Bleus, Didier Deschamps, a évoqué le futur capitaine de ce rassemblement et l’absence de Kylian Mbappé.https://t.co/Xu0F92Tzls pic.twitter.com/P2xqHmQKMs
— L’ÉQUIPE (@lequipe) October 7, 2024
Refuser une sélection est en théorie interdit
Mais il faut rappeler, qu’en théorie, la sélection nationale ne peut pas se refuser. C’est même inscrit dans les statuts de la FIFA. « Un club ayant enregistré un joueur doit mettre ce joueur à la disposition de l’association du pays pour lequel le joueur est qualifié, sur la base de sa nationalité, s’il est convoqué par l’association en question », dixit l’article 1.1 de l’annexe 1 du Règlement du Statut et du Transfert des Joueurs de la FIFA. Évidemment, dans le cas de Kylian Mbappé, il n’y a pas de refus direct de jouer, dans la mesure où il n’y a pas de convocation. Mais la première partie du texte, et le fait que les clubs doivent mettre à disposition les joueurs pour la sélection nationale, va être de plus en plus remis en cause par les clubs.
Des Français ont été sanctionnés par le passé, pour avoir refusé une convocation. Nicolas Anelka, en 2002, avait écopé de deux matchs de suspension, par la FFF, rappelle RMC Sport, dans un article de 2018… qui évoquait aussi le refus d’Adrien Rabiot d’être suppléant, lors de la Coupe du monde 2018. Il ne sera pas sanctionné par sa Fédération, avant de revenir en force avant la Coupe du monde 2022. L’article de la FIFA va être de plus en plus difficile à être défendu de la part des différences sélections nationales. Dont la FFF qui se retrouve devant un mur nommé Kylian Mbappé.

Mbappé vs Équipe de France, pas une nouveauté
Et ce n’est pas une situation inédite entre Kylian Mbappé et l’équipe de France de football, et par extension, la FFF. Déjà en 2022, le joueur avait fait jurisprudence dans l’histoire des droits à l’image de l’équipe de France. Jusque-là, l’image d’un joueur convoqué en bleu appartenait à la Fédération, notamment dans les opérations de communication, promotion et bien sûr de publicité. Une opération mise en place après Knysna en 2010.
Mais l’attaquant français avait décidé de dénoncer ce contrat. Pour des raisons d’écart de valeur entre le joueur et certains partenaires de l’équipe de France. Comme le rappellent nos confrères de l’Humanité : « Il y a un accord stipulant qu’on considère comme image collective la réunion de cinq images de joueurs au minimum ». Pendant près d’un an, l’affaire n’a pas évolué, restant au point mort. C’est finalement le 11 septembre 2023 que la situation évolue, avec une nouvelle convention : « Une nouvelle convention entre les joueurs de l’équipe de France et la Fédération française de football a été convenue. Elle traduit une vision commune entre les joueurs et la Fédération autour des valeurs de l’équipe de France et l’importance de son rayonnement au service du développement de la pratique du football en France », écrit alors la FFF. Sans doute un peu vexée. Comme elle doit certainement l’être en ce mois d’octobre.



