Coupe du monde de rugby 2025 : Les Bleues peuvent-elles briser leur malédiction mondiale ?
COUPE DU MONDE FEMMES DE RUGBY 2025 – À l’approche de la compétition la plus importante de l’année, les filles du XV de France se lancent dans une course périlleuse au Graal ultime : un titre de championne du monde. Même si le rugby féminin peine à se faire une place dans le monde du sport, il est sur la bonne pente en France. Les Bleues sont-elles capables de ramener la coupe à la maison ?
Elles en ont vu défiler, des générations. Elles en ont laissé, des larmes, sur les pelouses de Coupe du monde. Depuis plus de trente ans, le XV de France féminin vit avec cette étrange étiquette : « toujours proches, jamais reines ». Sept fois troisièmes, jamais finalistes. Et si 2025 devenait enfin l’année du déclic ? L’équipe de Gaëlle Mignot et David Ortiz arrive en Angleterre avec un mélange singulier de certitudes, d’incertitudes et de jeunesse insouciante. De quoi envisager, pour la première fois, autre chose qu’un podium par défaut.
Briser le plafond de verre
C’est une histoire qui leur colle à la peau. Depuis 1991, les Bleues sont de toutes les éditions ou presque. Et de chacune, elles repartent avec ce goût amer : si près, mais si loin. Les Anglaises, les Néo-Zélandaises ou les Canadiennes leur ont souvent barré la route au moment décisif. « On n’a jamais manqué de talent, mais parfois d’une étincelle, d’un détail, d’un supplément de confiance », souffle une ancienne internationale. Le fameux plafond de verre du rugby français féminin n’a rien d’une formule qu’on utilise pour dédramatiser une nouvelle désillusion : il est la réalité cruelle d’un sport qui peine à s’offrir son rêve ultime.

Cette fois, pourtant, le contexte change. Jamais une Coupe du monde féminine n’avait réuni 16 équipes. Jamais elle n’avait suscité autant d’attentes. Et rarement le XV de France n’avait semblé aussi structuré dans sa préparation. Le tirage leur a offert une poule accessible (Italie, Japon, Afrique du Sud). 3 équipes concurrentes à la portée du XV de France, et qui constituent une rampe de lancement idéale pour engranger de la confiance avant d’aborder les joutes qui comptent vraiment.
Alors oui, le 23 août à Exeter, face à l’Italie, ce ne sera « qu’un match d’ouverture ». Mais ce sera surtout l’entrée dans une nouvelle ère. L’occasion, enfin, de chasser les fantômes, de poser les bases d’un récit différent. Car si ces Bleues-là trouvent la brèche, c’est tout un héritage de frustration qu’elles peuvent effacer des mémoires pour le remplacer par des scènes de liesse et de joie.
Dans l’ombre des géantes
Un Mondial, c’est d’abord une hiérarchie implacable. L’Angleterre, championne d’Europe en titre, marche sur son époque avec un effectif taillé pour le sacre. Encore cette année, les coéquipières d’Emily Scarratt s’avancent comme les prétendantes au Graal. La Nouvelle-Zélande, championne du monde sortante, conserve dans leurs gènes, une science de l’adaptation, une culture de la gagne et une férocité redoutables. Autour d’elles, le Canada, l’Australie, voire les États-Unis, forment une deuxième vague d’outsiders crédibles. Les Bleues, elles, se situent quelque part entre ces deux cercles : suffisamment solides pour bousculer tout le monde, mais jamais encore capables d’aller au bout.

Que valent vraiment ces Bleues, en 2025 ? L’équipe arrive avec ses forces et ses failles. D’un côté, une ossature expérimentée : la charnière Bourdon – Arbez (malgré la suspension de la première en début de compétition), la puissance athlétique de Madoussou Fall Raclot, et surtout le leadership tranquille de Manae Feleu, vice-capitaine et véritable repère du groupe. S’y ajoutent la vitesse supersonique de Kelly Arbey, 20 ans, alter ego rugbystique de Louis Bielle-Biarrey et déjà surnommée « la fusée », et l’expérience de Gabrielle Vernier ou Pauline Bourdon-Sansus.
De l’autre, des zones d’ombre. Les absences d’Émeline Gros (3e ligne), de Clara Joyeux (pilier) ou d’Ambre Mwayembe (forfait sur blessure) privent le groupe de repères essentiels. Et les novices Marie Morland, Khoudedia Cissokho, Makarita Baleinadogo apportent certes de la fraîcheur, mais débarquent dans l’arène mondiale sans filet, orphelines de toute expérience sur une telle compétition, aux enjeux aussi lourds. Face à la densité anglaise ou à l’imprévisibilité néo-zélandaise, la moindre faille se paiera cash. C’est tout l’enjeu : les Bleues sauront-elles profiter de cette jeunesse en atout plutôt qu’en fragilité ?
Un titre et tout bascule
C’est vrai, il y a le terrain. Et puis, il y a ce que ce Mondial pourrait provoquer au-delà des pelouses anglaises. Car si les Bleues venaient à se hisser en finale, voire à soulever ce trophée, l’impact serait colossal. Un moyen pour l’équipe de France et le rugby féminin de complètement changer de dimension. Entre exposition médiatique, sponsors, retransmissions en prime time : le rugby féminin français n’a jamais été aussi proche d’un point de bascule.
Pour les jeunes générations, ce Mondial est déjà un phare. Des joueuses comme Kelly Arbey ou Marie Morland incarnent un avenir que beaucoup d’adolescentes observent avec des étoiles dans les yeux. Voir leurs idoles s’imposer au plus haut niveau, c’est l’assurance d’ouvrir des portes dans les clubs, les écoles de rugby, les stades. De multiplier la création des sections rugby dans les écoles, et celle des équipes féminines chez les jeunes. Une victoire lors de la Coupe du monde serait un cri adressé à toutes celles qui rêvent de crampons : « c’est possible ».
Enfin vient la portée symbolique. Dans un sport encore perçu comme un bastion masculin, voir 32 joueuses françaises renverser l’ordre établi serait bien plus qu’un exploit sportif. Ce serait un manifeste, une victoire pour l’égalité et pour la lumière, une démonstration de puissance collective qui dépasse le cadre du rugby. Un trophée qui, peut-être, changerait à jamais la façon dont on parle, regarde et vit le rugby féminin.


