Coupe du monde de rugby 2027 : la Belgique en quête d’un exploit historique
COUPE DU MONDE 2027 – Le rugby belge rêve de sa première Coupe du monde en 2027. Portée par le projet One Belgium Rugby, la sélection des Diables Noirs vise l’exploit au tournoi de repêchage à Dubaï.
Par le passé, la sélection belge n’a jamais réussi à approcher le rêve de disputer une Coupe du monde, faute de niveau suffisant ou à cause d’une disqualification administrative (comme en 2019). Mais les Black Devils semblent avoir appris de leurs erreurs. Du 8 au 18 novembre, à Dubaï, la Belgique disputera le tournoi final de repêchage pour la Coupe du monde 2027, face aux Samoa, à la Namibie et au Brésil.
Une compétition à quatre qui attribuera le dernier billet pour l’Australie. Pour cette sélection encore méconnue du grand public, ce tournoi représente bien plus qu’un simple enjeu sportif : c’est l’aboutissement d’un travail de fond, d’une reconstruction exemplaire et d’une ambition qui dépasse le cadre du terrain.
Un vieux pays de rugby en quête de reconnaissance
Membre fondateur de la FIRA (Fédération internationale de rugby amateur, devenue aujourd’hui Rugby Europe) en 1934, la Belgique compte parmi les plus anciennes fédérations rugbystiques du continent, créée dès 1931. Longtemps reléguée dans l’ombre de ses puissants voisins, la France et l’Angleterre, elle a pourtant su préserver une tradition rugbystique discrète, mais tenace.
Ces dernières années, le rugby belge a connu une véritable mue. À Mons, à seulement une demi-heure de la frontière française, la sélection nationale a trouvé son fief : le stade Charles-Tondreau, enceinte de 6 000 places. C’est désormais là que les Diables Noirs accueillent leurs adversaires. Symbole d’une Belgique du rugby plus unie, plus ambitieuse, ce lieu incarne la volonté d’un pays décidé à écrire une nouvelle page de son histoire ovale.

Une reconstruction en profondeur
La pandémie de Covid-19 avait fragilisé une structure déjà morcelée entre les fédérations régionales de Flandre, de Bruxelles et de Wallonie. Mais de cette crise est née une révolution. Sous la bannière du projet One Belgium Rugby, toutes les forces du pays ont accepté de parler d’une seule voix. Le président de la fédération, Michiel Leysen, s’en félicitait dans les colonnes du Midi Olympique à l’été 2024 : « C’est le résultat d’un gros travail de reconstruction depuis la pandémie. C’était dur, mais les gens ont cru en ce projet. Rien n’est dû au hasard et on peut avoir des ambitions. »
Cette réunification a aussi permis d’attirer de nouveaux partenaires économiques. Le groupe TVH, géant mondial des pièces détachées pour engins industriels, s’est engagé depuis deux ans comme sponsor principal. Ce soutien financier a contribué à professionnaliser la fédération et à moderniser la préparation de l’équipe nationale. « Le bureau fédéral fait un gros travail, souligne Laurent Dossat, le sélectionneur, dans les colonnes du Midol. Ici, le rugby est en pleine croissance, avec une jeunesse motivée, de plus en plus de licenciés et des bénévoles passionnés, malgré des moyens limités. »
Aujourd’hui, la Belgique compte environ 13 500 licenciés. C’est encore loin des grandes fédérations, mais cette base grandit chaque année, portée par des clubs dynamiques et des structures modernisées.
Un été prometteur et un collectif soudé
Les résultats récents confirment cette progression. Lors de la dernière tournée d’été, les Diables Noirs ont signé une performance remarquée en Amérique du Nord : un succès convaincant face au Canada (35-18), suivi d’une défaite encourageante contre les États-Unis (36-17). Deux rencontres face à des nations bien établies, qui récompensent le travail mené par Dossat et son encadrement.
Originaire du Sud-Ouest, l’ancien entraîneur d’Oloron et de Niort a su façonner un collectif solide, alliant expérience et jeunesse. Son groupe rassemble des joueurs aguerris et de prometteurs talents issus des clubs du royaume, dont la plupart évoluent en France, apportant avec eux la rigueur et l’exigence du haut niveau.
C’est cette cohésion qui a permis à la Belgique de battre l’Allemagne et les Pays-Bas au printemps, lors du Rugby Europe Championship, ouvrant ainsi la porte au tournoi de repêchageà Dubaï. « C’était une petite revanche pour nous, confie Dossat. Les Néerlandais nous avaient battus en 2021 en Trophy. Cette fois, on a su rebondir, malgré les absences et les blessures. »

Une liste de 31 joueurs au fort accent français
La composition du groupe pour le tournoi confirme la trajectoire du rugby belge. Sur les 31 joueurs retenus, 28 évoluent dans des clubs français, du Top 14 à la Fédérale 1, tandis que seuls trois jouent encore en Belgique. Un choix assumé par Dossat, qui y voit un atout plutôt qu’une contrainte.
Arrivé à la tête des Black Devils il y a deux ans, Dossat a profondément remodelé l’effectif, misant sur la stabilité et la complémentarité. Parmi les cadres : le centre Jens Torfs (33 ans, Union Barbezieux Jonzac), capitaine exemplaire, le troisième ligne Jean-Maurice Decubber (29 ans, Soyaux-Angoulême), le pilier Maxime Jadot (34 ans, Anglet) et l’arrière Matias Remue (22 ans), formé en Belgique avant de rejoindre le Stade Toulousain.
Autour d’eux, le groupe mêle jeunesse et expérience : l’ailier Lucas Michiels (21 ans, Dendermonde), le demi de mêlée Timothé Rifon (24 ans, AS Mâcon), mais aussi Vincent Tauzia (33 ans, Clermont Cournon) et l’ailier anglais Robin Wedlake (31 ans, Camborne RFC).
La liste n’a pas manqué de surprendre. Fidèle à son exigence, le staff a fait des choix forts, quitte à laisser de côté certains cadres. Le troisième ligne Thomas De Molder (33 ans, Langon) est blessé, tandis que le pilier Alexis Cuffolo (34 ans) n’a pas été retenu. Le message est clair : priorité à la forme du moment et à la polyvalence, plutôt qu’à l’expérience seule.
D’autres habitués, comme Hugues Bastin (30 ans, La Hulpe) ou Théo Adaba (22 ans, Orléans), n’ont pas été retenus non plus, la priorité ayant été donnée à des profils jugés plus mobiles.
Dubaï, dernier obstacle vers le rêve
Le tournoi de repêchage s’annonce redoutable. Face à la Belgique, trois adversaires de calibre : les Samoa (16ᵉ mondiaux), la Namibie (27ᵉ), habituée des Coupes du monde, et le Brésil (28ᵉ), en pleine progression.
« On préfère voir le verre à moitié plein. C’est sûr que c’est un étage au-dessus, mais on ne se pose pas de questions : on y va avec beaucoup d’appétit. Et c’est à la fin du bal qu’on paie les musiciens », souriait Dossat dans le Midi Olympique en octobre dernier.
Pour les joueurs comme pour le staff, affronter les Samoa ou la Namibie, c’est déjà une forme de consécration. Mais l’ambition est claire : viser la victoire et prouver que la Belgique peut rivaliser avec les nations émergentes du rugby mondial.
L’heure de vérité
À l’aube de ce tournoi de Dubaï, les Diables Noirs avancent sans complexe. Ils savent d’où ils viennent, mesurent le chemin parcouru et sentent qu’un palier historique est à portée de main. S’ils ne sont pas favoris sur le papier, ils vendront chèrement leur peau.
Quelle que soit l’issue, la Belgique a déjà gagné en crédibilité et en respect. Le projet One Belgium Rugby a prouvé qu’une fédération modeste, mais déterminée pouvait se hisser à la table des grands. Et si, mi-novembre, les Belges décrochaient leur billet pour l’Australie, ce serait bien plus qu’une qualification : ce serait un exploit capable de faire vibrer tout un pays, du plat pays de Bruges aux collines du Hainaut.



