Nous suivre
Voile

Courses de légende #8 : Le Vendée Globe

Olivier Dobiezynski

Publié le

Courses de légende 8 Le Vendée Globe
Photo Icon Sport

VOILE – Course mythique autour du monde sans assistance et sans escale, le Vendée Globe s’élance le 9 novembre des Sables-d’Olonne. L’occasion de revenir sur une épreuve récente, mais d’ores et déjà légendaire.

Jules Verne l’avait fantasmé en son temps, le Vendée Globe l’a permis. Les marins les plus chevronnés, à bord de voiliers toujours plus perfectionnés, ont depuis quelques années fait tomber la barrière mythique des 80 jours pour boucler un tour du monde. Si Phileas Fogg avait usé de tout type de transport, les meilleurs navigateurs de la planète ont mis à profit les dernières évolutions de leurs monocoques 60 pieds IMOCA pour réaliser cette performance inouïe, le tout sans assistance et sans escale. Un véritable aboutissement qui ne doit pas faire oublier l’histoire, en partie tragique, du Vendée Globe.

Génèse et construction d’une épreuve hors du commun

Il faut remonter à la fin du XIXème siècle pour trouver trace d’un premier tour du monde en voilier, l’œuvre de l’Américain Joshua Slocum, navigateur de génie et pionnier des grandes aventures. Sur une embarcation que l’on imagine volontiers limitée, le natif de la Nouvelle-Écosse mettra trois ans à terminer un périple d’un autre temps. D’autres géants de la marine ont réalisé cette prouesse ensuite à l’instar d’Alain Gerbault en 1926 ou encore de Francis Chichester en 1967. Suite à ces exploits de plus en plus retentissants et qui développent l’imaginaire de tout à chacun, une esquisse de course autour du monde nait en 1968 sous le nom de Golden Globe Challenge. Dix ans plus tard, le BOC Challenge apparait comme un tour du monde avec escales. Philippe Jeantot l’emporte, ainsi que l’intégralité des étapes.

Ce même Jeantot, qui a beaucoup œuvré pour le développement de la voile en France, lance le projet Vendée Globe en 1987, porté par un bel engouement de la voile en France derrière de grands noms comme Tabarly ou Moitessier. Mais les débuts ne sont pas aisés et il peine à trouver des partenaires et à financer son idée, pourtant mieux adaptée au sponsoring et à la médiatisation que certaines consœurs. Jeantot a pourtant déjà son idée clairement établie : la fameuse course autour du monde sans assistance et sans escale, sur des bateaux 60 pieds IMOCA. Il songe à un départ en novembre pour bénéficier d’un été austral dans les mers du Sud et de préférence un dimanche pour bénéficier d’une bonne couverture médiatique. Les balises Argos affrétées, les treize marins se retrouvent finalement sur la ligne de départ 26 novembre 1989 pour un premier grand frisson.

Michel Desjoyeaux vainqueur du Vendée Globe 2008-2009

Michel Desjoyeaux vainqueur du Vendée Globe 2008-2009 – Photo Icon Sport

Un parcours aussi excitant que périlleux

Immuable lieu de départ de l’événement depuis 1989, la ville des Sables-d’Olonne porte la trace de l’événement en son sein : inscriptions murales, nombreux rappels aux héros des océans et hommages multiples jalonnent la jetée de la ville, reliée à jamais au Vendée Globe. Les marins s’élancent alors pour 45000 km, chemin le plus court vers l’arrivée. Cependant, dans la réalité, ils approchent, voire dépassent, la barre des 50000 km au gré des détournements et autres changements de navigation dus aux conditions météorologiques et aux mers trop capricieuses. Nombreux sont les points de parcours mythiques à traverser par ces vaillants héros des temps modernes.

Tout d’abord, cap vers le Sud avec un passage par la zone tumultueuse des Açores avec son anticyclone pouvant générer des perturbations dévastatrices. S’ensuit un passage par le terrible Pot au Noir, proche de l’Équateur, un lieu météorologique très variable où l’on peut passer du calme plat à la tempête en un claquement de doigt. Cap ensuite vers les Quarantièmes Rugissants avec passage au Cap de Bonne Espérance au large de l’Afrique du Sud, puis au Cap Leeuwin en Australie, synonymes de changements d’océan à chaque fois avec un gros risques de fortes dépressions orageuses et de changements de courant. On bascule alors vers l’irrationnel plus au Sud en naviguant dans la zone des Cinquantièmes Hurlants jusqu’au Cap Horn, avant la remontée vers les Sables. En ces lieux, aucune Terre ne bloque les vagues et ces régions sont balayées par des dépressions immenses qui lèvent des mers immensément fortes. Un dicton marin commente ainsi : « sous 40 degrés, il n’y a plus de loi, mais sous 50 degrés, il n’y a plus Dieu ».

Un riche palmarès et des records incroyables

Au moment du lancement de la dixième édition du Vendée Globe, on se rend compte de la montée en puissance de l’événement qui n’a cessé de grandir au fur et à mesure du temps. Pour preuve, de 13 partants en 1989, nous passerons ce samedi 9 novembre à 40, record de l’épreuve battu. Un succès qui implique bien évidemment un financement bien plus aisé et de plus en plus de marques qui se lancent dans l’aventure pour des raisons de visibilité et d’association à de belles valeurs (aventure, bravoure, solidarité, etc). Un succès financier qui va de pair avec une évolution technologique grandissante, permettant une amélioration sensible des performances des monocoques.





Ainsi, Armel Le Cléac’h a battu le record de l’épreuve lors de l’édition 2017 en ralliant Les Sables-d’Olonne en 74 jours, 3 heures et 36 minutes. À titre de comparaison, Titouan Lamazou, premier vainqueur, avait mis 109 jours à boucler son aventure. À chaque édition, le record de la traversée a volé en éclat, sauf en 2020 où les conditions météorologiques étaient trop défavorables lors de la victoire de Yannick Bestaven. Le record féminin est la possession de Clarisse Crémer en un peu plus de 87 jours. À noter que la course est si difficile qu’avoir un bateau rapide ne suffit pas, il faut aussi des qualités de navigateur expérimenté. Ainsi, aucun marin n’a remporté deux fois l’épreuve, hormis Michel Desjoyeaux vainqueur à deux reprises. Ont inscrit leurs noms au palmarès des noms aussi prestigieux qu’Alain Gautier, Christophe Auguin, Vincent Riou et François Gabart.

Le Vendée Globe : actes héroïques et destins tragiques

Enfin, comment ne pas associer le Vendée Globe à son passé chargé d’histoires aussi extraordinairement belles qu’infiniment tristes ? Dès 1989, quand Loïck Peyron vient au secours d’un Philippe Poupon bien mal au point et dont le bateau était bloqué à 90 degrés en le remorquant, la course rentrait déjà dans la légende. Lors de la deuxième édition en 1992, la course est endeuillée avec les disparitions en mer du Britannique Nigel Burgess dès la première nuit de navigation et de l’Américain Mike Plant en ralliant le départ. La même année, Bertrand De Broc est contraint de se recoudre la langue lui-même suite à un choc avec sa grand-voile.

1996 est tout autant mémorable avec des conditions climatiques dignes de l’apocalypse. Au large des eaux australiennes, Raphaël Dinelli chavire et reste bloqué 36 heures dans une eau à 3 degrés. Affrontant des conditions épouvantables, le skipper anglais Pete Goss vient au secours de Dinelli et lui sauve la vie. Il y eut malheureusement moins de chance pour le Canadien Gerry Roufs. Alors second de la course, il affronte une mer particulièrement hostile au large du Cap Horn dans les Cinquantièmes Hurlants. « Les vagues ne sont plus des vagues, elles sont hautes comme les Alpes » lance-t-il à Isabelle Autissier, présente sur zone également. Un dernier message en guise d’adieu puisque le Canadien disparait à jamais dans les eaux du Pacifique dans la foulée, en dépit des déroutages de Marc Thiercelin et Hervé Laurent.

L’accent sur la sécurité

L’édition 2000 marque un tournant dans l’Histoire de l’épreuve avec un renforcement des règles de sécurité, notamment dans la gestion des icebergs. À compter de cette date, plus aucun décès n’aura lieu sur la course autour du monde. On notera encore quelques actes de bravoure comme le sauvetage de Jean Le Cam par Vincent Riou en 2008 ou celui très récent de Kévin Escoffier par… Jean Le Cam. Néanmoins, les avancées technologiques permettent une relative sûreté même si la mer, milieu si hostile et si dangereux, peut encore réserver de bien mauvais tours aux concurrents. La beauté de la nature ne doit pas faire oublier que cette dernière est encore bien supérieure aux capacités humaines. A ce titre, l’humilité des marins, conjuguée à leur bravoure et à leur solidarité, fait à bien des égards de ces hommes des êtres uniques.

Clique pour commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *