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Cyclisme : Thomas Voeckler est-il le principal artisan du renouveau de l’équipe de France ?

Etienne Goursaud

Publié le

Cyclisme : Thomas Voeckler est-il le grand artisan du renouveau de l'équipe de France ?
Photo Icon Sport

CYCLISME – Christophe Laporte a remporté le titre de champion d’Europe ce dimanche, aux Pays-Bas. Le premier de l’histoire pour un Français sur la course en ligne élites. Une nouvelle médaille pour le sélectionneur Thomas Voeckler. L’ancien maillot jaune du Tour de France est-il le principal artisan de cette belle période du cyclisme français ? Décryptage.

Thomas Voeckler : Un bilan qui parle pour lui

Arrivé en juin 2019 à la tête de l’équipe de France, en succession de Cyrille Guimard, Thomas Voeckler, ancien maillot jaune du Tour de France 2004 et 2011, possède un bilan plus qu’éloquent avec l’équipe de France. Deux titres de champion du monde avec Julian Alaphilippe (2020, 2021) mais aussi une médaille d’argent avec… Christophe Laporte en 2022. Pour deux ratés. Lors des championnats du monde 2019 dans le Yorkshire, marqués par la grosse défaillance de Julian Alaphilippe. Et cette année à Glasgow, où Christophe Laporte a été victime d’une crevaison au pire moment. Mais, quand on voit sa forme ce dimanche, on peut se demander ce qui aurait pu se passer sans cet incident mécanique ? Il n’aurait pas été exclu de le voir a minima dans le groupe Van Aert, qui a joué la médaille d’argent, derrière l’intouchable Mathieu van der Poel. On ne refera pas l’histoire.

Aux championnats d’Europe, si Christophe Laporte a gagné la première médaille d’or française de l’histoire sur la course en ligne élites, depuis la création de l’épreuve en 2016, c’est la quatrième consécutive pour Thomas Voeckler. Arnaud Démare a pris la 2ᵉ place en 2020 et 2022, tandis que Benoît Cosnefroy a terminé à la 3ᵉ place en 2021. Le seul pays qui fait mieux, depuis la création de l’épreuve, est l’Italie, qui a enchaîné cinq podiums, dont quatre titres consécutifs, entre 2017 et 2021. Et sur les cinq dernières éditions des Mondiaux, malgré l’échec de Glasgow et du Yorkshire, la France est la meilleure nation du monde, en termes de résultats. Pourtant, d’autres nations sont au moins aussi bien armées que les Bleus.

Liste des sélectionneurs et leurs médailles aux mondiaux

1947 : Léo Véron

1948 : Maurice Archambaud (1 médaille d’argent, 1 médaille de bronze)

1949 : Georges Cuvelier

1950-1951 : Jean Bidot

1951-1969 : Marcel Bidot (3 titres, 4 médailles d’argent, 5 médaille de bronze)

1969-1981 : Richard Marillier (1 titre, 1 médaille d’argent, 6 médaille de bronze)

1982-1987 : Jacques Anquetil (1 médaille d’argent)

1988-1993 : Bernard Hinault (2 médaille d’argent)

1994-1996 : Bernard Thevenet (1 titre, 1 médaille de bronze)

1997-1999 : Charly Mottet (1 titre)

1999-2003 : Charly Bérard (1 médaille de bronze)

2004-2008 : Frédéric Moncassin (1 médaille de bronze)

2009-2013 : Laurent Jalabert

2013-2016 : Bernard Bourreau

2017-juin 2019 : Cyrille Guimard (1 médaille d’argent)

Depuis juin 2019 : Thomas Voeckler (2 titres, 1 médaille d’argent)

Thomas Voeckler, même s’il n’a pas encore le nombre de médailles d’un Marcel Bidot (12) ou Richard Marillier (8), n’est pas resté en poste aussi longtemps que ses deux glorieux aînés (18 et 12 ans). Mais l’ancienne gloire de la formation Europcar est déjà le deuxième sélectionneur le plus titré de l’histoire, avec ses deux médailles d’or. Un titre derrière les trois médailles d’or de Marcel Bidot. Mais l’époque n’est pas la même non plus. Le cyclisme actuel est bien plus internationalisé.

Des bons coups tactiques dans des courses sans oreillettes

On se souvient évidemment du sacre de Julian Alaphilippe en 2020, venu mettre fin à 23 années de disette tricolore. Si le Français a été impressionnant lors de son démarrage, l’équipe de France a été magnifique. Dynamitant la course à 70 kilomètres de l’arrivée, obligeant les autres équipes à se dévoiler. Et contrôlant bien le final, avant l’attaque décisive de Loulou.

En 2021, on se souvient des attaques incessantes d’Alaphilippe, dans une journée incroyable à Louvain. Mais l’équipe de France a dynamité la course à plus de 200 kilomètres de l’arrivée, avec des Tricolores présents dans quasiment tous les coups de la journée, au terme d’une course absolument incroyable. Cette année encore, Christophe Laporte était très fort. Mais son anticipation a sans doute crispé la Belgique, faisant faire une petite erreur à Wout Van Aert. Surtout, il ne faut pas oublier que ces courses se disputent sans oreillettes.





Les coureurs peuvent se fier à leur instinct, certes. Mais le briefing d’avant-course et les quelques consignes glissées sont primordiales. Les sélectionneurs ne peuvent communiquer non-stop. L’importance de la bonne consigne au bon moment est donc surmultipliée. Dans ce contexte, les choix de Thomas Voeckler ont sans doute souvent été très pertinents. Cette équipe de France semble très bien fonctionner dans ces configurations. Plus que d’autres du moins.

Thomas Voeckler est arrivé au bon moment

Bon sens tactique, fédérateur. Mais il est vrai que Thomas Voeckler est aussi arrivé au bon moment à la tête de l’équipe de France. Au moment de la maturité de deux classicmen, Julian Alaphilippe et Christophe Laporte. Les championnats du monde et championnats d’Europe sacrent en priorité ce profil de coureurs endurants et résistants, mais qui disposent également d’une belle pointe de vitesse. Rarement, depuis les années 1980, l’équipe de France n’a été autant fournie de profils aussi variés, capable de briller sur les grandes courses.

On peut y ajouter Romain Bardet, en argent aux Mondiaux en 2018, Arnaud Démare et Thibaut Pinot, qui ont remporté chacun un Monument. Il est clair que cela contraste avec le cyclisme français des années 2000. Frédéric Moncassin, médaillé avec Anthony Geslin en 2005, avait réussi un sacré tour de force, malgré une équipe beaucoup plus faible. Sur cela, il est clair que Thomas Voeckler partait, déjà, avec beaucoup plus d’armes que ses prédécesseurs.

Il est évident qu’il joue aussi de cette image de tacticien bluffeur, comme il pouvait déjà le faire quand il était coureur. On se souvient de son accueil de Julian Alaphilippe en 2021, descendant en short de bain, pour accueillir le Français. Une grande part de bluff dans ce petit numéro de décontraction. Mais, depuis le début de son mandat, d’autres nations ont aligné de fantastiques sélections. On pense forcément à la Belgique. Mais personne n’est au niveau de l’équipe de France, en termes de résultats. C’est bien ce qu’il faut retenir.

1 Commentaire

1 Commentaire

  1. Avatar

    Genco

    25 septembre 2023 à 23h51

    Un article fort intéressant.

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