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Décathlon : Objectif Paris 2024 pour Basile Rolnin

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ATHLÉTISME – Après plusieurs meetings en France cette année, Basile Rolnin avait participé à sa première grande compétition internationale depuis longtemps au Décastar fin septembre. À l’issue de celui-ci, il est revenu sur l’opération subie en début d’année, son Décastar et ses objectifs pour les mois à venir. Avec bien sûr les Jeux Olympiques 2024 en ligne de mire.

Pour commencer, comment allez-vous ?

Je vais bien. Je sors d’une saison un peu particulière, surtout de 2-3 ans un peu particuliers avec des petits pépins physiques. Et puis cette année une opération du pied. On va dire que ça a été 3 années assez éprouvantes mais là petit à petit, le bout du tunnel commence à se montrer.

Est-ce que c’était prévu avant le Décastar de ne faire que quelques épreuves ?

Non pas du tout. L’objectif c’était de participer complètement au Décastar. C’est un meeting hyper important, on ne se permet pas de venir pour faire quelques épreuves. On vient pour essayer de battre ses records et pour faire un décathlon complet. Moi je savais que j’avais quelques incertitudes parce que ça faisait longtemps que je n’avais pas fait un décathlon complètement, et par rapport à l’opération du pied en février dernier. Donc j’arrivais un peu dans l’incertitude mais en tout cas à l’entraînement j’avais pu réaliser de nombreuses séances en pointe à haute intensité. Pour moi tous les voyants étaient au vert mais visiblement il m’a manqué encore un peu de rythme et quelques compétitions avant pour débrider un peu plus la machine et pour parfaire complètement la préparation.

Quelle opération avez-vous subi ?

Pour le syndrome de Haglund. C’est une excroissance osseuse qui vient irriter le tendon d’Achille. C’est une douleur que j’avais commencé à ressentir en 2020. Qui était partie avec des soins et un peu de repos. Puis en 2021 c’est la douleur qui m’a empêché de faire des décathlons tout l’été. Seulement, à l’époque, ce qu’on voyait sur les imageries c’était plus le problème tendineux que le problème de l’excroissance osseuse qui venait embêter le tendon. C’était complexe dans une zone où il y a une bourse glénoïdale des fois qui s’enflamme qu’on appelle bursite. Il y a aussi l’insertion du tendon, un petit peu plus haut, le corps du tendon. Et il y a cette petite protubérance osseuse qui était présente mais qui était discrète. Au fur et à mesure des années, avec les impacts, la course etc… ça s’est un peu développé. En janvier, le diagnostic a pu être posé complètement.

Sur le même pied où vous étiez blessé il y a quelques années ?

C’est ça. Ça m’a permis quand même de trouver le remède. J’ai vu beaucoup beaucoup de spécialistes à travers la France pour essayer de trouver des solutions vis-à-vis du tendon. C’était multifactoriel, ce n’était pas que l’os. Même si entre décembre 2022 et février 2023 c’était clairement l’os qui devenait problématique. Mais jusque-là il y avait aussi un souci d’élasticité du tendon. Pour le coup c’était plus du travail de réathlétisation, de rééducation, travail de prévention à faire au quotidien que quelque chose d’extérieur qu’on peut moins maîtriser, comme l’os.

Pour revenir au Décastar, on vous a vu être content au poids où vous vous êtes rapproché à 1 m de votre record. Vous l’aviez senti venir ?

Ce n’était pas forcément par rapport à la performance même si j’étais très content de réaliser 14.38 m. Mais c’était plus parce que sur le début du décathlon et de manière générale cette année, je me suis rendu compte que j’avais retrouvé un certain niveau à l’entrainement où j’étais à l’aise et en confiance progressivement. Et dès que j’arrivais en compétition, il y avait un surplus d’envie et je désorganisais complètement mes courses, mes sauts, mes lancers. Et sur ce début de décathlon, je fais n’importe quoi sur la fin de course de mon 100 m parce qu’en fait je suis juste en manque de repères et en manque de compétition. Ce qui est normal mais je m’en voulais un petit peu. Pareil en longueur je n’arrive pas à prendre la planche une seule fois de tout le concours sur des sauts qui sont relativement propres et qui m’auraient permis d’être 7.15/7.20 m. Peut-être plus même si j’avais fait des planches parfaites.





Le fait de me sentir un peu bridé au poids et ne pas arriver à me lâcher et à revenir sur des bases qui sont les miennes, ça me frustrait un petit peu. Et j’ai ressenti certaines choses, j’ai senti que mentalement j’arrivais à me débrider, à prendre un peu plus le pouls de la compétition. Et sortir un peu de ce mode où on n’a tellement pas fait de compétition depuis longtemps qu’on n’a pas de repères et on est obnubilé par la performance, par battre son record parce que c’est pour ça aussi qu’on s’entraîne. Et j’ai senti qu’à ce niveau-là il y avait un mode dans ma tête qui n’était pas bon et j’ai réussi à un peu switcher.

Pourquoi avez-vous pu faire certaines épreuves de lancers et pas les courses après le 100 m ?

C’était sur avis médical du médecin qui était en charge du meeting. Au saut en hauteur, sur l’avant-dernier saut à l’impulsion, mon talon de la jambe où je me suis fait opérer a un peu glissé à l’intérieur. Du coup j’ai senti une tension sur tout le long de l’ischio. Et sur le dernier saut de mon concours, dans la course d’élan, j’ai ressenti une douleur assez vive au niveau de l’ischio qui m’a arrêté net. Sur le coup, je me suis dit que la première chose à faire était d’aller voir le médecin, le kiné pour faire des tests et voir si c’est une douleur bénigne comme on en a parfois sur décathlon et dans ce cas-là on se strap, on met des tapes pour soulager la tension musculaire ou tendineuse pour faire l’épreuve. Soit la douleur était trop vive et ne permettait pas de courir et de poursuivre la suite de la compétition.

À la suite de ces tests il s’est avéré que j’avais des douleurs très aiguës dans le haut de l’ischio. Le simple fait de faire un footing était quelque chose de douloureux et de pas naturel. Si déjà en faisant un footing à quelques kilomètres/heure sans qu’il y ait énormément de tension sur l’ischio on le ressent, c’était même pas la peine d’essayer d’aller sprinter. Naturellement, tout ce qui était course s’est enlevé. Le médecin m’a dit qu’il y avait une possibilité pour moi de faire le disque. Dans ce cas-là, c’était aussi un moyen de ne pas rester sur « l’échec de la blessure ».

Je me suis dit que je vais saisir cette chance et que je vais essayer de me faire plaisir au disque. J’ai testé l’échauffement le lendemain matin. J’ai vu que je n’avais pas de douleurs car c’est plus un mouvement de rotation qu’un mouvement habituel de la course. J’ai fait bien sûr un strap au préalable pour prévenir. Donc j’ai pu faire le disque mais ça s’est arrêté là. Évidemment si j’avais pu faire d’autres épreuves je me serais fait un plaisir de les faire, même si je n’aurais pas battu mes records.

Au niveau des lancers, vous êtes dans les eaux de vos meilleurs résultats. Est-ce que c’est quelque chose de plutôt rassurant pour terminer cette année et commencer un nouveau cycle ?

Oui c’est rassurant parce que ça révèle qu’au niveau de ma coordination, de ma force et de l’explosivité c’est là. Cet hiver j’ai fait des jets à plus de 14.70 m au poids en dehors d’un heptathlon ou d’un décathlon. Ce sont des performances qui me rassurent sur mon année parce que faire des performances en dehors de déca ou d’heptathlon en général ça arrive rarement parce que notre pic de forme est prévu pour les épreuves combinées. Ça laissait présager qu’en montant en forme et en continuant d’accumuler de l’expérience en compétition, il y avait moyen de repasser au-delà de 15 m.

Ce qui résume parfaitement cette année, on va dire que c’est mon disque : j’étais hyper régulier à l’entraînement parce que j’ai progressé en force, en explosivité au niveau des jambes, au niveau du haut du corps, en coordination. Et pourtant le disque je commence ma saison à 45 m et mon pic dans ma saison a été à plus de 50 m avec un concours où je fais 3 jets à plus de 50 m, ce que je n’avais jamais fait. Ça montre que même sur une épreuve que je maitrise comme le disque, il a fallu 3-4 compétitions pour pouvoir arriver à retranscrire les sensations et le relâchement que j’ai à l’entrainement et arriver à les mettre en place en compétition. Sur des épreuves comme la longueur, le sprint, il va forcément falloir 2-3 compétitions pour retrouver certaines choses et débrider un peu la machine.

Maintenant que le corps tient, on va pouvoir sortir un peu plus en compétition cet hiver et retrouver des repères. Et retrouver le nerveux et l’explosivité qu’on n’acquiert seulement en compétition.

Vous avez connu de nombreuses blessures, est-ce que ça provoque une certaine appréhension au moment de débuter une compétition ?

L’appréhension qu’on peut avoir c’est peut-être plus dans la vie de tous les jours. Par exemple, à la suite de mon opération, au fur et à mesure des jours où j’avais de moins en moins mal mais que la douleur était encore présente, ça me marquait dans le quotidien. Mais à partir du moment où on n’a plus du tout mal à l’entraînement, on capitalise de la confiance et on arrive en compétition un peu plus confiant. Peut-être qu’il faut une petite compétition pour « casser la glace de la compétition ».

Mais moi par rapport au Décastar, je n’avais pas d’appréhension particulière vis-à-vis de la blessure. Par contre je me demandais si je n’allais pas manquer de rythme et comment j’allais réagir en compétition. Après c’est vrai que quand on se blesse à répétition à un endroit, à un moment donné ça force à se poser des questions. Mais là j’ai l’entière certitude que j’ai réussi à gommer mes problèmes de tendon que je pouvais avoir. Maintenant c’est retrouver l’appétit de la compétition et laisser le temps au corps de faire son chemin et retrouver les intensités en compétition.

« Mon objectif ça serait de réaliser plus de 8400 points »

Quelle est la suite de votre calendrier ?

J’avais décidé de pousser jusqu’au Décastar pour finir sur une bonne note et aller chercher des repères mentaux et arriver à casser certaines choses. Retrouver de la confiance comme je pouvais l’avoir auparavant en compétition. Ça c’est chose faite. Je vais couper un petit peu pour me régénérer et tourner la page de l’opération, la rééducation et le retour sur la piste.

L’objectif c’est de faire une bonne prépa physique avec des charges d’entraînement qui vont me permettre de pouvoir réaliser mes objectifs : aller aux Jeux, faire un hiver très prometteur et qui pourraient me servir de tremplin pour cet été. L’idée c’est de faire des épreuves combinées cet hiver. Je n’ai pas encore revu le calendrier mais en général en France il y a le X-Athletics fin janvier et avant ça, je vais me roder sur 2-3 compétitions pour retrouver des habitudes et le corps s’adaptera très vite.

Pour 2024 l’objectif c’est les Jeux, les Europe aussi ?

Je pense que les Europe vont être un gros tournant dans la qualification pour les Jeux. Parce qu’il va y avoir beaucoup de points au ranking à aller chercher. Et parce que je pense qu’il va y avoir d’excellentes conditions pour essayer de réaliser les minima directement. C’est un des objectifs, en plus il est très bien placé je trouve parce que c’est début juin (7 au 12 juin 2024, ndlr.), il y a quasiment 2 mois entre les Europe et les Jeux. Auparavant les Europe c’était 1 mois avant les Jeux et d’un point de vue du décathlonien, c’était compliqué de faire les Europe et les Jeux. Parce que ce sont 2 gros championnats. Ça demande plus d’énergie que quand on part en meeting. Donc là, les Europe sont le tremplin idéal. Après on verra comment la saison avance.

Pour se qualifier aux JO, vous misez sur le classement ?

L’idéal c’est de faire les minima directement. Le problème du ranking, c’est qu’actuellement je crois qu’il y a 12 décathloniens qui ont déjà fait les minima donc eux ont leur billet en poche sauf blessure ou catastrophe. Donc ça laisse 12 autres places en sachant que le champion d’Afrique, le champion d’Amérique du Sud et le champion d’Asie seront directement qualifiés pour les Jeux. Donc en gros, il y a 16 places qui sont déjà prises donc ça laisse 8 place pour tout le reste. Si je suis pris au ranking, le principal c’est d’y aller. Mais je pense qu’il vaut mieux tabler sur faire les minima directement parce que je pense qu’il y aura d’autres personnes qui feront les minima l’été prochain. Et les places au ranking seront très peu nombreuses dans la finalité des choses. Mon objectif ça serait de réaliser plus de 8400 points.

Il y a quelques années vous disiez que le décathlon est une discipline qui demande beaucoup d’expérience et que ça tombait bien parce qu’à Paris vous aurez 30 ans. Vous confirmez ?

Oui, j’ai eu l’expérience d’avoir essayé d’aller aux Jeux en 2016 et en 2021. Je vois un petit peu comment se sont passées les différentes préparations, ce que j’ai pu faire de bien, ce qui m’a fait défaut à un moment donné. Je pense que dans la vie il vaut mieux tenter et se tromper, prendre des gamelles parfois en continuant de tenter et en ayant toujours l’envie d’avancer plutôt que de se paralyser et ne pas prendre trop de risques. Je vais essayer de me servir de toutes les erreurs que j’ai faites pour essayer de sortir la meilleure version de moi-même pour cette année.

En janvier j’aurai 30 ans, niveau professionnel à côté je suis beaucoup plus serein parce que je sais déjà ce que je veux faire. Je me suis déjà lancé dans mon coaching personnalisé. Ce sont des choses qui m’ont stabilisé aussi au fur et à mesure des années. Physiquement, depuis 2018/2019 je sais que mon principal frein c’était mes talons d’Achille. J’avais vu je ne sais pas combien de spécialistes pour essayer d’arriver à faire en sorte de ne plus avoir mal à ces tendons parce que c’était ça qui me pénalisait sur les compétitions, qui faisait que je ne terminais pas un déca ou que je n’arrivais pas assez en condition sur un déca et que je ne pouvais pas bien le terminer. Et c’est chose faite parce qu’après toutes ces années où j’ai investi sur moi, de mon temps, de mon argent là-dedans, j’ai l’impression que j’arrive à l’aube de la dernière saison pour les Jeux de Paris où j’ai acquis beaucoup d’expérience. J’ai eu la chance d’avoir un entraîneur sur Amiens qui avait beaucoup d’expérience et qui m’a appris beaucoup de choses. Pareil sur Lille, je suis resté 3 ans là-bas et j’ai énormément progressé. Il y a eu des très bonnes choses. Pareil sur Montpellier. L’idée va être de me servir de toute cette expérience pour arriver à faire peut-être ce que j’ai touché du doigt par moment ou ce que je n’étais pas loin de faire sur les deux dernières olympiades.

Votre avis sur les inquiétudes autour du niveau de l’équipe de France à l’international ?

Je ne sais pas si c’est un avis très tranché mais on fait face à une montée de la densité dans toutes les épreuves. Quand on voit ce que les universités américaines sont capables de fournir en termes de qualité de jeunes athlètes… Même au niveau européen, je vais prendre l’exemple le plus frappant au décathlon : cette année il y a 2 espoirs norvégiens qui ont fait plus de 8500 points, c’est juste monstrueux. Au même âge, ils sont aussi forts, voire plus forts que Kevin Mayer par exemple. C’est très fort. En termes de niveau de performance, il y avait très peu d’athlètes comme ça il y a 10 ans. Aujourd’hui on a l’impression que tous les 2 ans il y a des mecs incroyables comme ça. Aux Championnats d’Europe juniors, celui qui a gagné cette année a fait 8209 points. Si je prends ma génération, aux Championnats d’Europe, celui qui avait gagné il avait fait 7800. Aujourd’hui, je ne suis même pas sûr que ça suffise pour faire un podium.

Il y a une densité donc si nous on a des perles et on a beaucoup d’athlètes, on est bien. Ça va nous permettre de challenger des médailles. Mais si on en a un petit peu moins que les autres, on se retrouve en posture un peu plus désavantageuse. C’est toujours pareil, il peut y avoir des surprises. Il y a des athlètes qui ont un fort potentiel pour les médailles. Cette année on voit l’éclosion de Thibaut Collet ou de Sasha Zhoya par exemple ou les gars sur les haies même un Wilhem, il a acquis beaucoup d’expérience.

« J’ai toujours voulu faire du décathlon »

Si on revient en arrière, après avoir débuté aux lancers, pourquoi vous être tourné vers le décathlon ?

J’ai toujours voulu faire du décathlon. Je faisais des lancers parce qu’à l’époque j’avais les aptitudes. J’allais facilement me qualifier aux championnats de France sur les lancers, je faisais des médailles. Je n’avais pas un gros rythme d’entraînement. J’ai toujours voulu faire du déca mais j’avais des problèmes de croissance. Jusqu’à l’âge de 18-19 ans j’ai eu des problèmes de pubalgie, de bassin, un peu tendineux. Je n’avais pas de muscle mais que des tendons (rires) donc j’étais enclin à me blesser plus facilement. Il a fallu que je me construise un physique au fur et à mesure des années de 2013 à 2016 pour arriver à stabiliser les choses.

La première fois que j’ai entendu du décathlon je devais être en CE2. Mes parents nous avaient offert un jeu d’athlétisme, un jeu de décathlon sur Gameboy. Il y avait toutes les stars historiques. J’ai toujours aimé être touche à tout. Je sautais déjà à la perche à cet âge-là, je faisais des haies… J’avais la chance que l’entraineur qui m’a formé ne partait pas en vacances l’été et il passait l’été au stade avec mes frères et sœurs. Tout l’été, notamment avec ma petite sœur qui était aussi dans le même état d’esprit de faire des épreuves combinées c’était : « Qu’est-ce que vous voulez faire ? Aujourd’hui on aimerait bien faire perche, javelot et poids » et c’est ce qu’on faisait.

Ça a toujours été un plaisir même aujourd’hui je continue d’avoir cette même flamme. C’est peut-être ça qui fait que malgré les quelques années difficiles qui se sont passées au niveau des résultats ou au niveau de l’épanouissement en compétition, je gardais toujours la même passion à l’entraînement. J’ai gardé la même âme que j’avais quand j’étais petit.

Est-ce que vous avez une épreuve préférée ?

Toutes les épreuves ont leur charme. Il y en a qui suscitent plus de stress : avant le 400 m ou le 1500 m. Quand on arrive à ces épreuves on a les jambes lourdes. Ce n’est pas du tout les mêmes sensations que les faire dans un meeting. Vous avez passé toute la journée debout à sauter, à avoir des émotions… Vous n’avez plus du tout la même énergie, le corps ne répond plus trop. La meilleure sensation qu’il puisse y avoir c’est battre son record sur le 400 m, clôturer la première journée en ayant fait un très bon total.

J’aime toutes les épreuves, il n’y a pas une épreuve où j’arrive en me disant « bon là ça va être compliqué ». Le 100 m et le 110 m haies ce sont des épreuves qui sont très brèves donc le plaisir pris n’est pas pareil que sur un concours barre par barre, l’atmosphère qui change, le public qui nous galvanise au fur et à mesure que la barre monte. Mais c’est très plaisant aussi de prendre le départ d’un 100 m, passer la ligne, battre son record. En plus on a la pression des points qui sont en jeu. Ce n’est pas pour une place, une qualif en demies. Une fois que l’épreuve est scellée, les points sont scellés, on ne peut plus revenir en arrière, on est obligé d’être à 10000% sur chaque épreuve.

Après 2 journées de compétition, avant de commencer le 1500 m ou le 800 m, qu’est-ce qu’on se dit dans la tête malgré la fatigue ou les bobos qui ont pu apparaitre ?

Personnellement j’essaie de ne me concentrer que sur l’intensité et les schémas de course. Le 400 m et le 1500 m ce sont des épreuves qui sont assez longues en soi dans l’effort et qui demandent un peu d’intelligence de course. Sur le 400 je me concentre sur le fait d’être le plus relâché possible, essayer de griller le moins d’énergie possible sur les premières parties de course. Et après les 200 derniers mètres il n’y a plus de calculs, c’est en fonction de l’évolution de la course. Pareil pour le 1500 m, je me dis qu’il ne faut surtout pas que je m’emballe à partir trop vite au risque de se mordre les doigts derrière. Je sais comment je réagis aux efforts, les premiers tiers de course se passent souvent très bien et ensuite j’ai une tendance à accuser un peu le coup. Je sais que les deuxièmes tiers de course c’est là où il faut que je sois le plus attentif, le plus concentré. Si je vois que je suis en train de lâcher, c’est là où je me dis qu’il faut que je recolle tout de suite parce que 200-300 m après tu vas avoir un second souffle et ça va aller mieux. J’essaye de me faire un peu les courses en tête, d’être réactif et de vivre le moment présent.

« Communiquer avec les gens, leur partager l’expérience, leur montrer ce dont ils sont capables, c’est ce que j’ai aimé »

Vous faites du coaching personnalisé.

Sur ces dernières années, la question financière s’est posée. Au niveau de l’athlé, comme les performances n’étaient pas forcément au rendez-vous, forcément les subventions sont moins importantes. Ces préoccupations-là, je pense que beaucoup d’athlètes les ont eues, ont ou malheureusement vont les avoir d’ici quelque temps. Sur ces deux dernières années, je me suis posé beaucoup de questions. Comment je vais arrêter ? Qu’est-ce que je vais trouver à côté de l’athlétisme ? Tant que j’avais les aides, les subventions, que je ne me « plaignais pas » dans mon quotidien, ça allait. Et puis on se rapproche de la trentaine et je le sentais comme quelque chose qui était au fond de moi mais que je mettais de côté. À un moment donné ça a refait surface. Parce que ma vie tourne autour de l’athlé mais qu’est-ce que j’ai envie de faire à côté ? Est-ce qu’il faut que je trouve « quelque chose d’alimentaire » pour trouver quelque chose de plus sérieux après ?

Ça n’a pas été évident, j’ai fait mon chemin et j’ai commencé à aider des personnes à perdre du poids et à se remettre en forme autour de moi. J’ai eu la chance d’avoir des jeunes rugbymen pour l’entraînement sur du sprint, un qui est en centre national de rugby à XIII à Toulouse et deux qui sont en centre régional et qui devraient intégrer le centre national dans les prochaines années. Communiquer avec les gens, leur partager l’expérience, leur montrer ce dont ils sont capables, c’est ce que j’ai aimé. Au fur et à mesure des mois je m’oriente un peu plus vers de la transformation physique vers des gens qui ne sont pas forcément très bien dans leur peau, qui ne sont pas en condition physique… pour créer un lien et leur montrer qu’ils sont capables de faire des choses extraordinaires, qu’ils sont capables de changer leur quotidien pour avoir un rythme de vie et alimentaire sains. Il suffit juste d’être bien accompagné. C’est très enrichissant sur le plan humain et ça m’a permis de trouver mon équilibre. Financièrement ça m’a permis de me rassurer aussi.

C’est plus facile pour gérer votre emploi du temps.

Oui complètement. L’avantage c’est qu’on est son « propre patron ». C’est à nous de nous arranger avec les personnes. J’avais lu pour Dimitri Bascou que pendant un moment il travaillait à 5h. C’est hyper pénalisant et ça se comprend qu’il ait arrêté. Parce que déjà c’est hyper tôt et c’est quelque chose qu’on lui impose. Si on lui disait « tu bosses comme tu veux », je suis quasiment persuadé qu’il n’aurait pas mis le matin aussi tôt. D’un autre côté quand on est auto-entrepreneur et qu’on fait du coaching, il faut avoir des résultats. On ne peut pas se reposer sur ses lauriers, c’est comme dans le sport de haut niveau : il faut toujours capitaliser, essayer de rencontrer des nouvelles personnes, et voir comment on peut les aider. En athlé c’est pareil, il faut toujours rechercher l’excellence, ce qu’il nous manque. Ce sont les mêmes principes.

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