Deux rendez-vous en ligne ratés et aucune médaille : Thomas Voeckler est-il vraiment le seul responsable ?
CYCLISME SUR ROUTE – L’équipe de France a manqué ses deux rendez-vous aux Mondiaux et aux Europe. La faute uniquement au sélectionneur Thomas Voeckler ?
Le constat : les Bleus sont passés à côté au Canada et en Slovénie
C’est un réveil au goût amer, ce lundi, pour l’équipe de France masculine de cyclisme sur route. Après l’échec des Championnats du monde à Montréal et la 15e place de Paul Seixas – le plus mauvais résultat français des années 2020, à égalité avec la 15e place de Valentin Madouas en 2023 –, les Bleus ont également manqué leur rendez-vous aux Championnats d’Europe. Avec un seul top 10, signé Léo Bisiaux (9e), ils sont restés loin du podium surprise décroché par Paul Seixas en 2025.
La France était venue à Montréal avec des ambitions de titre. Elle arrivait à Ljubljana, en Slovénie, avec des envies de médaille. Elle repart des deux rendez-vous les mains vides et la queue basse. Depuis, les critiques fusent sur les réseaux sociaux et Thomas Voeckler, sélectionneur de l’équipe de France masculine, se retrouve forcément en première ligne. Pour la première fois depuis 2019, les Bleus terminent les grands championnats sans la moindre médaille. Alors forcément, l’Alsacien est dans le viseur.

Individuellement, les cadres français n’ont pas été à la hauteur
Avant de chercher des poux à l’ancien maillot jaune du Tour de France 2004 et 2011, il faut aussi regarder ce qui s’est passé sur le vélo. Individuellement, plusieurs Bleus n’ont tout simplement pas été à la hauteur. Des crampes de Paul Seixas à Montréal aux défaillances de Kévin Vauquelin et Romain Grégoire en Slovénie, les déceptions se sont accumulées. Les crampes de Seixas peuvent difficilement être résumées à une simple erreur humaine, tant leurs causes restent complexes. Les difficultés rencontrées par les cadres français aux Championnats d’Europe laissent en revanche davantage de regrets.
Paul Seixas a malgré tout été candidat au titre mondial jusqu’à 15 kilomètres de l’arrivée. Pour Vauquelin et Grégoire, il a été beaucoup plus difficile d’imaginer une médaille au fil de la course européenne. Kévin Vauquelin (14e), double deuxième de La Flèche Wallonne et membre du Top 5 de Paris-Nice en 2026, termine derrière des coureurs solides, certes, mais moins attendus que lui sur le papier, comme Iván Romeo, Ramses Debruyne ou Emil Herzog. Même constat pour Romain Grégoire sur une ascension et un effort d’environ six minutes qui semblaient pourtant correspondre à ses qualités de puncheur.
Les jeunes Mathys Rondel et Léo Bisiaux ont sauvé les meubles
Résultat, les Bleus s’en sont finalement remis à leurs jeunes. Mathys Rondel a été l’un des Français les plus convaincants, accompagnant un temps Cristian Scaroni, futur troisième, avant de terminer 11e. Léo Bisiaux (9e) a quant à lui sauvé le seul top 10 tricolore de la journée. Deux coureurs qui disputaient leur première véritable saison au plus haut niveau, même si Rondel avait déjà goûté au WorldTour en 2025.
Le constat n’était finalement pas si différent au Canada. Autour de Seixas, peu d’équipiers avaient réellement répondu présent, à l’exception d’un immense Bruno Armirail. L’image de Valentin Paret-Peintre passant à l’attaque avant d’abandonner quelques kilomètres plus loin avait notamment laissé perplexe.
Thomas Voeckler sans doute fautif au Canada, mais…
Il ne s’agit pas pour autant de dédouaner Thomas Voeckler. À Montréal, le sélectionneur français a sa part de responsabilité. Son choix de durcir la course de très loin, notamment avec le gros travail de Bruno Armirail, s’est finalement retourné contre une équipe de France dont plusieurs éléments se sont rapidement retrouvés en difficulté.
Une autre stratégie aurait sans doute pu être tentée, par exemple en plaçant davantage de coureurs dans les mouvements partis de loin, dont celui de Mathieu van der Poel. Un peu à l’image de ce que les Bleus avaient réussi en 2021 avant le deuxième sacre mondial de Julian Alaphilippe. Peut-être Voeckler a-t-il tout simplement surestimé les forces dont il disposait ce jour-là.
En revanche, il paraît beaucoup plus difficile de lui imputer l’échec des Championnats d’Europe. Ce n’est pas lui qui pédale à la place de ses coureurs. Et la relative discrétion des Bleus pendant une bonne partie de la journée n’avait rien d’illogique dans une course qui s’est décantée bien plus tard qu’à Montréal. Quand les jambes ont commencé à parler, plusieurs des leaders français attendus n’ont simplement pas pu répondre.
Thomas Voeckler a aussi dû composer avec les choix de ses cadres
Il ne faut pas non plus oublier que Thomas Voeckler a dû construire ses sélections en fonction des choix de certains de ses cadres. Paul Seixas a préféré faire l’impasse sur les Championnats d’Europe afin de se préserver pour le Tour de Lombardie. À l’inverse, Romain Grégoire et Kévin Vauquelin n’étaient pas à Montréal afin de privilégier le rendez-vous européen. Quand de tels choix sont faits et qu’ils pèsent forcément sur la composition des équipes de France, les résultats qui suivent entrent aussi dans le bilan.
Voeckler a également dû faire sans Lenny Martinez, dans des circonstances qui ont laissé quelques interrogations. Dès lors, faire du sélectionneur l’unique responsable de ces deux rendez-vous manqués serait bien trop facile. Cela n’efface pas ses erreurs, notamment à Montréal. Mais sur le vélo aussi, certains des coureurs les plus attendus n’ont pas répondu présent. Et ça, Thomas Voeckler n’y peut pas grand-chose.


