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Football

Les faits divers du sport – Fifagate : l’effet papillon

Jordane Mougenot-Pelletier

Publié le

Les faits divers du sport - Fifagate : l'effet papillon
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Drogue, meurtres, prostitution… Ce n’est pas le lancement d’Enquêtes Exclusives, c’est le programme des « faits divers du sport ». Dans cette série d’articles, nous vous proposons de plonger dans les liens intimes que tissent police, justice et sports. Aujourd’hui, deuxième partie de notre dossier consacré au Fifagate et à l’effet papillon qui a secoué la FIFA.

Casseroles

On n’avait certes pas attendu Chuck Blazer. Avant le début des années 2010 et l’avalanche de démissions que les affaires de corruption autour des attributions de plusieurs coupes du monde allaient provoquer, la FIFA trainait déjà une odeur de soufre. Et cela ne datait pas de la présidence de Sepp Blatter. Joao Havelange, son prédécesseur avait son lot de casseroles, de polémiques, autres temps autres mœurs, qu’on cachait poliment sous la pelouse. Tant que cela ne concernait qu’un petit groupe de personnes. Tant, surtout, que ça ne contrariait pas les puissants en mesure de riposter.

En préférant le Qatar à la candidature américaine pour la Coupe du monde 2022, la FIFA a contrarié ceux qu’il ne fallait pas. En mettant la main sur Chuck Blazer, la justice américaine provoque une réaction en chaîne. Elle va bousculer plusieurs dirigeants de la FIFA. Jusqu’à son secrétaire général, le Français Jérôme Valcke.

Idiot utile

C’est dès 2010 que Blazer se met à table. Et il n’attend pas que le FBI l’équipe d’un micro pour faire tomber des têtes. En 2011, c’est un ami de trente ans qu’il fait tomber, Jack Warner. En dénonçant publiquement le Président de la CONCACAF qui l’avait fait secrétaire général, puis membre du comité exécutif de la FIFA, Blazer fait une première fois trembler le cocotier.

Idiot utile de Blatter, Big Chuck raconte par le menu comment Jack Warner et Mohammed Bin Hammam ont acheté des voix lors de l’élection du président de la FIFA en 2011. Opposé à l’immarcescible Suisse, pensait-on alors, Bin Hammam est président de la confédération asiatique de football. Selon Blazer, il rencontre son homologue de la CONCACAF Jack Warner et lui remet des enveloppes de 40000$ pour s’assurer du vote des délégués caribéens au prochain congrès de la FIFA. Celle-ci ne se fait pas prier pour ouvrir une enquête interne, saisir son comité éthique et suspendre à titre conservatoire les deux hommes. On ne rigole pas avec le pré carré de Blatter.

Warner endormi

Si Bin Hamman joue les Dreyfus, Jack Warner comprend tout de suite. Il sait que si Blazer a parlé, cette histoire de 40000$ est un moindre mal. Il devance l’appel du marteau et, drapé de probité candide et de lin blanc, il démissionne. L’enquête de la FIFA est éteinte, Jack Warner demeure innocent. Blatter n’aura pas la magnanimité des grands pour Bin Hamman et maintient sa suspension. Le TAS lève la suspension en 2012, faute de charges.





Des charges, le FBI ne va pas se faire prier pour en trouver. Sans doute plus que ce que la FIFA aurait même souhaité en révéler. Le Bureau met au jour un versement de plusieurs millions d’euros entre Bin Hammam et Jack Warner pour s’assurer que la voix du Trinidadien ira bien à la candidature qatarie. 5 millions d’euros sont distribués à divers représentants africains, 300 000 autres à un responsable du football océanien. On suspend Bin Hammam à vie de toute activité dans le football et il est banni de la FIFA en décembre 2012.

Les janissaires de la FIFA

Ce qui devrait réjouir Sepp Blatter doit commencer à le faire cogiter. Il sait que si l’enquête du FBI remonte les réseaux de corruption au sein de la FIFA, on viendra immanquablement à s’intéresser à lui. Pour redorer son blason et pour s’assurer le soutien de quelques généreux et puissants alliés, il passe à l’offensive. A qui veut l’entendre, il dit que rien ne pourra empêcher que le Qatar reçoive la Coupe du monde 2022. Opportunément, il rappelle les soutiens affichés par les janissaires qui voudraient lui contester son califat. Dans son viseur, Michel Platini dont le soutien au Qatar n’a jamais été un mystère. Le Lorrain reconnaît sans ambages avoir été reçu et convaincu par l’Élysée de soutenir l’état gazier.

En mai 2015 pourtant, l’étau se resserre et la FIFA connait son plus gros scandale. En marge de son congrès qui se tient à Zurich, une demi-douzaine de ses responsables sont arrêtés. Jeffrey Webb, Eugenio Figueredo, Eduardo Li, Julio Rochas, Costas Takkas, Rafael Esquivel et Jose Maria Marin s’en vont au ballon. Idem pour Nicolas Leoz et Jack Warner. Tous ces messieurs, dirigeants en place ou retirés des voitures du football nord, central et sud américain sont accusés de corruption, de racket et de blanchiment d’argent.

Dans le même temps, le FBI perquisitionne le siège de la CONCACAF à Miami. En cause, un large système de corruption qui a consisté au paiement de près de 150 millions de dollars contre votes et arrangements. De la Coupe du monde 1998 et le soutien au Maroc en passant par le Mondial russe et la CDM qatarie, tout y passe. Y compris l’attribution des droits télé.

Jérôme Valcke, l’ami de la démocratie

Le coup fatal pour Jérôme Valcke. Le Français, secrétaire général de la FIFA depuis 2007, est mis sur la sellette. En cause, ses voyages privés aux frais de la princesse. Un système de revente de places pour les mondiaux au marché noir. Des tentatives d’attribution de droits télé des Coupes du monde 2018 et 2022 à des prix très inférieurs au prix du marché… aux Caraïbes. Le tout contre un système très élaboré de commissions et rétro-commissions.

L’affaire ne surprend que les naïfs et les béotiens. Il se dit depuis longtemps dans le milieu du football que Jérôme Valcke finirait par prendre pour Blatter. Il faut dire aussi qu’il avait mis en rogne Mastercard dans une nébuleuse affaire de sponsoring qui favorisait in fine Visa. Valcke avait également montré beaucoup d’empressement à faire en sorte que la loi locale autorise la vente de bière dans les stades brésiliens lors du Mondial.

Jérôme Valcke s’était également fait remarquer en déclarant : « Je vais dire quelque chose de fou, mais un moindre niveau de démocratie est parfois préférable pour organiser une Coupe du monde. Quand on a un homme fort à la tête d’un État qui peut décider, comme pourra peut-être le faire Poutine en 2018, c’est plus facile pour nous les organisateurs qu’avec un pays comme l’Allemagne où il faut négocier à plusieurs niveaux ».

En septembre 2015, la FIFA le relève de ses fonctions. Pour Blatter, l’hiver se rapproche.

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