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Football

Les faits divers du sport : René Vignal, gardien braqueur

Jordane Mougenot-Pelletier

Publié le

FFF

Drogue, meurtres, prostitution… Ce n’est pas le lancement d’Enquêtes Exclusives, c’est le programme des « faits divers du sport ». Dans cette série d’articles, nous vous proposons de plonger dans les liens intimes que tissent police, justice et sports. Aujourd’hui, René Vignal, gardien de but et braqueur de banques. 

Les gens sont marrants. Ils viennent au stade, ils viennent vibrer. Ils veulent voir 22 gus se disputer une balle et imaginent qu’une fois qu’ils sont rentrés chez eux, les 22 en question pourraient vivre de conserves et de télévision. Les sportifs sont des gens comme les autres et quand ils goûtent à l’adrénaline, il leur devient difficile de s’en priver.

Imaginez un gardien de but. Sa proverbiale solitude. Et soudain l’occasion qu’il faut sortir, le ballon qu’il faut aller chercher. Les hourras de la foule ou les quolibets. Tout ce qui fait qu’un gardien pendant un match se sent tellement plus vivant.

Sa dose d’adrénaline

Cette adrénaline-là, René Vignal n’a jamais cessé de la chercher. Longtemps, c’est le football qui lui a fourni sa dose quotidienne. Enfant turbulent, il n’y a que le ballon rond pour le calmer. Attaquant d’abord, gardien après que le titulaire désigné a été arrêté pour un petit larcin. Il ne quitte plus les cages où tout lui est permis ou presque.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le style de René Vignal n’était pas académique. Il n’hésite jamais à sortir de son but pour aller au contact, intercepter. Tant pis s’il fait du dégât, sur lui et sur les autres. A Toulouse, au Racing surtout, il devient le gardien star de France. Sa belle gueule et sa gouaille n’y sont pas pour rien. Sa fréquentation de Pigalle et de tout ce qu’on compte de plus louche dans les nuits parisiennes non plus.

René Vignal aka « Flying Frenchman »

Côté sportif, l’homme est donc un cador. Dans les buts du Racing, il gagnera une Coupe de France et en perd une finale. L’équipe aurait eu les moyens d’accrocher des championnats, mais elle est notoirement inconstante et déséquilibrée. Le jeu est spectaculaire mais il manque de rigueur défensive. Tant pis. Rapidement, René Vignal s’impose en Équipe de France. Et ce d’autant plus que ses prestations sont remarquées à l’international.





Le 27 avril 1949, à Hampden Park, la France dispute un match amical contre l’Écosse. 125 000 spectateurs debout assistent à la victoire écossaise 2-0. Dans ses cages, René Vignal fait tout et le reste. Il s’envole, il parade. Il n’empêche pas la défaite de la France, les Écossais sont trop gaillards, trop solidaires, mais il gagne son surnom de « Flying Frenchman ».

Bibine

Ses sorties dans les buts et en boîte de nuit font la Une. René Vignal est un homme heureux. L’adrénaline à son max. Il s’apprête à disputer en Suisse le Mondial 1954 quand, dans un derby contre le Stade Français, le gardien se casse l’avant-bras. A 27 ans, sa carrière est foutue. Il mettra 5 ans à se refaire la cerise et finira sa carrière à Béziers, ville natale et club de D2, loin de Pigalle et des Unes des journaux.

Éloigné des terrains, René Vignal essaie de se reconvertir dans ce qu’il connait le mieux après le football : la bibine. D’abord en achetant un bar à Toulouse qui ne tiendra pas longtemps. Ensuite en devenant représentant pour une marque de champagne et Martini. René Vignal se retrouve à mener la vie qu’il avait toujours voulu éviter. L’adrénaline disparait, l’argent, les nuits parisiennes sont loin. René Vignal s’emmerde.

Pas si loin finalement puisque l’ancien professionnel a conservé de son passage dans la capitale des amitiés interlopes. A Pigalle, il croisait, en plus de Jean-Paul Belmondo qui le vénérait, les frères Guerini et leur emprise sur le milieu français. Il ne lui est donc pas difficile de se faire rencarder sur des coups lucratifs. Arme à la main, René Vignal va chercher l’adrénaline là où elle est : dans les banques et dans tout ce qui se braque.

Quand René Vignal braquait les Girondins de Bordeaux

En 1970, René Vignal participe à 27 braquages à main armée dans Pau, ses environs et bientôt tout le Sud-Ouest de la France. Il faut dire aussi qu’en investissant dans le commerce de machine à sous clandestines, l’ancien portier des Bleus avait fait plus que sauter le pas vers le banditisme. Se rêvant gentleman cambrioleur, René Vignal se targue, dans un procès qui ne tardera pas à se tenir, de n’avoir jamais eu à faire usage de la violence physique. Ironie du sort, c’est en braquant le commerce de Jean Maury, patron du football des Girondins de Bordeaux, que Vignal se fait serrer.

A son procès en 1971, la France du football des années 1950 défile pour dire tout le bien qu’il pense de l’accusé. Albert Batteux, Just Fontaine ou Lucien Leduc côté football, Roland Mesmeur ou Max Urbini côté journalistes, tous s’en portent garants : René Vignal est un type formidable. Les jurés s’en fichent, il en prend pour 15 ans. Au centre de détention des Murets, dans laquelle passeront Omar Raddad, Bertrand Cantat ou Marc Cécillon, il a tout le temps de penser et d’écrire son autobiographie « Hors Jeu ». Elle lui vaudra les honneurs d’une invitation à Apostrophes chez Bernard Pivot.

Officiellement retiré des voitures depuis 1978 et sa sortie de détention, René Vignal s’éteint en 2016 à 90 ans à Toulouse, ville fatale et premier club.

JMPPMJ

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