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Football fiction – Dernière journée de Ligue 1 : et si…

Jordane Mougenot-Pelletier

Publié le

Photo Ligue 1

FOOTBALL – Rien n’est encore joué en Ligue 1. À tous les étages du championnat, le suspense est à son comble. On peut alors se prendre au jeu des hypothèses et des « et si… ». Ce qui suit est une fiction qui s’en inspire.

Et si… le Paris Saint-Germain avait fini la saison sans trophée ?

Dimanche 23 mai, Brest, 23 heures. L’iPhone 12 Pro de Nasser Al-Khelaïfi vibre dans la poche intérieure de son costume Paul Smith bleu nuit. Il le portait ce soir pour la première fois, sans doute la dernière. L’indicatif téléphonique indique +974, on l’appelle du Qatar, c’est mauvais signe. Le secrétariat particulier de l’Émir veut le voir, s’il n’est pas venu en avion à Brest on lui en envoie un tout de suite.

Dans le vestiaire du Stade de France mercredi, il avait réussi à passer entre les gouttes. La défaite en finale de Coupe de France, pas de sa faute : l’arbitre a été nul, Monaco a eu de la chance, l’herbe était trop mouillée. Samedi, il a temporisé quand Kylian Mbappé a posté un « Campeones ! » avec les photos de Zidane et Benzema remportant la Liga au Bernabeu. Aujourd’hui, l’équipe a perdu 3-2 contre Brest et Nasser se retrouve Gros-Jean comme devant. Le PSG aussi : il n’y aura pas de trophée cette année.

Nasser le sait bien. Fini les déplacements à Lorient, Lens ou Metz, terminé les cocktails dans la loge de Manchester, Turin ou Munich. Pour Nasser, ce sera le début d’une dizaine d’années pendant lesquelles il sera tricard. Tant pis, pense-t-il, il fera autre chose. Un jour peut-être sera-t-il de retour en grâce, alors il passera ses journées à penser à autre chose qu’à Kingley Coman, Sergi Roberto et Gianluigi Buffon.

Une dernière fois, il va tenter de sauver sa peau. Il va expliquer que tout le monde savait que ce serait une saison de transition, surtout quand on a changé d’entraîneur en milieu de saison. Nasser sait qu’il va jouer le tout pour le tout parce qu’il sait aussi que cette vie lui manquera. Il sait qu’il n’a aucune chance.

Et si… Lyon ne se qualifiait pas pour la C1 ?

Jean-Michel Aulas finit son verre de Brouilly et ouvre Twitter. 1er tweet : « Lopes, Caqueret, Guimaraes, Paqueta, Depay, Aouar, Cherki. Cette équipe n’a gagné aucun titre et n’est pas sur le podium de la Ligue 1 ». Il décide de laisser couler, consulte son carnet et c’est bien ce qu’il pensait. Il voulait faire le gag du classement sans Paris et Monaco avantagés financièrement et fiscalement. Mais il l’a déjà fait il y a trois mois, trop tôt pour le refaire. Pas grave, tweet suivant.





« Toko-Ekambi et Slimani encore sur la pelouse et encore nuls. Jusqu’à quand ? ». Nouveau verre de Brouilly. Il se décide pour un indirect et retweete la carte des déplacements de Toko et le nombre de ses xG. Ça lui fera les pieds. À la direction technique, tout le monde aime Karl. Il court beaucoup et est costaud aux duels. C’est aussi pour ça que Rudi le met souvent et ça suffit à Jean-Michel. Il ne dit jamais rien et ne coûte pas cher. Mais pour plaire à Charly Truc, Zak On Ne Sait Qui ou Sofiane Machin Chose, il faudrait Cherki qui ne court pas assez ? Non merci !

La bouteille est presque vide et il a fallu rappeler aux oublieux que le club possède toujours l’EBITDA la plus solide de l’élite. Il allait fermer Twitter quand il voit : « Garcia, choix de Houiller et Aulas, aura décidément été catastrophique pour le club ». OK pélo, pense Aulas, ce soir ce sera pour toi. Le journaliste de quartier n’aura fait qu’une saison, cette fois c’est pour toi. Il veut leur faire comprendre que l’Olympique Lyonnais c’est lui. Le capital, le budget, l’équipe c’est lui. C’est son pognon, il s’agirait que tout le monde le comprenne et se fasse à l’idée qu’il en dispose comme il l’entend. Garcia c’est lui, et alors ?

Il s’en est fallu de peu pour qu’il réponde : « Le retour de Bruno aussi ce sera moi. Tu vas faire quoi même ? ». Au dernier moment, Jean-Michel Aulas a repensé à la une du Progrès du lendemain : « Il revient ». Il ne peut pas leur faire ça.

Et si… les Girondins de Bordeaux étaient relégués de Ligue 1 ?

C’est une foule immense qui converge de tous les côtés de la place de la Bourse. Une marée humaine que l’on distinguerait encore si l’on survolait Bordeaux à plusieurs milliers de pieds du sol. Au loin, les pulls cyan noués autour du cou se confondent avec les serre-têtes Burberry. Depuis le matin, c’est une même antienne qui unit les processionnaires : « Hurmic démission ! Ecolo aux pieds carrés ! ». De la mairie, les rives de la Garonne n’ont jamais semblé aussi menaçantes.

Si on s’approchait et qu’on voulait entendre ce que cette foule avait à reprocher au maire, il faudrait un carnet de notes entier, un supplément spécial de Sud-Ouest et une soirée THEMA sur Arte. Si on laisse de côté le sapin de Noël et les trottinettes électriques des bobos parisiens, la relégation des Girondins de Bordeaux de la Ligue 1 est dans toutes les bouches et de tous les reproches. Sur la fontaine des Trois Grâces, on a commencé à faire hisser par les Scouts de Gironde des banderoles demandant le retour d’Alain Juppé tandis d’Arcachon à Andernos on s’est donné le mot pour défiler sur la Garonne. Les cornes de brume se mêlent aux slogans.

Il a fallu un alignement des planètes ahurissant mais Bordeaux est relégué en Ligue 2 au terme des matchs de barrage. Pour les milliers de Bordelais qui défilent, c’est une longue descente aux enfers qui a commencé avec l’élection d’un maire de gauche dans leur ville. Depuis, cette sensation de relégation symbolique ne les a jamais quittés. Avec elle, la certitude que c’est toute une région que l’on tire vers le bas. Alors que les Girondins de Bordeaux descendent en division inférieure, ça ne les surprend pas et pourtant ça les indigne. Ce qui se joue pour eux c’est la chute de Rome, la dislocation de l’Empire austro-hongrois et le sac de Constantinople.

Dans son bureau de la Mairie, Pierre Hurmic ne comprend toujours pas ce qu’il aurait pu faire pour que Bordeaux évite la descente de Ligue 1. Le Préfet l’appelle toutes les heures pour le tenir au courant de la tournure des événements. Toutes les trente minutes, il reçoit une note de ses conseillers. Dans la dernière, on lui suggère de retirer ses délégations à l’Adjoint en charge des Sports.

Sur la place de la Bourse, des effigies de Nicolas Sarkozy fleurissent, on prie pour la béatification d’Alain Juppé. Tout le monde là-bas se prépare à occuper la place pour la nuit. Les femmes sont rentrées confier les enfants à la fille au pair colombienne, elles reviendront avec des couvertures. Les hommes débouchent les premiers grands crus. On ne parle pas de football, ça n’est pas le problème. À l’Île de Ré ou au Cap Ferret en août, on se rappellera de cette soirée avec émotion.

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