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Haas va droit dans le mur (et ça ne risque pas de changer)

Eliott Conway

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Haas va droit dans le mur (et ça ne risque pas de changer)
Yuri Kochetkov / Pool via REUTERS

Voilà maintenant 5 saisons que Haas F1 Team a rejoint les paddocks de la Formule 1. Si les deux premières années étaient encourageantes, la troisième celle de la confirmation, le fait que l’écurie de Kannapolis enchaîne les déconvenues et la chute au classement constructeurs. Et le plus inquiétant, c’est qu’en l’état actuel, ce n’est pas parti pour s’améliorer. Au contraire.

Le 29 septembre 2015, deux jours après que Romain Grosjean termine le Grand Prix du Japon à la septième place pour le compte de Lotus, Gene Haas et Gunther Steiner annoncent aux côtés du pilote français son arrivée dans l’écurie américaine lors d’une conférence de presse au siège de l’équipe à Kannapolis. Un an plus tard, au même stade de la saison, Haas a marqué 28 points et pointe à la huitième place du classement constructeurs. C’est bien sûr peu par rapport à Mercedes (498), mais lorsque l’on compare aux équipes arrivées en 2010 (Manor, Caterham et HRT), c’est un score exceptionnel (3 points pour les trois équipes réunies entre 2010 et 2016). Pari tenu pour Gene Haas. 2016 se termine dans la satisfaction, d’avoir un premier pilote solide, des gros points, et l’arrivée l’année suivante de Kevin Magnussen.

2018 représente à l’heure actuelle l’année la plus aboutie pour Haas. Cinquièmes du classement constructeurs (bien aidés par la disqualification de Force India certes), auteurs d’une superbe quatrième place à Spielberg grâce à Romain Grosjean et avec Kevin Magnussen neuvième du classement général à la fin de la saison. 29, puis 47, et enfin 93 points pour leur troisième année. 2018 confirmait la force de Haas dans le midfield, 2019 devait se terminer avec une place de best of the rest. Le problème, c’est que cette position n’est jamais arrivée.

Kevin Magnussen et Romain Grosjean en 2017 - AFP

Kevin Magnussen et Romain Grosjean en 2017 – AFP

Le franchissement d’une étape qui n’a pas eu lieu

La saison commençait pourtant bien. Ou presque. Si Kevin Magnussen reçoit le drapeau à damier à la sixième place, Romain Grosjean termine sa course dans un échappatoire à cause d’une roue mal serrée, comme en 2018. Avec 8 points ramenés de Melbourne, cette course reste un succès.

Le problème, c’est que cette course n’a finalement été qu’une éclaircie à travers un orage. La réalité, c’est que 2019 a marqué le début de la chute pour Haas. L’année dernière a démontré les symptômes qui minent l’écurie préférée de Netflix. Le meilleur exemple a été le Grand Prix du Brésil. Toro Rosso est reparti avec 19 points. Alfa Romeo inscrit en une course 80% du capital de Haas en 2019 (22 points). Haas n’a vu aucune de ses voitures dans le top 10. Une course ratée là où ses concurrents ont réussi. Symbole d’une saison qui l’est tout autant, marquée par les conflits, tant en piste que devant les tribunaux avec l’incroyable imbroglio entre l’équipe américaine et Rich Energy, son sponsor titre de l’époque.

Hormis à Hockenheim, Haas n’a jamais amené plus de 7 points par course. Sur les 21 courses du championnat 2019, Haas a fini dans les points 7 fois. Les deux VF-18 de l’année précédente ont vu le top 10 à 19 reprises, et avec 28 points ramenés à l’issue de la saison, cela représente une perte de presque 70 points en l’espace de 12 mois.

2020, la douche froide

Haas a logiquement abordé 2020 en partant du principe qu’ils ne pouvaient de toute façon par faire pire que l’an passé. Malheureusement, un châssis raté et un groupe propulseur Ferrari en net retrait ont eu raison des espoirs de Romain Grosjean et Kevin Magnussen. Il a fallu un pari risqué pour permettre au Danois d’arracher un point en Hongrie et un miracle pour que le Français inscrive les deux derniers de sa carrière au Nürburgring. À la fin de la saison, Haas a marqué 3 points. Seul Williams est derrière puisque l’écurie de Grove n’a pas trouvé le moyen de finir dans le top 10.

On peut légitimement se dire que ce n’est qu’une mauvaise étape à passer. Après tout, il a fallu 21 ans à Ferrari pour trouver un successeur à Jody Sheckter au championnat pilotes. Williams traverse également une période compliquée. McLaren et Racing Point l’ont également vécue et se sont finalement battus pour la troisième place constructeurs. Pourtant, il est plus facile de faire confiance à Williams pour s’en sortir qu’à Haas.

Haas va droit dans le mur

Avant de continuer, il est nécessaire de s’accorder sur un point : Haas a réussi son passage en Formule 1. L’écurie a fêté à Abu Dhabi son centième Grand Prix, là où Manor n’en a vécu que 93. Surtout, Haas a marqué des points. 199 exactement, en 5 saisons. Cela paraît maigre, mais finir dans le top 10 dans une compétition aussi féroce que la Formule 1, c’est remarquable.

Haas va droit dans le mur pour de multiples raisons. Premièrement, son modèle économique fait courir un risque, en particulier la construction de son châssis. Haas ne le produit pas, c’est Dallara qui s’en charge. Ce n’est pas nouveau, HRT l’avait fait en 2010 et Racing Point le fait avec la Mercedes de l’an passé. Le risque, c’est de ne pas comprendre le concept derrière sa voiture. Si cela marche, l’équipe se retrouve avec une voiture performante. Il n’était pas rare de voir Haas chercher les Red Bull en 2018. Dans le cas contraire, on court à la catastrophe, en attestent les deux dernières saisons.

Haas va droit dans le mur car leurs meilleurs témoins, les pilotes, ne sont pas écoutés. La saison 2 de la série de Netflix le montre parfaitement. Romain Grosjean avait répété que les évolutions introduites à Barcelone ne fonctionneraient pas. Les ingénieurs ont continué leur développement dans ce sens, à contre-courant du feedback des pilotes. La suite, on la connaît. La VF-19 n’a pas marché, et c’est Günther Steiner en personne qui a admis s’être trompé.

Que retenir ? Haas ne comprend pas sa voiture, et Haas n’écoute pas ses pilotes. Le fait est que ce sont des points primordiaux pour réussir une saison. Quand un pilote n’est pas en confiance, il ne performe pas, il suffit de regarder les performances d’Alex Albon ou de Sebastian Vettel. Personne ne se risquerait à dire qu’ils n’ont pas de talent, le penser est une erreur, le faire penser serait mentir.

Haas va droit dans le mur car leur voiture est incomprise à la fois par les ingénieurs et les pilotes. À partir de ce moment-là, la dérive ne pouvait qu’arriver. Le garage Haas est devenu un dialogue de sourds, avec des techniciens qui ne savent pas comment faire évoluer la machine, et des pilotes qui essayent tant bien que mal de survivre en piste avec.

…et ça ne risque pas de changer

Les plus optimistes se disaient que les Américains avaient la capacité de rebondir. Ils ont déjà prouvé qu’ils pouvaient faire de bonnes courses, régulièrement, le line-up se connaît et reste quoi qu’on en dise, solide. Ou plutôt il restait. Car l’année prochaine, ceux qui occuperont le baquet de la VF-21 seront Mick Schumacher et Nikita Mazepin.

Ne nous trompons pas. Schumacher et Mazepin restent de bons pilotes. L’Allemand a prouvé sa régularité dans la manière dont il a construit son titre en Formule 2, et le Russe, malgré des défenses peu acceptables, garde un bon coup de volant (on ne parle ici que de ses performances sur la piste, ce qu’il a réalisé en-dehors ne sera pas évoqué).

Le problème, c’est qu’à une année d’un chambardement aérodynamique majeur, compter sur deux pilotes néophytes relève de la folie. Ce seront les pilotes qui apporteront le feedback pour créer de manière optimale les VF-22 et suivantes. Certes, Haas n’écoute de toute manière pas ses pilotes. Mais comment deux pilotes n’ayant pas encore disputé un Grand Prix feront mieux qu’un line-up ayant 16 saisons et 11 podiums d’expérience ? Qui serait assez fou pour confier une transition aussi importante à des jeunes arrivants ?

Haas va aborder 2021 avec l’une des pires voitures du plateau, avec des pilotes qui ne connaissent pas la Formule 1 (à supposer qu’ils gardent Nikita Mazepin). Ces pilotes, qui ne sont pas écoutés, devront engranger de l’expérience pour préparer la nouvelle réglementation avec des ingénieurs qui de toute façon ne comprennent pas leur propre voiture (quand on arrive au dernier Grand Prix de la saison avec une voiture identique à celle de Melbourne, c’est qu’on ne la comprend pas. 2019 était la douche froide, 2020 la bérézina. Quid de 2021 ?

Peut-on lui reprocher quoi que ce soit ?

Haas est reprochable sur beaucoup de points. Mais sur le fait que leur avenir à court et moyen terme ne sera que peu brillant, malheureusement non. Le nerf de la guerre en Formule 1, c’est l’argent. Et dans le cas de Haas, il semblerait que la crise du Covid ait touché l’écurie américaine plus que beaucoup d’autres dans le paddock. Haas n’a pas et n’aura jamais les infrastructures de Mercedes (leur usine de Banbury en Angleterre était celle de Marussia). Le cap salarial arrangera certainement les choses, mais à l’heure actuelle, deux jeunes, a fortiori le fils d’un milliardaire qui apportera de l’argent frais n’est pas un apport négligeable, c’est évident.

Nous sommes en janvier 2021, et la situation de Haas en F1 n’a jamais été aussi mauvaise. Le problème, c’est que dans ce cas précis, on ne peut faire pire. La seule chose à faire, c’est espérer.

Eliott Conway


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