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Athlétisme

Hélène Parisot : « J’ai bien fait de croire en moi »

Etienne Goursaud

Publié le

Hélène Parisot - "J'ai bien fait de croire en moi"
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ATHLETISME – Entretien avec Hélène Parisot, l’une des grandes surprises des championnats d’Europe, avec le bronze au 200 m et l’argent au relais 4×100 m. La sprinteuse de 31 ans a franchi un gros cap cette année, avec un record porté à 22.62 sur 200 m, en finale des championnats d’Europe. Elle raconte sa compétition, mais aussi ses changements qui ont amené à sa progression, amorcée en 2023, et le fait de ne jamais avoir rien lâché. 

« Je n’avais pas plus de pression que cela »

C’était ta première grande compétition individuelle en équipe de France, est-ce que tu peux nous raconter ton expérience ?

Hélène Parisot : « C’était ma première sélection individuelle et j’avoue que c’était assez étrange. Le relais a toujours été et est toujours ma priorité. C’était un peu bizarre d’être un peu dans une autre optique. Je m’étais habituée à être en équipe. Ce qui est assez exceptionnel en athlétisme. De vivre des évènements en équipe, alors que c’est un sport purement individuel. Je n’ai pas abordé ces championnats différemment. L’objectif était de faire une performance, mais il y avait le relais et une médaille à aller chercher. Je suis restée dans le mood d’être en équipe. J’étais avec Chloé Galet en chambre, et on a passé pas mal de temps ensemble. Cela a été une force, que je n’aborde pas si différemment. Je ne me suis pas sentie si détachée que cela du groupe. Je ne sais pas si cela répond à ta question (rires).

Tu avais moins de pression que ce qu’on pouvait penser, pour une première sélection individuelle…

Je n’avais pas tant de pression que cela. Mais c’est une compétition que j’ai énormément préparée. On savait que le calendrier international serait très chargé. Je suis accompagnée par une préparatrice mentale, et une autre personne pour la préparation. J’étais prête et je suis arrivée relativement sereine. J’ai 31 ans, et la maturité pour savoir prendre du recul et arriver bien aux compétitions. C’est une combinaison de tout. Cette sélection est la suite logique, et je n’avais pas plus de pression que cela.

« J’ai été émue quand Auriana ramène la médaille sur l’heptathlon »

T’étais-tu fixée un objectif à Rome ?

Avec mon entraîneur Pascal (Mancini), on a vraiment préparé Rome dans le détail. On s’est dit qu’on aborderait chaque course l’une après l’autre. En écrivant littéralement chaque course, avec un schéma de course et un objectif différent. On savait que, avec la règle des 12 meilleures directement en demi-finale et mes chronos, je n’aurai pas forcément un bon couloir. On l’a préparé et j’avais eu la « chance » de courir dans des mauvais couloirs aux Bahamas ou à Marrakech (rires). Notre objectif, en rentrant dans cette compétition, c’est de faire une finale. Et tout sportif en finale veut aller chercher une médaille.

Le mood est forcément excellent. Record en série puis en demies. Tu arrives en confiance et sans rien à perdre.

C’est exactement cela. Les records sont tombés naturellement. Depuis le début de la saison, je n’ai pas eu de chance en termes de couloirs et conditions, notamment le vent. Il fallait le faire, mais c’est en corrélation avec tout le travail mis en place avec Pascal. On a travaillé sur le relâchement, la sérénité. C’est ce qui permet de battre des records dans de grandes compétitions.

Tu évoquais le collectif. Tu étais plutôt en fin de programme et on a vu des Français ramener des médailles très tôt. Cela a été un boost pour toi ?

Clairement oui. C’est un peu bizarre, mais la veille, Auriana (Lazraq-Khlass) commence son heptathlon. J’ai passé 5 ou 10 minutes avec elle. C’était la première fois que je partageais un moment avec elle. Et j’ai apprécié ce moment. Du coup, j’ai vraiment suivi son heptathlon à fond. Quand j’ai vu qu’elle avait fait médaille, j’étais trop émue. Comme nous a dit Romain Barras, on est là pour ne rien lâcher. Et il ne faut rien lâcher. On a tous de belles choses à aller chercher. Le fait que les JO soient à la maison, cela apporte quelque chose. On était dans un super bon mood.





« Je me sens libérée et je suis vraiment disponible pour faire de la haute performance »

Qu’est-ce qui t’a amené à te concentrer exclusivement sur le 200 m la saison passée ?

(Elle réfléchit) J’ai rejoint Pascal en octobre et cet hiver, on s’est dit qu’on allait vraiment mettre l’accent sur la phase d’accélération. Je pense que, si on regarde mes courses, on voit que ce n’était pas trop ça mes départs. Mais on a aussi travaillé énormément le fond. J’ai vraiment fait des longues séances, avec des 300 m. On est arrivé aux championnats de France Élite en salle, en se posant la question de ce qu’on fait. J’ai préféré faire du 60 m et travailler cette partie-là. À l’aube de la saison estivale, on s’est de nouveau posé la question de ce qu’on allait chercher. Quand on est parti en stage pour préparer les Bahamas, on est allé à Jacksonville (USA).

Pascal m’a dit : « En rentrée, tu vas faire un 200 m ». Et j’ai fait 22.72 avec trop de vent. On s’est reposé et discuté. En se disant : « Qu’est-ce qu’on fait ? ». Et, vraisemblablement, les minima semblaient plus abordables sur 200 m. Même si j’en étais encore loin, des 22.57. Puis, en allant chercher ces minima, au final, peut-être que je vais finir par faire pas mal de points et que cela peut passer au ranking. C’est pour cela que la saison s’est naturellement orientée vers le 200 m. Mais c’est en corrélation avec ma préparation hivernale.

« Pascal a déconstruit mon ancien schéma de course »

As-tu eu un déclic technique ou physique pour aller chercher ce truc qui te manquait la saison dernière ?

J’ai eu le double déclic cette année. Le déclic mental. Je me sens libérée, ce qui fait que je suis vraiment disponible pour faire de la haute performance. Physiquement aussi. Si on regarde mes courses jusqu’à présent, j’étais très crispée et je perdais énormément d’efficacité sur la fin de course. Alors que la fin de course fait désormais partie de mes points forts. Pascal a vraiment tout déconstruit mon schéma de course. Il est sur une approche pure du sprint. Il n’a pas forcément une approche scientifique des choses. À faire des analyses, dire que scientifiquement, il faudrait faire cela à telle période. On est sur une approche naturelle.

Il a de super conseils de sa propre expérience. Il continue de courir, et son expérience technique, physique et le fait qu’il soit légitime, car il continue de faire des performances, cela m’a fait passer un palier physique et sur la technique pure. Comment il faut se positionner quand on fait du sprint en fin de course. Mais aussi sur les intentions techniques. Il parle un langage que je comprends, et cela m’a fait passer un palier. Je m’entraîne à Lausanne. Et dans mon groupe d’entraînement, il y a que des garçons, mais de tous horizons. Il y en a qui font du 100 m, d’autres du 400 m. Eux m’ont fait passer un énorme cap. Je cherche à chaque fois à être avec eux dans les courses. Voire à les battre. C’est un mélange qui fait que j’ai passé ce step.

« Pas de regrets vis-à-vis des minima à Rome »

Est-ce qu’il n’y a pas un ouf de soulagement d’avoir passé ce cap à plus de 30 ans ? On sait qu’une carrière ne dure pas éternellement.

J’ai toujours su que j’avais quelque chose en moi. Que je pouvais aller chercher de la haute performance. Je ne dirais pas que c’est ouf, car les choses arrivent quand elles doivent arriver et c’est pour cela que j’ai continué l’athlétisme. Je savais que cela allait arriver. Il fallait juste que tout soit aligné. J’ai trouvé mon équilibre en allant m’entraîner en Suisse. Donc ouf, je ne sais pas. Je dirais plus que j’ai bien fait de croire en moi. Et c’est arrivé (rires).

Tu es 3e en Diamond League à Marrakech et 3e des Europe, et tu restes en position pour Paris 2024. Est-ce que tu aimerais faire les minima pour sécuriser ta place ?

Franchement oui. Je suis quelqu’un de perfectionniste et déterminée. Au-delà de s’approcher des 22.50, qui est un chrono très intéressant, pour ma sérénité, je veux aller chercher les minima. De toute manière, je vise mieux que le chrono que j’ai fait aux Europe. Même si c’est un super chrono, mais je veux aller chercher mieux que cela.

Tu y as pensé, en finale des Europe, aux minima, quand tu vois ton chrono s’afficher ?

Franchement non. Je ne me suis pas dit que j’avais raté de peu les minima. C’est une finale et je visais la médaille. Ce n’est pas que le chrono est anecdotique, car cela est un record, que je le prend et que j’en suis très heureuse. Mais, sur le moment, on ne pense pas au chrono. Je me dis : « Ah oui, je viens de faire troisième des Europe ». Je n’ai pas eu de regrets d’avoir été proche des minima.

« On était prêtes, car le relais a énormément travaillé ».

En début d’interview, tu parlais du relais. Depuis 2003, jamais des Françaises ne sont allées aussi vite. Est-ce que vous avez été surprises de votre performance ?

Je pense qu’on n’a pas été surprises, parce qu’il y a énormément de travail derrière. À l’entraînement, on voit qu’on est de plus en plus rapides sur nos passages. Que les mouvements sont de mieux en mieux. Il fallait juste le transposer en compétition. Comme tout athlète qui fait de belles choses à l’entraînement, il fallait le faire en compétition. On l’a fait, mais il y a encore des choses à améliorer. Ce n’est pas une surprise. Et on est bien accompagnés par le staff technique de l’équipe de France. Franchement, on a de super techniciens. Franck, Vincent ou Fabien. On est bien accompagnés. On était prêtes pour performer.

Aux JO, les Françaises peuvent devenir des outsiders pour une médaille. C’est quelque chose dont tu commences à vraiment penser ?

Avec les filles, c’est quelque chose dont on pense forcément. Mais on sait qu’il y a encore beaucoup de travail à faire. Tout le monde veut une médaille aux JO, mais il y a de grosses clientes. Les Américaines, les Jamaïcaines, les Britanniques. On ne va se mentir, ce sont les classiques. Mais tout est possible et la magie d’être à la maison qui va peut-être nous porter un peu plus que si les JO étaient ailleurs. Après, c’est un objectif en commun, donc il faudrait nous interroger toutes ensembles. Je ne peux pas clairement répondre seule. On est une dizaine de filles à construire un objectif en commun.

Justement, le record de France a été fait à Paris en 2003. Vous y pensez ?

C’est quand même un record mythique, avec des athlètes qui sont justes exceptionnelles, qui étaient dans le relais. On va être honnêtes et dire que c’est un objectif qui est ambitieux pour l’instant.

Mais vous êtes passées de 42.9 à 42.1 en quelques semaines

C’est vrai (rires). Après, plus on fait des chronos intéressants, plus la marge de manœuvre est faible. La marche est encore haute pour atteindre ce type de chrono.

Cela illustre un certain renouveau du sprint français. On pense aussi à Gémima Joseph

C’est clair et c’est une super nouvelle pour le sprint français. Je pense que la chance que l’on a nous, c’est qu’on est très proches. Gémima m’a beaucoup inspiré et je suis vraiment très heureuse pour elle. Cela va être top à Angers. Je vais la voir courir demain (samedi dernier) du côté de la Suisse à Genève. Sur un meeting bronze. C’est génial.

1 Commentaire

1 Commentaire

  1. Avatar

    Billat

    27 juin 2024 à 10h20

    Encourageant et lucide bravo les filles – résilience à l’entraînement et tous les espoirs sont permis pour les JO à Paris

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