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Carnet noir

Jean-Paul Belmondo, une vie sur le ring

Jordane Mougenot-Pelletier

Publié le

Jean-Paul Belmondo, une vie sur le ring
Photo Icon Sport

Boxeur, révélation de la Nouvelle-Vague, gentleman acteur et star du box-office. Jean-Paul Belmondo aura tout été. Il s’est éteint aujourd’hui à 88 ans après avoir vécu une vie comme sur un ring.

L’art de l’esquive de Jean-Paul Belmondo

Toute sa vie, Jean-Paul Belmondo n’aura cessé de distribuer droites, gauches, crochets et uppercuts. Cet art de l’esquive, de la feinte et du coup qui fait mouche et couche, il l’aura travaillé longuement et l’a irrémédiablement forgé sur les rings de boxe. Mais il lui fallait des qualités naturelles pour cela. Cette capacité à se déjouer de tout, tout le temps et de tout le monde, à commencer par ses parents.

Car Jean-Paul Belmondo n’est pas né chez n’importe qui. Son père Paul est un sculpteur reconnu, presque un sculpteur officiel de la IIIe République mourante. Entre autres, des œuvres pour le Palais Chaillot lui sont commandées. Jean-Paul nait en 1933 dans cette famille à la fois bourgeoise et bohème, une famille d’artiste mais d’un seul artiste, autoritaire et conscient de sa place dans le monde.

La turbulence de Jean-Paul n’est pas bien vue, il épuise son monde. Surtout, il ne satisfait aucun des espoirs, aucune des attentes d’une famille qui rêve pour lui de grandes études. De notabilité et de respect surtout. Renvoyé de l’École Alsacienne, de l’École Pascal, des lycées Louis-le-Grand, Henri-IV et Montaigne, il ne pense qu’au cyclisme et au football. Sa première idole est un gardien de foot vedette : René Vignal. Son style, sa gouaille n’ont pu que fasciner et inspirer Belmondo.

Le choc Cerdan

Le choc, c’est pourtant un nuit de septembre 1948 qu’il se produit. Marcel Cerdan met KO Tony Zale en 11 reprises et devient champion du monde des poids moyens. L’événement est considérable à l’époque. 19000 personnes sont autour du ring à New-York et des millions devant leurs transistors. Parmi eux, Jean-Paul Belmondo, quinze ans et extatique dans la nuit et une maison endormie.

La passion de Jean-Paul pour la boxe n’éveille guère d’enthousiasme rue Victor-Considérant, dans le XIVe arrondissement de Paris. S’insinuera même une certaine défiance à l’égard de ce qui est considéré comme un sport violent de voyous. Il devra pratiquer sa passion en cachette. Elle ne la quittera jamais, comme le football ou le cyclisme qu’il continuera longtemps de pratiquer.





Enfant de la Rive gauche, une autre passion lui vient, Rive droite celle-là. Devant les Femmes savantes à la Comédie-Française, il comprend que son immense énergie pourrait être canalisée et utilisée sur scène. Au Conservatoire, après deux échecs pour l’intégrer, il réussit finalement en 1952 à se faire une place auprès, par exemple, de Jean Rochefort ou Jean-Pierre Marielle. Lors du concours de sortie, gauche-droite-feinte-droite-gauche-esquive, il met tout le monde cul par terre et debout en même temps. Sauf le jury qui n’aime pas ce style qu’il semble se donner et qui n’est rien d’autre que ce qu’il est profondément : un désinvolte survolté, un anxieux dilettante, un travailleur relâché.

Jean-Paul Belmondo, lors du combat de Tony Yoka face à Jonathan Rice, en octobre 2017

Jean-Paul Belmondo, lors du combat de Tony Yoka face à Jonathan Rice, en octobre 2017 – Photo Icon Sport

Un nouveau souffle

Il faut attendre 1960 pour que Jean-Paul Belmondo et Jean-Luc Godard décident d’administrer des coups magistraux au cinéma français. A bout de souffle vient ponctuer une série de films sortie par de jeunes loups qui ont fait entre autres Les Cousins ou Les 400 Coups. L’écho est immense, la nouveauté déconcertante et Jean-Paul Belmondo désigné comme le porte-étendard d’une nouvelle école du jeu. Plus relâché, plus naturel, plus vrai, il ressemble à tous ces enfants du baby-boom devenus des jeunes gens qui rêvent d’une société moins corsetée et moins rigide. Plus Belmondo que Gabin, en somme.

Jean-Paul devient une star et impose un art du jeu de jambes, de l’esquive. Il peut tourner avec de Broca et Melville, Verneuil et Godard, Oury et Truffaut. Pendant près de quinze ans et la déception suscitée par la réception de Stavisky, il concilie l’exigence d’un cinéma d’auteur et celle d’un cinéma de divertissement. Un trait commun relie les performances de Bébel : sa présence physique. Jean-Paul Belmondo n’a jamais cessé de consacrer beaucoup de son temps au sport, à sa pratique autant qu’à sa consommation. Ses légendaires cascades, devenues arguments commerciaux, lui imposent une fraicheur physique. L’adrénaline que ne peuvent plus lui donner le football et la boxe, il la trouve en courant sur le toit d’un métro ou en s’accrochant à un hélicoptère.

Chapeau !

Pendant dix ans, du milieu des années 1970 à celui des années 1980, Jean-Paul Belmondo décoche d’énormes coups dans le box office français. Son nom seul est un argument suffisant pour faire venir des millions de personnes en salle. Peu importe le nom du film, du réalisateur ou des faire-valoir qui l’entourent. Le nom BELMONDO s’écrit en capitales et en noir sur toutes les affiches René-Chateau. L’As des As vient rappeler en 1982 les rapports intimes entre Jean-Paul Belmondo et le sport. Il y joue un entraineur de boxe, héros de l’aviation et de la Première Guerre mondiale, qui va finir par porter la flamme olympique, protéger une famille juive dans l’Allemagne nazie et mettre Hitler dans la mare aux canards.

Lassé et lassant, Belmondo abandonne ses rôles de flic incompris et vengeur à la fin des années 1980 pour venir distribuer quelques mandales au théâtre. Saisissant dans Kean, gigantesque dans Cyrano. Au cinéma, il trouve son dernier grand rôle chez Lelouch – ce qui ne devrait pas nous étonner – dans un Itinéraire qui lui vaudra un César.

Alors qu’on le croyait insubmersible, un AVC le frappe un jour d’août 2001 en Corse. Jean-Paul Belmondo en restera durablement affaibli et ne retrouvera les plateaux que pour Francis Huster et Claude Lelouch. On voit toujours sa silhouette dans les travées du Chatrier, Charles Gérard à côté. Il aura fallu vingt ans pour que cet affaiblissement général ne vienne à bout de Jean-Paul Belmondo, disparu aujourd’hui à 88 ans. Il aura eu le bonheur de voir son fils Paul devenir sportif professionnel, en F3, F1, GT, endurance et rallye-raid. Un bonheur par procuration, un bonheur par le sport procuré.

Chapeau Monsieur Belmondo !

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