Nous suivre
Haltérophilie

JO : Ils ont obtenu la première médaille de leur pays… Polina Guryeva (Turkménistan)

Victor Clot-Amiot

Publié le

JO : Ils ont obtenu la première médaille de leur pays... Polina Guryeva (Turkménistan)
Photo via IWF

JO 2024 – Alors que les Jeux Olympiques de Paris approchent de plus en plus, Dicodusport vous propose de revenir sur une série de performances notables. Durant les prochaines semaines, vous découvrirez l’histoire de ces hommes et de ces femmes qui ont pour point commun d’avoir offert à leur pays la première médaille olympique de son histoire.

Remporter la première médaille olympique de l’histoire d’un État est un fait rare, historique même pour le pays en question. Cette dimension l’est d’autant plus lorsque cet honneur est érigé en symbole de la puissance d’un régime glorifié en son sein, parfois blâmé en dehors. C’est le cas du Turkménistan. L’ex-État de l’Union Soviétique a décroché sa première médaille lors des Jeux Olympiques de Tokyo il y a trois ans. Il la doit grâce à sa jeune haltérophile de 21 ans, Polina Guryeva, qui s’est parée d’argent en -59 kg échouant à distance de la Taïwanaise Kuo Hsing-chun première avec 19 kg de plus.

Culte de la personnalité, répression et lubies du président

Indépendant depuis 1991, le pays comptait déjà quelques médaillés olympiques regroupés au sein de la délégation soviétique. Depuis la dislocation de l’URSS, le pays s’est forgé autour d’un État fort, marqué par le culte de la personnalité d’un chef charismatique : Saparmyrat Nyýazow, d’abord, jusqu’à sa mort en 2006, puis Gurbanguly Berdimuhamedow au pouvoir entre 2006 et 2022. La répression y est fréquente, illustrée par les disparitions de certains prisonniers ou les expulsions massives en amont des Jeux asiatiques des sports en salle et des arts martiaux de 2017.

Dans un pays où, pour des raisons peu claires, sans doute de mauvaise fortune, le président a interdit la conduite de véhicules noirs, où ce dernier a fait ériger à sa gloire une statue de 21 mètres, recouverte d’or ainsi qu’une statue similaire représentant sa race de chiens préférée, où les femmes ne peuvent pas conduire, où le COVID s’est arrêté aux frontières du pays, où les poèmes de ce fameux président sont tournés en œuvres d’art, où ce dernier a le surnom d’Arkadag (protecteur) rappelant ainsi les titres des dictateurs du XXème siècle et où celui-ci a été réélu à 97 %, puis 98 % des suffrages, tout est bon pour diffuser la grandeur du Turkménistan.

L’haltérophilie, sport le plus représenté au sein de la délégation turkmène

C’est une maigre délégation qui a pris part aux Jeux Olympiques de Tokyo à l’été 2021. Ils étaient 9 à parader dans le stade olympique de Tokyo le 23 juillet 2021 dont les deux porte-drapeau Gulbadam Babamuratova et Merdan Ataýew, judokate et nageur. Pourtant, c’est bien les haltérophiles qui représentent le plus fort contingent avec cinq représentants parmi lesquels Polina Guryeva.

YouTube video

De presque benjamine de la délégation à héroïne nationale

Alors qu’elle disputait ses premiers Jeux, Polina Guryeva était l’une des benjamines de la délégation turkmène après Darýa Semýonowa alors âgée de 19 ans. Loin d’être impressionnée, la jeune femme entrait dans sa compétition de la meilleure des manières en soulevant 96 kg au-dessus de sa tête lors de l’arraché. À mi-compétition, elle pointait déjà à la deuxième position, derrière Kuo Hsing-chun mais à égalité avec la Française Dora Tchakounté. Deuxième également sur l’épaulé-jeté, elle validait ainsi sa médaille d’argent, derrière la Taïwanaise qui évoluait sur une autre planète. En soulevant au total 217 kg, elle surpassait de six kilos, le total qui lui avait permis de se qualifier, lors des Championnats d’Asie 2020. Enfin, le bronze revenait à Mikiko Ando qui, à domicile, parvenait à refaire ses deux kilos de handicap sur Tchakounté, 4ème pour un petit kilo.





À son retour au Turkménistan, Guryeva reçut un accueil triomphal en présence notamment du vice-président du Cabinet des ministres. Décorée de la médaille de maître des sports honoré, une ancienne distinction soviétique toujours maintenue dans certaines des ex-républiques de l’URSS, Guryeva s’est vue remettre une prime équivalente à 50 000 $ ainsi qu’un appartement et une Lexus LX570 Sport Plus. L’occasion était parfaite pour l’athlète, afin de rendre hommage à son président et à son pays : « J’exprime ma gratitude à l’estimé président du Turkménistan pour avoir fourni de telles conditions pour la pratique des sports. Je dédie cette médaille à notre cher président et au peuple turkmène en l’honneur du trentième anniversaire de l’indépendance du Turkménistan ».

Présente aux JO de Paris 2024 ou non ?

Selon toute vraisemblance, la Turkmène ne sera toutefois pas présente à Paris cet été. Devenue mère il y a quelques semaines, Guryeva était logiquement absente des dernières compétitions permettant de figurer dans le classement olympique. Une absence pour la plus belle des raisons sans doute, pour celle qui ambitionne cependant de revenir au plus haut niveau.

 

Clique pour commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *