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Kevin Vanderborght : « J’aimerais que l’on puisse voir du handisport à la télé »

Maxime Boulard

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Kevin Vanderborght - J'aimerais que l'on puisse voir du handisport à la télé
Photo via Facebook Kevin Vanderborght

HANDISPORT – Actuellement joueur du RC Lens et en équipe nationale de Belgique, Kevin Vanderborght pratique le cécifoot. Aussi appelé football à 5, le cécifoot peine à se démocratiser. Handicap, médiatisation du handisport, Jeux Paralympiques, le footballeur belge nous a fait l’honneur de répondre à nos questions.

Kevin, présentez-vous et racontez-nous votre parcours.

Je m’appelle Kevin Vanderborght, j’ai 37 ans je suis malvoyant. Atteint vers l’âge de 16 ans d’une forte rétinite pigmentaire prononcée, une maladie des yeux qui m’embête fortement au quotidien. Je suis très dérangé par les fortes luminosités, comme les rayons du soleil, et je ne distingue quasiment rien dans la pénombre ou l’obscurité. Mon champ visuel est rétréci au maximum et j’ai perpétuellement un voile de petits pigments devant les yeux, comme si je regardais sans cesse Canal+ mais en crypté.

Je suis issu d’une famille de passionnés et mordue de football, et de sport en général. J’habite Châtelineau dans la région de Charleroi, en Belgique. Ma discipline est le cécifoot qui est une adaptation permettant aux malvoyants et aveugles de pouvoir pratiquer le sport qu’ils aiment, malgré leur handicap visuel. Je joue actuellement au RC Lens et en équipe nationale de Belgique, les Belgian Blind Devils.

Comment êtes-vous arrivé dans le monde du cécifoot ?

N’étant pas malvoyant ni aveugle de naissance, j’ai pu longuement jouer au football à onze dans de nombreux clubs valides de ma région. Jusqu’au jour où il devenait vraiment trop difficile pour moi de continuer à jouer à cause de ma vision de plus en plus défaillante. A contre cœur, j’ai dû prendre la terrible et déchirante décision d’arrêter définitivement ma carrière en foot valide. Ce fut une terrible et douloureuse épreuve à vivre que j’ai eu énormément de mal à accepter, jusqu’au jour où j’ai pu prendre connaissance de l’existence d’une discipline paralympique. La finale des Jeux Paralympiques de Londres, France – Brésil, était diffusée sur la chaîne télé France 4 en direct, cela m’a directement séduit. J’ai pris conscience qu’il était possible de continuer de pratiquer ma passion grâce à cette variante adaptée, mais très similaire au football valide.

J’ai eu tout de suite l’envie d’effectuer quelques recherches afin de me renseigner pour aller tenter l’expérience. J’ai d’abord été faire quelques essais d’entraînements à Bruxelles avec Anderlecht, seul club qui existait jusque-là dans notre pays. Après avoir trouvé cela fantastique et concluant avec l’aide d’un autre joueur de ma région, nous avons pris la décision de créer ensemble le club de Charleroi. Cela pour des raisons géographiques, financières et surtout pour jouer et représenter ma région et mon club de cœur, le Sporting Charleroi. Ce club pour lequel je me rends toutes les semaines au stade et dont je suis un grand fervent supporter. En 2014, l’équipe nationale fut créée afin de participer à l’Euro Challenge Cup de Prague, que nous avons remporté. Une victoire que j’ai pu offrir à mes partenaires grâce à un doublé en finale.

Ce succès nous a permis de nous qualifier pour les championnats d’Europe de 2015. En 2016, j’ai pris la décision de rejoindre Anderlecht, ayant pour but de continuer à progresser afin d’atteindre les objectifs que je m’étais fixés. Un choix très difficile à faire mais qui fut pour moi plus que bénéfique et judicieux, puisque cela m’a permis de remporter de nombreux trophées collectifs et individuels. J’ai participé à deux championnats d’Europe en 2017 et 2019, avec en prime l’obtention du Mérite Sportif de la ville de Charleroi.

Pour les non-initiés, comment décririez-vous le cécifoot ?

Le cécifoot ressemble beaucoup au foot en salle mais avec des bording sur un terrain de 40×20 mètres avec des buts de hockey. Une équipe se compose de 4 joueurs malvoyants ou aveugles porteurs d’un bandeau opaque pour garder l’équité au niveau visuel et d’un gardien voyant. Les joueurs doivent se signaler lors de leur déplacement sur le terrain durant toute la partie par le mot «Voi» qui permet ainsi d’éviter les collisions entre joueurs. Le porteur du ballon est le seul à ne pas devoir se signaler car il suffit de se repérer aux bruits émis par le ballon. Celui-ci est muni de grelots et donc facilement repérable pour tout le monde.

Le terrain est divisé en 3 zones de guidage qu’il faut absolument respecter sous peine de sanctions. La première concerne le gardien qui dirige et guide sa défense dans les 13 premiers mètres, ensuite le milieu de terrain est dirigé par le Coach principal de l’équipe et pour terminer, les 13 derniers mètres sont sous la responsabilité du guide de l’équipe positionnée derrière le gardien adverse. Il a pour objectif de donner des consignes claires nettes et précises à ses attaquants pour leur permettre d’inscrire un but. Pour le reste, on y retrouve énormément de similitudes avec les règles classiques du football.

Quelles sont les qualités les plus importantes pour faire un bon joueur ?

Je dirais qu’il est préférable d’avoir une base de football chez les valides. Cela facilite l’intégration et la progression rapide du joueur. Il est important d’être prêt physiquement, techniquement et tactiquement et d’être très à l’aise tant au niveau du déplacement à l’aveugle qu’être à l’écoute. En effet, les partenaires ainsi que le coach vous donnent des consignes tout au long d’un match pour être dans les meilleures conditions. Après, cela reste du football.

Vous avez joué à Charleroi, Anderlecht et vous êtes maintenant à Lens. Existe-t-il une différence de reconnaissance de la discipline entre les deux pays ?

Effectivement, un fossé sépare les deux pays. C’est difficile à dire mais pourtant, c’est une triste réalité et pas que par rapport à la France, mais aussi en comparaison avec d’autres pays comme l’Espagne, l’Allemagne ou encore l’Italie. Ces pays ont une organisation logistique et financière, et sont structurés, avec une certaine professionnalisation. Je m’en suis rendu compte pendant les Championnats d’Europe, nous n’avons pas joué dans la même cour, et cela nous a fait relativiser sur nos performances, car nous étions à notre place.

Il est très difficile de pouvoir rivaliser avec d’autres pays quand vous ne possédez même pas votre propre championnat, que votre équipe nationale a une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Deux mois avant le début du dernier championnat d’Europe, nous n’avions pas encore la certitude d’y prendre part pour des raisons financières. De plus, il n’existe que 3 clubs, ce qui n’aide pas beaucoup pour la sélection nationale, de plus en plus vieillissante. D’autant que certains clubs font appel à des joueurs étrangers, ce qui n’aide pas à la progression de nos propres joueurs. J’espère que l’on finira par prendre exemple sur les autres nations car sans ça, je suis pessimiste quant à l’avenir à long terme du cécifoot en Belgique.

A 37 ans, avez-vous encore des objectifs de carrière, où c’est maintenant le plaisir avant tout ?

Je suis un véritable passionné qui parle et joue au cécifoot avec son cœur. Pour moi, c’est un véritable plaisir d’être sur un terrain pour pratiquer mon sport favori, tout en le partageant avec mes coéquipiers et l’ensemble des membres du club. Cela reste un jeu et un amusement. Maintenant, je reste un gagnant et un compétiteur dans l’âme, j’espère pouvoir apporter ma modeste contribution au RC Lens dans l’élaboration de ses projets et de vivre de nouveaux moments magiques en leur compagnie. Ce qui serait également un juste retour des choses et une belle récompense pour toutes les personnes qui s’investissent corps et âme pour le club.

Malheureusement, la Belgique ne sera pas présente en cécifoot à Tokyo. Allez-vous quand même suivre la compétition avec intérêt ?

Bien évidemment, je suis attentivement toutes les compétitions de cécifoot grâce aux réseaux sociaux et liens streaming. J’aime être informé des performances et résultats des autres nations, ainsi que de mes camarades que j’ai pu rencontrer sur les terrains en tant qu’adversaires. Je vais être le supporter numéro 1 de nos arbitres qui par l’intermédiaire de Mickael Piecq, Tom Debruyne et Estelle Dufrasne nous représenteront avec fierté dans les plus grandes compétitions internationales.

Que souhaiteriez-vous de la part des autorités ou des médias pour que le cécifoot et le handisport soient mieux considérés ?

J’aimerais beaucoup que l’on puisse regarder et suivre plus régulièrement le handisport à la télé et dans la presse. J’ai l’impression que les médias se limitent à diffuser du handisport tous les 4 ans pour les Jeux Paralympiques ou lors d’une grosse performance, d’un exploit d’un athlète. C’est vraiment dommage, j’espère secrètement que l’on pourra regarder un jour un match de cécifoot à la télé, comme quand on regarde un match de championnat ou de Ligue des Champions. J’espère également qu’il y aura une rubrique handisport dans les plus grands journaux de la région, avec les résultats et les performances quotidiennes.


Journaliste/rédacteur depuis octobre 2020 - Si mon plus vieux souvenir de sport aurait pu m'en dégoûter, la finale de la Coupe du monde 2006 a été tout le contraire. Véritable déclencheur d'une passion qui aujourd'hui ne fait que grandir avec le temps, mon leitmotiv est la France qui brille ! Je relate les exploits passés et présents du sport bleu-blanc-rouge sans ménagement depuis octobre 2020. Sport valide ou handisport, aucune différence, il n'y a que du sport et plusieurs façons de le pratiquer.

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