Lenny Martinez, le cap franchi : quel avenir pour le grimpeur français ?
Auteur d’un début de saison 2026 marquant, Lenny Martinez semble avoir franchi un cap. Quelles perspectives désormais pour le jeune grimpeur français ?
Une régularité exceptionnelle pour Lenny Martinez, au pire 5ème en 2026
Lenny Martinez (Bahrain-Victorious) est en train de réaliser un début d’année 2026 d’une remarquable régularité. Preuve en est : sa pire place depuis le début de la saison est une 5ème position. Lors de sa course de reprise sur le Tour des Alpes-Maritimes et au classement général de Paris-Nice. On ne compte évidemment pas ici les places obtenues lors des étapes.
Depuis le début de l’année, c’est 5ème du Tour des Alpes-Maritimes, 3ème de la Faun-Ardèche Classic et de la Faun-Drôme Classic. Cinquième du général de Paris-Nice, avec une victoire sur la dernière étape. Deuxième du Tour de Catalogne et deuxième de la 6ème étape. Au total, en World Tour, il totalise déjà quatre podiums, dont un succès.
Un début de saison qui lui permet de remonter au classement UCI. Le Français est désormais 18ème (et deuxième Français), avec 2275 points. Pour rappel, comme le classement ATP/WTA en tennis, le classement UCI prend en compte les résultats sur une année glissante. Le Tour de Catalogne 2026 enlève ainsi les points de l’édition 2025. Sur la saison en cours, le Français est 10ème et a déjà amassé 1038 points, soit près de la moitié de son total actuel.

Cette régularité est à mettre en perspective avec sa saison 2025. Cette année-là, s’il avait pris la 2ème place du Tour de Romandie et porté le maillot jaune à la veille du contre-la-montre final, il avait davantage souffert au fil de l’année sur les courses World Tour. Vainqueur d’étape sur Paris-Nice, il avait tout perdu sur une bordure (24ème). Sur le Tour de Catalogne, il avait terminé 5ème d’une course moins relevée que cette année. Puis, malgré une victoire en échappée lors de la dernière étape, il avait souffert sur les routes du Critérium du Dauphiné (qui devient le Tour de la Région Auvergne-Rhône Alpes cette année).
Lenny Martinez (Bahrain-Victorious) en 2026 :
2e de la #VoltaCatalunya105
5e de Paris-Nice + une victoire d’étape
3e Faun Drôme Classic
3e Faun Ardèche Classic
5e Tour des Alpes-MaritimesEn WorldTour, le Français (22 ans) avait déjà fait 2e du Tour de Romandie 2025. pic.twitter.com/uagzO3kJW4
— Le Gruppetto (@LeGruppetto) March 29, 2026
Lenny Martinez, l’un des meilleurs coureurs de course à étapes actuellement
Cette régularité est intéressante à analyser. Lenny Martinez version 2026 est désormais installé parmi les meilleurs coureurs du monde. Que ce soit sur des courses d’un jour ou sur les courses à étapes. En ce début de saison, il semble aussi s’installer parmi les meilleurs coureurs du monde sur les courses à étapes d’une semaine.
Pris dans une bordure sur Paris-Nice, dans cette étape dantesque vers Uchon, remportée par Jonas Vingegaard, il n’est « que » cinquième du général. Mais il a été le seul capable de suivre une offensive du Danois lors de la dernière étape, alors que ce dernier éparpillait tous ses adversaires un à un depuis le début de l’épreuve. Mieux, il s’offre la victoire d’étape.

Sur le Tour de Catalogne, il a de nouveau croisé le double vainqueur du Tour de France. S’il n’a pas réussi, cette fois-ci, à le suivre sur les pentes du Coll de Pal, le jeune Français s’est imposé comme le deuxième homme de cette course, malgré une startlist très solide. En premier lieu Florian Lipowitz (RedBull Bora-Hansgrohe), troisième du Tour de France 2025, et son coéquipier Remco Evenepoel, 3ème du Tour de France 2024 et vainqueur du Tour d’Espagne 2022.
On peut ajouter des coureurs comme João Almeida (UAE Team Emirates-XRG), deuxième du Tour d’Espagne 2025. Sans oublier Richard Carapaz (EF Education-EasyPost) et Ben O’Connor (Jayco AlUla). En l’absence de Tadej Pogacar, Lenny Martinez s’affirme comme l’un des principaux rivaux de Jonas Vingegaard, lui-même incontestable dauphin du Slovène.
Quelles perspectives pour Lenny Martinez pour la suite de sa saison ?
La question des perspectives se pose désormais pour Lenny Martinez, notamment sur le Tour de France. On le sait, malheureusement, un grimpeur français est forcément soumis à cette question, et le fils de Miguel Martinez ne dérogera pas à la règle.
Pour l’heure, les références du Tricolore sur les courses de trois semaines sont très limitées. Il a débuté par une Vuelta intéressante en 2023. Il y a pris le maillot rouge à la suite d’une échappée, lors de la 6ème étape, avant de logiquement fléchir et de terminer à la 24ème place du général. Cette 24ème place reste de loin sa meilleure performance sur trois semaines. Non prévu initialement sur le Tour 2024, il y est inscrit à la dernière minute, alors que son transfert vers Bahrain-Victorious avait été officialisé. Une participation qui avait posé question. Le Français y avait traîné sa misère (124ème du général).
Arrivé dans de meilleures dispositions en 2025, son Tour de France n’a pas été exceptionnel. Même s’il a été dans la lutte pour le maillot de meilleur grimpeur (3ème au final), il n’a jamais vraiment été en mesure d’y remporter une étape. Au mieux, 8ème au Puy de Sancy et 9ème du chrono vers Peyragudes. Il y a terminé à la 79ème place du classement général. Avec cette impression que le Tricolore n’arrive pas encore à transposer sur trois semaines ce qu’il a déjà su montrer sur une semaine en 2024 et 2025.
Un coureur encore très jeune
Lenny Martinez limité sur trois semaines ? Ce serait une conclusion bien hâtive. Il ne faut pas oublier que le coureur tricolore n’a que 22 ans, même s’il donne l’impression d’être là depuis longtemps. Un profil de coureur de Grands Tours, cela ne se construit pas comme par magie. Oui, il y a des cracks, comme Tadej Pogacar, troisième de la Vuelta dès sa première année professionnelle.
Mais le commun des mortels a souvent besoin de temps. Remco Evenepoel a dû attendre sa 3ème saison pour remporter la Vuelta, son premier podium en Grand Tour. Même Jonas Vingegaard, la référence actuelle sur les courses à étapes, a dû attendre 2021 et ses 25 ans pour monter sur le podium de son premier Grand Tour, avec une 2ème place sur le Tour de France. Florian Lipowitz, passé par le biathlon, a lui aussi attendu ses 25 ans pour monter sur le podium de son premier Grand Tour.
Pas de raisons qu’il ne franchisse pas le cap
Alors oui, Lenny Martinez a davantage déçu que ravi sur les Grands Tours. Mais il a encore le temps devant lui. Et aussi une pression moindre. Il fait partie de la Bahrain-Victorious, une équipe étrangère loin d’être la plus populaire. On laissera les débats à d’autres, mais force est de constater que le début de saison du Français ne fait peut-être pas le bruit qu’il devrait. L’émergence et le très gros début de saison de Paul Seixas, notamment deuxième des Strade Bianche, ont mis la lumière sur le coureur de 19 ans. Toute la pression, ou presque, est sur ses épaules, ce qui peut en libérer pour les autres.
Vu sa régularité, vu ses capacités en montagne, il n’y a aucune raison de penser qu’il ne franchira jamais le cap sur trois semaines. Par ailleurs, en contre-la-montre, il est loin d’être manchot. Il n’a pas encore de références en 2026, mais il a pris la 13ème place de la dernière étape du Tour de Romandie. Insuffisant pour résister à Almeida, mais tout proche d’un Ivan Romeo (Movistar) et de Stefan Küng, deux très bons rouleurs.

N’oublions pas les classiques pour Lenny Martinez
On a évoqué le Tour et les courses à étapes, mais il n’y a pas que cela dans la vie d’un cycliste. Dès 2024, Lenny Martinez a montré qu’il pouvait être un très bon puncheur. Vainqueur du Trofeo Laigueglia, de la Classic Grand Besançon Doubs et du Tour du Doubs. Ce ne sont pas des courses World Tour, mais ce sont de premières références. Forcément, on pense aux Ardennaises. Il y a goûté en 2025, avec un certain succès, et une quatrième place sur La Flèche Wallonne, qu’il découvrait. Avec l’absence de Tadej Pogacar, vainqueur sortant, le Français sera l’un des outsiders les plus sérieux en haut du mur de Huy.
Contrairement à 2025, il ne devrait pas se contenter de la seule classique du mercredi. Selon Pro Cycling Stats, Lenny Martinez devrait ajouter Liège-Bastogne-Liège à son programme. Pour participer à son deuxième Monument, après deux participations sur le Tour de Lombardie (12ème en 2025). Une course avec un enchaînement de côtes raides et une longueur usante, qui peuvent convenir au Français.
Ce dernier est capable d’enchaîner les efforts à haute intensité. Tadej Pogacar en sera le grand favori, mais pour une lutte au top 5, il ne sera pas à exclure. On a hâte de le voir sur cette course. Avec ce début de saison accompli, le Français peut voir et rêver grand pour la suite de la saison. Il sera incontestablement un coureur à suivre.


