Les équipes privées, l’avenir du biathlon ?
BIATHLON – Si le circuit de la Coupe du monde se dispute pour le moment avec les équipes nationales, la création d’équipes privées pourrait être une solution pour le développement du biathlon sur le long terme.
Et si le biathlon était destiné à avoir une trajectoire identique au cyclisme ? Des équipes nationales dans un premier temps, puis des équipes privées pour continuer le développement du sport, et sa professionnalisation. Dans nos colonnes il y a quelques semaines, Émilien Jacquelin, grand fan de cyclisme, évoquait cette idée.
C’est peut-être à l’IBU de réfléchir à un système pour que certains athlètes puissent monter plus souvent, et notamment pour les grosses nations. Je pense au cyclisme que j’adore, ils ont eu les équipes nationales, mais sont ensuite passés aux structures privées. On n’en est pas là du tout, mais si le biathlon continue à se développer, ça pourrait être la solution pour avoir plus d’athlètes, et plus de compétitivité. Moi, j’aime bien l’idée, ça serait fun d’avoir des équipes avec un Norvégien, un Français et un Allemand par exemple. La réflexion, c’est de se dire qu’il y a 6 athlètes par nation, mais comment fait-on si on en a 12 de top niveau ? Ce sont des questions qui se poseront un jour, mais pour le moment, je n’ai pas les réponses.
Équipes privées pour la Coupe du monde, nationales pour les Mondiaux et JO
L’idée globale serait de dire que sur le circuit Coupe du monde, les équipes privées remplaceraient les équipes nationales, et seraient composées de biathlètes qui deviendraient donc salariés de ces équipes. Mais comme au cyclisme, pour les championnats du monde et les Jeux Olympiques, ce sont les équipes nationales qui reprendraient leur droit. Le rôle des entraîneurs nationaux serait donc de sélectionner les meilleurs biathlètes pour ces grandes occasions, en se basant sur leurs résultats avec leurs équipes privées.
Cette idée permettrait d’avoir des équipes composées de biathlètes de différentes nationalités, ce qui est déjà le cas pour les staffs, puisque par exemple, le Français Siegfried Mazet, pour ne citer que lui, entraîne la Norvège.
Un plus pour le développement du sport et des biathlètes
Si on se place d’un point de vue du biathlète, et purement sportif, ce changement de paradigme serait un vrai plus. Si aujourd’hui, les meilleurs mondiaux gagnent bien leur vie grâce aux sponsors et aux différentes primes, le biathlon n’est pas un sport qui rémunère très bien la majorité de ses pratiquants. La privatisation des équipes, avec des sponsors privés donc, permettrait à de nombreux biathlètes, hommes comme femmes, de devenir salariés de leur structure, et d’avoir un peu plus de stabilité dans les revenus, quand ils ou elles ne sont pas dans le gratin mondial.
Plus globalement, cela donnerait aussi un boost à la discipline qui attirera de nouveaux financements, et qui pourra continuer de se développer, aussi bien au niveau sportif avec une concurrence accrue, qu’au niveau commercial, avec des nouveaux axes pour donner de la visibilité au sport.
Un risque pour la popularité du sport auprès des fans
Il y a probablement plusieurs risques à la privatisation des équipes pour la Coupe du monde de biathlon. Mais deux d’entre eux semblent majeurs. Le premier est la popularité du sport, qui s’est créée sur des équipes nationales, avec des biathlètes qui défendent pendant toute la saison leur pays. En 2022, on le sait, la consommation du sport, en France mais aussi ailleurs, s’effectue par rapport aux exploits des équipes nationales. La Coupe du monde de biathlon suscitera-t-elle toujours autant d’engouement si Quentin Fillon Maillet court pour une structure privée et Justine Braisaz-Bouchet pour une autre équipe, différente de celle de son compatriote ? Un risque existe.
Le deuxième risque est sportif. Cela va favoriser les nations fortes au détriment de celles en développement. Aujourd’hui, la Norvège pourrait probablement avoir une vingtaine de biathlètes au niveau de la Coupe du monde. Comme il n’est pas possible d’augmenter drastiquement le nombre de participants aux courses, certaines nations sont même limitées en nombre par le format. Les grosses nations auraient donc plus de chances d’avoir beaucoup de biathlètes recrutés dans les équipes privées. Et cela donc au détriment des nations plus faibles et en développement.
Si changement il y a un jour, ce ne sera probablement pas pour demain. Mais il est probable que la question se pose un jour. On voit des sports comme le triathlon qui développe des circuits privés, parallèlement à ce qui se fait traditionnellement sur le circuit mondial. Même chose pour la natation. La périodicité du biathlon ne laisse pas la place pour deux compétitions au long court, une privée en plus de celle actuelle. Si changement il y a un jour, c’est la Coupe du monde qui ferait sa mue.
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