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Ludovic Pommeret (Ultra-trail) : « Il y a clairement une émulation en France autour du trail »

Olivier Dobiezynski

Publié le

Ludovic Pommeret (Ultra-trail) « Il y a clairement une émulation en France autour du trail »
Photo John Raimbault

TRAIL – Il arpente les sentiers depuis plus de 25 ans avec une longévité exceptionnelle. Ludovic Pommeret a accepté de répondre à nos questions et évoque sa carrière et sa vision du trail pour Dicodusport.

Salut Ludo ! On va commencer par évoquer ton parcours sportif. Tu as 48 ans aujourd’hui. Depuis quel âge pratiques-tu le trail ?

Depuis 48 ans (rires) ! Cela fait à peu près 25 ans maintenant. À l’âge de 27 ans, j’ai commencé à faire des petites courses et je me suis notamment inscrit à une course de 107 km qui partait de chez moi à Valloire en 2000 ! Curieusement, ça n’est pas passé… Exactement ce qu’il faut pas faire quoi !

Tu es donc du genre à brûler les étapes ?

Oui je me suis dit ça va passer en marchant ! Bon je me suis surtout bien cassé les dents… Après, je n’étais pas là pour performer, c’était vraiment juste un défi.

Du coup, tu n’as pas du tout un passé de coureur sur route ?

Non. De base, je viens des sports de glisse, type snowboard ou surf, et je ne pratiquais pas du tout les sports d’endurance. Mes premières courses, ce sont des montées sèches pas loin de chez moi avec mon beau-père. Comme il était sûr d’être devant, je me mettais au défi de le battre.

C’est vrai que la montagne a dû s’imposer naturellement vu l’endroit où tu habites ?

Oui, je suis né à Grenoble, mais mes parents sont tout de suite montés en station. Je faisais pas mal de ski en pur loisir étant plus jeune. Quand je me suis mis au trail plus sérieusement en 2003/2004, j’ai commencé en parallèle le ski alpinisme. Je pouvais ainsi combiner deux sports d’endurance. Je me suis toujours promis de revenir plus fort sur ce fameux 107 km et quand j’ai voulu le recourir avec d’autres ambitions, la course n’existait plus. Elle avait été remplacée par une petite course de quartier, l’UTMB.

Finalement, ce premier 100 prématuré t’a servi de base dans ta future carrière ?

Oui, il m’a donné envie de devenir sérieux dans ma pratique et ne plus subir les courses ! J’ai ainsi participé à la seconde édition de l’UTMB en 2004, où je me suis également cassé les dents.





Justement, pour parler de ton rapport à l’UTMB… Avant 2016, tu y es venu 4 fois et ça ne s’était pas passé comme tu le désirais ?

Oui, j’ai abandonné en 2004 et 2005. Et en 2012, j’ai terminé, mais le parcours avait été modifié et n’était pas très intéressant.

Apparemment, toutes ces expériences t’ont vraiment servi. Justement, 2016, tu gagnes l’UTMB après une course de folie. Tu peux nous raconter un peu cette aventure et son côté grisant ?

En fait, j’étais très bien parti et j’étais dans le rythme au départ. Puis, je me suis retrouvé malade et j’ai sombré dans le classement jusqu’à la 50e place. Je voulais quand même terminer la course quitte à dormir à Courmayeur (Km 80) pour être une fois finisher.

Puis, j’ai vu ma famille qui était venue faire mon assistance. Petit à petit, je me suis remotivé et me suis fixé plusieurs objectifs à court terme : Top 20, Top 10, podium… et finalement la gagne au bout !

Ludovic Pommeret, 48 ans et toujours à la pointe

Ludovic Pommeret, 48 ans et toujours à la pointe – Photo Instagram @joamfaria

Cela reste ta course la plus marquante à ce jour ?

Oui, car il faut aussi prendre en compte qu’en 2016, la course avait déjà une renommée mondiale. Cela, plus le scénario de course, ce sont forcément de grosses émotions.

J’imagine que ta seconde grande émotion, c’est la Diagonale des Fous 2021 ?

Alors, sur la Diagonale des Fous, j’avais déjà brillé par le passé (NDLR : il avait déjà terminé 3 fois deuxième avant 2021). C’était une victoire partagée (NDLR : avec l’Italien Daniel Jung) et peut-être plus attendue. Cela représentait aussi une bonne émotion mais peut-être moins forte que sur l’UTMB.

Tu cours avec des élites qui ont 10/20 ans de moins que toi. C’est quoi ton secret pour perdurer ?

Il n’y a pas vraiment de secret ! Le fait de pratiquer des entraînements croisés avec le ski alpinisme en compétition doit y être pour quelque chose. Je ne cours pas du tout pendant l’hiver. Il y a sans doute aussi une petite part due à la génétique et à mes parents.

Et la place prépondérante du mental, j’imagine ?

C’est surtout l’envie de continuer, je dirais. Pas tellement les courses où l’on a toujours envie de s’aligner en fait, mais surtout les entraînements. Parfois on a envie, parfois beaucoup moins…

On en vient à la notion de plaisir : est-elle au centre du cheminement finalement ?

Les moments de plaisir, c’est surtout à l’arrivée des courses. Pendant, on doit gérer moments de jouissance et galères très pénibles.

Quand j’évoquais la notion de plaisir, je pensais notamment à ta dernière Diagonale courue en binôme avec ta femme. J’ai trouvé un certain détachement de la performance pure ici non ?

Oui bien sûr, mais c’était aussi un long chemin avec pas mal de souffrance. C’était surtout un plaisir d’échanger avec les gens autour de moi et qui me reconnaissaient.

J’avais envie de ce défi avec elle. Cela fait 20 ans qu’elle fait mon assistance sur les ultras, je lui devais bien ce plaisir ! Avec toute une préparation ensemble en amont.

Alors, c’est plus facile de gagner la Diagonale en 22h ou d’y passer deux nuits et courir 40h ?

Les deux efforts sont difficiles. Les douleurs sont un peu plus intenses aux jambes quand on le fait rapidement mais la durée et la fatigue jouent aussi. Donc finalement, la fatigue physique est énorme quand on passe plus de temps.

Tu proposes aussi des stages de trail sur Valloire ?

Oui, c’est le moyen, en partenariat avec une auberge pour héberger les participants, d’échanger avec tout le monde et d’intégrer ces moments dans ma préparation plutôt que de s’entraîner seul. Le côté transmission des connaissances est aussi vraiment sympa.

D’ailleurs, certains de nos stagiaires nous ont suivi à la Diagonale des Fous en 2023 ! Et je suis content car ils ont tous réussi à finir et j’ai même pu en croiser certains sur la course.

Ce genre d’initiatives est en tout cas de plus en plus courant en France. Comment expliquer ce grand nombre de traileurs de haut niveau dans notre pays ?

Il y a déjà le socle qu’a apporté l’UTMB et sa renommée mondiale toujours croissante. Et bien sûr, les nombreux terrains d’entrainement possibles. Tu prends les Pays-Bas, c’est plus compliqué d’être performant. Il y a clairement une émulation en France autour du trail et tous les facteurs semblent réunis. Le trail, c’est assez récent, mais nous avons la chance d’avoir déjà un très grand nombre de courses. L’UTMB a été un grand vecteur de communication.

Nous avons vraiment la culture de l’ultra-trail en France. A titre de comparaison, en Italie, ils sont plus orientés courses en montagne, des formats beaucoup plus courts avec un effort bien différent.

Néanmoins, l’ouverture au monde commence à se faire ressentir en ultra. Derrière les toujours performants Américains, on a pu voir arriver des Chinois, Equatoriens, Canadiens etc.

Cela commence à venir oui et ça va encore évoluer, c’est certain ! Cela va de pair avec une certaine professionnalisation de la discipline. Il y a plus d’argent en jeu aussi… Moi, quand j’ai gagné le circuit UTMB, j’ai eu un bon d’achat de 500€ chez The North Face (rires). Maintenant on est sur des sommes plus importantes même si les dotations sont encore raisonnables. Clairement, l’ultra-trail monte en puissance et il y a de plus en plus de partenaires commerciaux intéressés. Il n’y a pas que les équipementiers, la course et tout ça, t’as aussi tout l’aspect communication qui se développe à fond. Il y a de plus en plus de coureurs professionnels même si beaucoup encore ne le sont pas alors qu’ils pourraient l’être. Mais on tend vers la professionnalisation clairement !

Est-ce une bonne chose pour toi ou est-ce que ça va un peu à l’encontre du fameux « esprit trail » ? Ce dernier est survendu selon toi ?

Je n’ai pas l’impression non. J’ai par exemple fait un peu de triathlon et l’ambiance n’est clairement pas la même entre les participants. On est quand même plus dans le « m’as-tu vu ? ». En trail, je trouve que l’ambiance est toujours bonne malgré les enjeux grandissants. Même entre les différentes teams, franchement ça se passe. On s’entraîne même ensemble. L’esprit perdure notamment en amont de la course en fait.

En parallèle de cette professionnalisation, je trouve qu’il y a aussi clairement une structuration du monde du trail. En témoigne la création récente du circuit World Trail Majors. C’est une bonne idée tous ces circuits pour développer le sport ?

En fait, la marque UTMB a fait un peu main basse sur toutes les courses ces dernières années, donc c’est bien de voir arriver un peu d’initiatives en parallèle pour éviter un monopole. Derrière ça aussi, il y a le prix des courses qui augmente sensiblement donc un peu de concurrence ne fait pas de mal. Juste pour laisser un choix au traileur.

Est-ce que le trail est compatible avec les Jeux Olympiques ?

Il l’est même si c’est difficile de le rendre télégénique malgré les superbes images. On peut vite tourner sur un truc en boucle pour tout filmer et ce serait au détriment de l’intérêt sportif de la course. Il faut éviter de bouleverser les codes et de tout changer pour inscrire la discipline aux Jeux Olympiques.

Ce serait surtout une vitrine pour moi et un moyen de promouvoir le trail auprès du grand public. Mais je suis partagé, je n’ai pas envie qu’on révolutionne mon sport !

Qu’est-ce que t’inspires Courtney Dauwalter ?

Du respect déjà, on ne peut pas dire autre chose. Moi, cette année, je suis content car j’ai fait une course à la Courtney à l’UTMB (NDLR : Ludovic a pris la 5e place). J’ai maintenu une belle constance tout du long sans m’écrouler, et c’est pour moi la grande force de Courtney Dauwalter. Elle est impressionnante car elle est là depuis des années maintenant alors que, surtout chez les filles, en général, la domination dure un ou deux ans. Et puis plus tu rallonges l’effort, plus l’écart entre les hommes et les femmes diminuent. Donc c’est toujours un plaisir de se faire doubler par Courtney, puis ça remet un peu les pendules à l’heure !

Dernière question : aujourd’hui, pour toi, quel est le meilleur traileur au monde ?

Tout dépend ce que tu entends par meilleur. Par sa polyvalence, je pense que ça reste Kilian Jornet. Ce qui m’impressionne chez lui, c’est cette faculté à être performant à la fois à Sierre-Zinal et à l’UTMB, alors que c’est le grand écart entre les deux. Aujourd’hui, t’as des Rémi Bonnet, spécialiste des formats courts, des François d’Haene spécialiste des formats longs. Et Kilian, lui, il sait tout faire, il n’est pas spécialisé ! Et en plus il s’inscrit dans la longévité le mec !

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