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Athlétisme

Marathon : Le record du monde de Dorian Louvet, ça vaut quoi ?

Etienne Goursaud

Publié le

Marathon Le record du monde de Dorian Louvet, ça vaut quoi
Photo via Rabah Houali / Kevin Esnard

COURSE À PIED – Dorian Louvet est devenu le premier homme à boucler les sept marathons majeurs sur une seule année, avec une moyenne inférieure à 2h30. Retour en détail sur cette performance exceptionnelle.

Le premier homme sous les 2h30 de moyenne sur les 7 majors

Le Français Dorian Louvet vient de réaliser un exploit inédit dans le monde de la course à pied. En 2025, il a participé aux sept marathons majeurs du circuit mondial (Tokyo, Boston, Londres, Sydney, Berlin, Chicago et New York) et bouclé chacun d’eux en un temps moyen de 2h27:53. Ses chronos : 2h18:56 à Tokyo, 2h33:41 à Boston, 2h33:23 à Londres, 2h28:08 à Sydney, 2h28:24 à Berlin, 2h25:27 à Chicago et 2h27:09 à New York. Jamais un coureur n’avait enchaîné ces sept épreuves sous les 2h30 de moyenne.

Une telle régularité démontre une capacité de récupération hors norme. Notamment entre Boston (21 avril) et Londres (27 avril), deux marathons espacés d’à peine six jours, avec un décalage horaire défavorable. Sans doute n’a-t-il pas forcé à Boston (2h33:41), pour conserver de la fraîcheur et signer un chrono similaire à Londres. Mais courir 42 km, même à rythme de gestion, entre guillemets, reste un effort considérable. Enchaîner sept marathons sur une année témoigne d’une discipline et d’une solidité physique impressionnantes.

Les meilleurs dépassent rarement deux marathons par an

À haut niveau, la norme se situe bien en deçà de ce rythme effréné. Les meilleurs marathoniens mondiaux ne courent que deux à trois fois par an. Sifan Hassan, double championne olympique, n’a disputé que deux marathons en 2025 (27 avril et 31 août), terminant sixième à New York en 2h24:43, à 11 minutes de son record personnel. Eliud Kipchoge, légende kényane du marathon, n’a jamais dépassé deux courses par an. Même lors de son record du monde à Berlin en 2022, c’était son seul marathon de la saison.

Le regretté Kelvin Kiptum, recordman du monde (2h00:35), avait lui aussi limité sa saison à deux marathons en 2023. En comparaison, Dorian Louvet a su maintenir un haut niveau de régularité entre 2h28 et 2h25, malgré un enchaînement de quatre courses en un peu plus de deux mois. Une preuve d’endurance et de résistance mentale remarquables.

2h18:56 : une performance de pointe solide

Son meilleur chrono, 2h18:56 à Tokyo, reste une très belle référence. Selon les barèmes de la FFA, cette performance est classée “N2”. Certes, ces barèmes mériteraient d’être actualisés à l’ère des chaussures à plaque carbone, qui ont bouleversé les standards. Néanmoins, ce temps le situe à la 41e place des bilans français (étrangers licenciés inclus), et à la 33e place parmi les coureurs français en 2025. Une performance d’autant plus respectable que la densité sur marathon est bien plus importante que sur 100 mètres, avec plus de 90 000 performances recensées par la FFA sur 42 km.





Si Dorian Louvet ne vise pas les minima internationaux, sa progression continue interroge : que pourrait-il réaliser en se concentrant sur une seule préparation annuelle ? Un chrono sous les 2h15 paraît envisageable. Un défi à suivre de près.

Encore loin d’un Yuki Kawauchi

Malgré son record inédit sur les sept majors, Dorian Louvet reste encore loin des standards du Japonais Yuki Kawauchi. Véritable légende du marathon, ce coureur amateur devenu icône nationale détient le record du nombre de marathons bouclés sous les 2h20 : 111 au total. En 2012, il enchaînait déjà sept marathons, du plus lent (2h18:38) au plus rapide (2h10:29), avant de conclure son année par un 2h10:46 deux semaines plus tard. L’année suivante, il en disputait onze, tous entre 2h09 et 2h18.

En 2014, il pousse encore plus loin le curseur avec 13 marathons (le double de Louvet), bouclés entre 2h16:41 et 2h09:36. Il poursuivra ce rythme impressionnant jusqu’en 2018, avant de “lever le pied” à raison de six à huit courses par an. En 2021, il signait encore un chrono de 2h07:27, soit quatre minutes sous les minima olympiques. En 2023, à 36 ans, il réalisait 2h07:35, toujours dans le top 15 japonais. Un modèle de longévité et de constance.

Face à de tels monstres d’endurance, la performance de Dorian Louvet n’en reste pas moins historique dans son contexte : il devient le premier coureur à avoir aligné les sept marathons majeurs d’une même année à un niveau aussi élevé. Un exploit à la croisée du sport, de la rigueur et de la passion.

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