Michaël Amand (Ma Petite Entreprise) : « C’est peut-être Ma Petite Entreprise, mais c’est déjà bien grand »
Entretien avec Michaël Amand, directeur général de la formation Ma Petite Entreprise, qui dresse le bilan des six premiers mois de son équipe. Il évoque également la participation au Tour de France Femmes.
Six mois après sa création, Ma Petite Entreprise a déjà montré sa force dans le peloton féminin. Deux victoires, l’une décrochée par Océane Mahé lors du Tour du Haut-Limousin féminin. Surtout, le titre de championne de France Élite du contre-la-montre remporté par Célia Le Mouël.
Un premier maillot national pour cette dernière et un premier sommet pour cette équipe apparue cette année, avec la particularité de s’appuyer sur une multitude de partenaires. Michaël Amand, directeur général de la structure, nous a accordé un entretien. Il dresse le bilan des six premiers mois, évoque la suite de la saison et la participation au Tour de France Femmes.
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Michaël Amand : « C’est un bilan presque inespéré »
Quel bilan faites-vous de cette première moitié de saison ?
Michaël Amand : C’est un bilan presque inespéré en termes de résultats. On s’était donné l’objectif de remporter au moins une course dans l’année. Cette première victoire est arrivée relativement tôt, avec Océane Mahé sur le Tour du Haut-Limousin. On a ensuite eu le cadeau de Célia lors des championnats de France du contre-la-montre.
C’est un cadeau parce qu’on savait qu’elle était très bien et qu’elle avait un potentiel énorme. Ces dernières années, elle a toujours obtenu de très bons résultats en chrono et on visait le podium, tout en ayant du mal à rêver réellement du titre. Elle l’a fait avec brio et c’est formidable pour une nouvelle équipe.

Célia Le Mouël avec son maillot de championne de France du contre-la-montre – Photo Ma Petite Entreprise/Mathieu Monnier-Benoit
Ce qui est le plus marquant, c’est votre capacité à jouer les premiers rôles sur de nombreuses courses, avec plusieurs coureuses.
On savait qu’on avait sélectionné une équipe avec des coureuses capables de réaliser de belles performances. Elles le prouvent toutes à un moment de l’année et sur certaines courses. Au-delà des résultats, il y a une attitude très positive et une envie d’entreprendre de la part des coureuses. Elles ont été très offensives au GP de Navarre. On nous a vus tous les jours sur le Tour de Suisse. Elles ont été à l’avant et ont participé à la course.
Ilona (Ilona Rouat, NDLR) a également réalisé de très belles places au sprint en France. C’est sa première saison et elle ne dispose pas encore d’un véritable train. Elle a terminé 7e de la Région Pays de la Loire Tour et 6e de la première étape du Bretagne Ladies Tour. On est contents (rires). Contents, mais sans fanfaronner, car il faut rester humbles. On est surtout contents de cette richesse collective.
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Michaël Amand : « Le Tour de France représente tout dans le cyclisme »
Ilona vient tout juste de fêter ses 20 ans. C’est une très jeune coureuse.
Une très jeune coureuse avec un très gros potentiel, qui monte en puissance au fil des mois. Il faut également rappeler qu’elle a été sélectionnée en équipe de France sur piste pour les championnats d’Europe. Elle dispute aussi d’autres compétitions. C’est une petite pépite qui ne fait pas trop de bruit, mais qui se montre particulièrement efficace.
Cette équipe représente un sacré pari. Il fallait monter une structure et trouver les bonnes coureuses. Vous partiez presque de zéro.
« On partait d’une feuille blanche. On a eu la chance d’avoir Damien Baucheron (le directeur sportif, NDLR), qui est un véritable expert du cyclisme féminin. Il connaît toutes les filles et regarde tous les résultats. Vincent Lavenu a apporté toute son expérience, mais aussi un véritable plus. On a monté une commission de recrutement avec Damien, Vincent, Émeric Ducruet, mais aussi Alice Michel, qui s’occupe de toute la coordination médicale. Il y a également Cédric Noël, président du club de Grenoble (NDLR : tout l’organigramme de Ma Petite Entreprise).
On a essayé de trouver des profils capables d’apporter énormément, aussi bien sur le plan de la performance sportive que sur celui de l’état d’esprit. L’objectif était de construire un collectif correspondant à celui des entreprises et des particuliers qui participent au financement de l’équipe.
Partie d’une feuille blanche, Ma Petite Entreprise a progressé jusqu’à cette participation au Tour de France Femmes 2026. Que représente-t-elle pour vous ?
Cela représente tout dans le cyclisme. C’est le rendez-vous annuel, chez les hommes comme chez les femmes. Beaucoup de personnes ne suivent que le Tour de France durant l’année. Cette participation va apporter beaucoup de notoriété à Ma Petite Entreprise. On a encore un gros travail à accomplir pour nous faire connaître. Cela va être un moment de joie et d’euphorie sur certains aspects, mais aussi de concentration, avec l’objectif d’être présents sportivement et médiatiquement.
Michaël Amand : « On veut que Clémence Latimier ait confiance en elle, car on a confiance en elle »
Ce travail s’étale sur plusieurs mois et, dès le 22 juin, vous annonciez la sélection pour le Tour. Était-il important, dans la préparation, de prévenir rapidement les coureuses ?
Oui, et cela a été très difficile, même si nous n’avons que dix coureuses. Certaines savaient dès le début de l’année qu’elles n’allaient pas y participer. On a dû écarter une ou deux filles alors qu’elles ont toutes réalisé de bonnes performances cette saison. La sélection a été extrêmement difficile.
On a préféré le leur annoncer suffisamment tôt pour les libérer et leur permettre de savoir précisément qui était sélectionnée. On a évidemment des remplaçantes, car on ne sait jamais ce qui peut arriver. L’objectif est que celles qui prendront le départ soient parfaitement concentrées sur leur course et sur la suite de la saison.
Parmi les sélectionnées figure Clémence Latimier, 22 ans, qui a franchi plusieurs caps cette saison. A-t-elle des objectifs définis ?
Clémence a réalisé des progrès exceptionnels depuis le début de la saison. On l’a vu sur le Tour des Pyrénées, mais également sur le Tour de Suisse. Elle y termine 13e sur une course World Tour de très haut niveau. Cela démontre sa capacité à obtenir des résultats sur des courses par étapes exigeantes, puisque le Tour de Suisse compte cinq étapes. Jusqu’où peut-elle aller ? On veut d’abord qu’elle prenne du plaisir sur le Tour de France.
On veut qu’elle ait confiance en elle, car nous avons confiance en elle. Qu’elle nous apporte de l’émotion au quotidien en s’accrochant le plus longtemps possible avec les meilleures. Quel que soit le résultat, ce sera une bonne nouvelle, car elle aura tout donné et respecté cette volonté d’être audacieuse. On veut que toutes les coureuses présentes au départ du Tour de France abordent la course de cette manière. Ce sont des coureuses qui mouillent le maillot et donnent tout.
Michaël Amand : « C’est peut-être Ma Petite Entreprise, mais c’est déjà bien grand »
Vous évoquez le Tour des Pyrénées, un moment fort avec le col du Tourmalet et Clémence qui s’accroche avec Juliette Berthet ou Dominika Włodarczyk, deux coureuses du gratin mondial. Avez-vous ressenti des frissons à cet instant ?
Il y a eu des frissons, franchement, et énormément d’émotion. À travers Ma Petite Entreprise, nos 500 partenaires et nos supporters, c’est de l’émotion que l’on vend. Quand on voit Clémence passer devant certaines grandes championnes au sommet du Tourmalet, on se dit : “Waouh !” C’est peut-être Ma Petite Entreprise, mais c’est déjà bien grand.
On sent qu’elle est bien dans ses baskets. On ne veut pas qu’elle se mette une mauvaise pression. On souhaite qu’elle prenne du plaisir, qu’elle s’éclate et qu’elle continue de progresser, afin de transmettre cette émotion à celles et ceux qui nous accompagnent aujourd’hui et qui nous accompagneront demain.
En attendant le Tour, plusieurs échéances sont programmées au mois de juillet, notamment en Nouvelle-Aquitaine, avec la Périgord Ladies et la Vienne Classic. Quels seront les objectifs ? Une troisième victoire est-elle possible ?
Cela va être difficile. Toutes les coureuses sont actuellement en stage en altitude et nous n’aurons pas forcément de filles au pic de leur forme. Nous sommes à Puy-Saint-Vincent pendant trois semaines. Il y aura forcément un peu de fatigue et c’est précisément ce que l’on recherche.
Espérer une victoire sur une course où il y aura sans doute une belle liste de départ — elle n’est pas encore connue au moment où nous écrivons ces lignes, NDLR — sera compliqué. On a déjà été complètement fous et en pleurs lors du contre-la-montre. Si on arrive à performer après une telle période de stage en altitude, alors là… Mais on veut conserver cet esprit dynamique et cette envie d’entreprendre pendant la course. Sur ce point, on peut compter sur elles.
Michaël Amand : « La médiatisation du cyclisme féminin va plus vite que son modèle économique »
On parle beaucoup du développement du cyclisme féminin, mais aussi de la précarité de son écosystème. Qu’en est-il dans le cas de Ma Petite Entreprise ?
Cette précarité est une réalité, car la médiatisation du cyclisme féminin progresse plus vite que son modèle économique et son équilibre financier. C’est assez classique. La médiatisation se développe d’abord, mais il faut parallèlement apporter davantage de moyens au projet. Il faut ensuite du temps pour que les entreprises prennent conscience que l’on se trouve face à quelque chose de puissant, qui va durer et qui peut être rentable. On ne peut pas tout transformer en une seconde.
Il est compliqué d’équilibrer la balance. On y arrive grâce à un modèle économique très différent, avec de nombreuses entreprises qui nous accompagnent. C’est à la fois plus difficile, car il faut trouver beaucoup de partenaires, mais également plus facile, parce que chacun peut apporter la somme qu’il souhaite. De nombreux particuliers versent 12 euros, simplement pour participer au projet et proposer un cyclisme différent.
De plus en plus de personnes nous rejoignent. On espère que beaucoup d’autres le feront pendant le Tour de France. Nous bénéficierons d’une forte visibilité et les gens comprendront mieux notre équipe ainsi que sa philosophie. Ils auront peut-être envie de faire partie de l’aventure. Cela nous permettra de construire la saison 2027 de manière extrêmement positive et sereine.
Michaël Amand : « Avancer étape par étape »
Vous avez lancé un appel à de nouveaux partenaires. Avez-vous déjà des pistes pour 2027 ?
On a énormément de pistes et beaucoup d’entreprises commencent à prendre conscience du caractère populaire et collectif de Ma Petite Entreprise. Tout est en train de s’accélérer. Les performances sont bonnes et les gens ont vu le niveau d’interaction, notamment sur les réseaux sociaux.
Dès que l’on parle de nous, cela suscite de l’intérêt, car nous racontons une histoire très humaine et très française. On fait beaucoup de choses à l’inverse des autres, mais cela reste très réfléchi et très structuré. Il existe une véritable ambiance collective et des entreprises plus importantes commencent à se dire qu’il faut aider l’équipe. Cette aventure fait du bien au cyclisme en général.
Vous êtes-vous déjà fixé des objectifs à moyen et long terme ?
On a des ambitions plutôt que des objectifs. On aimerait rivaliser avec les meilleures équipes du peloton. Mais il faut rester humbles et avancer étape par étape. Nous devons structurer le travail autour des jeunes et continuer à développer notre réseau de partenaires afin de faire grandir l’équipe et de conserver nos coureuses.
Leurs résultats vont leur permettre de gagner davantage d’argent et c’est tout à fait normal. Il faut que nous ayons la capacité de les accompagner. Plusieurs possibilités s’offriront à nous en 2027.
Soit nous n’aurons pas la capacité de les conserver, et ce n’est pas grave. Elles rejoindront des équipes qui disposent actuellement de moyens plus importants. Nous continuerons alors de construire, de trouver de nouveaux profils à faire grandir et de leur faire profiter de cette énergie collective.
Soit nous parvenons à transformer l’enthousiasme populaire autour de l’équipe. Dans ce cas, nous pourrons trouver les moyens de conserver nos coureuses, puis, pourquoi pas, leur apporter des profils complémentaires.
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