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Rugby à XV

Michalak, Castets, Poitrenaud : ces rugbymen français qui ont tenté l’aventure dans l’hémisphère Sud

Aurélien Torreilles

Publié le

Michalak, Castets, Poitrenaud ces rugbymen français qui ont tenté l'aventure dans l'hémisphère Sud
Photo Icon Sport

RUGBY À XV – Quitter le confort du Top 14 pour traverser la planète et jouer dans l’Hémisphère Sud : un choix rare, mais révélateur. Certains Français l’ont fait pour relancer leur carrière, d’autres pour vivre une expérience de vie. Tous y ont trouvé une forme d’ailleurs, entre rugby différent et quête personnelle. Tour d’horizon de quelques joueurs français exilés au sud.

Ils s’appellent Frédéric Michalak, Clément Poitrenaud, Clément Castets ou Bryan De Carvalho. Tous ont en commun d’avoir troqué les terrains du rugby français pour ceux de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande ou même du Japon. Si leurs motivations diffèrent — relancer une fin de carrière, s’imprégner d’une autre culture ou fuir la pression hexagonale — leurs trajectoires racontent une autre façon d’aimer le rugby. Celle qui dépasse le terrain, les statistiques ou les trophées. Une aventure humaine, parfois professionnelle, souvent personnelle, où l’on apprend autant sur soi que sur le jeu. Partir dans l’hémisphère sud, pour ces Français, c’est bien plus qu’un exil. C’est souvent une parenthèse, un tournant ou un nouveau départ.

Partir pour mieux se raconter

De Durban à Port Elizabeth, ces Français ont choisi l’exil comme ultime chapitre de leur carrière. Après les paillettes du Top 14, certains Bleus ont traversé la planète pour découvrir un rugby plus « vrai » et souvent, pour rappeler qu’un nom français peut aussi rayonner au sud. Frédéric Michalak l’a fait deux fois : en 2008 puis en 2011‑2012, il a vécu la chaleur de Durban, disputé neuf rencontres de Super  Rugby et terminé meilleur réalisateur de la Currie  Cup avec 193 points, avant de rentrer en star. Clément Poitrenaud l’a imité une décennie plus tard. À 34 ans, le Toulousain s’est offert quatre matchs avec les Sharks et un reportage surprenant sur « l’enfer » de la préparation en Afrique du Sud. Longtemps après, le message reste le même : même courte, une parenthèse sud‑africaine laisse une trace durable dans la mémoire collective française.

Ces escapades sudistes disent beaucoup d’une envie de rupture : sortir du confort linguistique, respirer un autre air, jouer un autre rugby et montrer que l’on peut exister loin des caméras hexagonales. Virgile Lacombe, talonneur formé au Stade Toulousain, s’est envolé début 2013 pour les Southern Kings. Trois feuilles de match seulement, mais une aventure racontée avec émotion : de la joie du premier match, à la désillusion administrative, en passant par la découverte d’un rugby sans filet. À chaque fois, la démarche dépasse le simple « dernier chèque » : elle relève d’une quête d’authenticité, d’une image à laisser et surtout d’un amour du jeu plus fort que la crainte de s’exposer à l’inconnu.

Aujourd’hui encore, l’image compte autant que la performance. Quand un Français porte un maillot sud‑africain ou néo‑zélandais, il représente tout un rugby. Gagner ou perdre importe moins que de prouver que les joueurs tricolores savent sortir de leur zone de confort, parler une autre langue du ballon ovale et revenir, ou pas, avec une histoire à raconter. C’est cette trace, plus que les statistiques, qui nourrit la légende de ces exils éclair.

Rugby de brousse et leçon de vie

À 29 ans, Clément Castets a quitté Paris pour Palmerston North : un pari rare. Il s’est engagé avec les Manawatu Turbos, dernier du NPC, « pour voir autre chose » et vivre un rugby de proximité, loin des projecteurs du Top 14. Là‑bas, l’ancien pilier international avoue redécouvrir le plaisir d’un entraînement sans caméra et la simplicité d’un vestiaire qui mélange pros et semi‑pros. Dans cette pluie fine des terrains néo‑zélandais, on apprend vite à changer ses repères techniques – mêlées plus basses, rucks plus rapides – mais aussi à réapprendre le jeu pour lui‑même.





Pour d’autres, l’apprentissage passe par le double statut « joueur‑travailleur ». Bryan De Carvalho, talonneur passé par Carcassonne puis Blagnac, a tout plaqué en 2016 pour un club amateur de Christchurch. Il bossait la journée, s’entraînait le soir et jure pour Le Rugbynistère avoir « plus appris en dix mois là‑bas qu’en Pro D2 ». Cet aller simple montre qu’au sud, on valorise encore le rugby d’évitement, l’initiative libre de la pression du résultat, un environnement qui forge autant l’homme que le joueur.

Ces aventures racontent enfin le rugby comme école de vie. Qu’il s’agisse de Michalak perfectionnant son anglais à Durban, de Castets découvrant l’hospitalité du pays du long nuage blanc ou de De Carvalho qui s’entraîne avant de pointer à l’usine, tous disent la même chose : grandir, c’est accepter la pluie du sud pour mieux savourer la lumière qu’elle apporte.

L’après comme horizon

Partir au sud, c’est aussi tester la solidité d’un projet personnel. Pour Virgile Lacombe, l’expérience Kings a tourné court, mais elle a joué le rôle de révélateur : savoir quand il est temps de rentrer, et comment se réinventer en coach à Toulouse quelques années plus tard. À l’inverse, Castets confie à Rugbyrama ne pas « être prêt à rentrer » tant l’aventure néo‑zélandaise nourrit encore son ambition sportive et sa curiosité culturelle. Chacun, finalement, repart avec un verdict différent : rester, revenir, ou transformer l’essai dans un nouveau métier.

Cette question du « réel après » passionne aussi le grand public. La web‑série documentaire La Dernière Passe, réalisée en Nouvelle‑Zélande par la Française Charlène Bourlon, suit d’anciens pros – Tony Marsh, Norm Hewitt par exemple – dans leur reconversion et souligne à quel point le sud accompagne mieux qu’ailleurs la transition vers la vie civile. Les Français qui s’y installent trouvent un écosystème dans lequel l’on aide les anciens à rebondir : réseaux d’anciens joueurs, programmes de formation, lien social fort.

Au bout du compte, ces exils volontaires dessinent une autre carte du rugby français : une diaspora discrète, disséminée dans les provinces néo‑zélandaises, les franchises sud‑africaines ou les clubs industriels japonais. Tous n’auront joué que quelques matchs, parfois un seul. Mais chacun ajoute une pierre à l’édifice d’un rugby français curieux, ouvert, prêt à se perdre pour mieux se retrouver. Et c’est peut‑être dans ces voyages que se forge, silencieusement, la prochaine révolution bleue.

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