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Championnats du monde d'athlétisme

Mondiaux Athlétisme 2025 : Les Bleus plongés dans le doute avant Tokyo

Etienne Goursaud

Publié le

Mondiaux athlétisme 2025 - Les Bleus face à l'incertitude avant Tokyo
Photo Icon Sport

CHAMPIONNATS DU MONDE D’ATHLÉTISME 2025 – Avec une cascade de forfaits et des incertitudes, les Français arrivent à Tokyo dans le flou. Aucun Tricolore, hors Azeddine Habz et Just Kwaou-Mathey, n’a de certitudes pour la médaille. Mais certains sont en embuscade, pour essayer de renverser les bilans précédents. Avec une équipe de France qui n’a pas dépassé le cap de la seule médaille mondiale depuis 2019.

De gros forfaits chez les cadors, des doutes pour d’autres

Les Bleus sans Cyréna Samba-Mayela

L’année post-olympique a été difficile à digérer pour certains des athlètes français. En particulier les cadors. La seule médaillée aux Jeux Olympiques, Cyréna Samba-Mayela, a perdu sa course contre le temps. Blessée à partir du mois d’avril, elle a tenté un ultime come-back, le week-end du 24 août, afin de prouver son état de forme. En Écosse, elle n’a pas rassuré et a préféré renoncer. Après une grande année 2024, la Tricolore de 24 ans aura enchaîné les galères en 2025.

Ce qui est aussi le cas de Clément Ducos. Le spécialiste du 400 m, finaliste surprise des Jeux Olympiques sur 400 m haies, dont il prend la 4ᵉ place, n’a jamais pu lancer sa saison 2025. Un chrono de 50.53, à trois secondes de son record, à la fin du mois de mai. Puis plus rien. Un enchaînement de pépins physiques, qui l’amènent à déclarer forfait. En début de mois de septembre, c’est Alice Finot qui a dû renoncer. La recordwoman d’Europe du 3000 m steeple (8:58.67) avait pourtant très bien commencé sa saison, avec un deuxième 3000 m steeple en 9:09.84. Avant de se blesser lors des championnats de France Élite (malgré sa victoire). On peut ajouter Kevin Mayer, le dernier champion du monde français (en 2022), à la liste.

Gabriel Tual et Louise Maraval dans le flou

Autres finalistes olympiques, Gabriel Tual et Louise Maraval seront présents à Tokyo, mais avec bon nombre d’incertitudes. Pour le premier cité, la saison avait pourtant formidablement commencé. Une rentrée en 1:43.09, un second 800 m en 1:42.72. En avance sur les bases de sa très solide année 2024. Puis viennent les pépins physiques. Un tendon d’Achille récalcitrant et une grosse défaite aux championnats de France (6ᵉ). Par chance, contrairement à 2024, il n’y avait pas quatre Français qualifiables pour Tokyo. Sa défaite n’a pas eu de conséquences directes, si ce n’est renforcer les inquiétudes avant l’échéance japonaise.

La spécialiste du 400 m haies est peut-être encore plus dans le flou. Après sa rentrée à Rome, plutôt solide (54.86), elle se blesse et n’a pas couru depuis le 9 juin. Près de trois mois sans compétition. Elle a su, à travers une séance d’entraînement, montrer son niveau de forme et faire partie du voyage. La 8ᵉ des JO de Paris a donc le niveau pour participer aux Mondiaux. Jusqu’à quel point ? La principale intéressée n’a sûrement elle-même pas totalement la réponse. On peut ajouter à la liste un Sasha Zhoya, qui s’est dit lui-même pas assez en forme pour briller à Tokyo.

Une plus grande densité, mais toujours pas de scoreur

La force de l’athlétisme français des années 2010, c’est qu’il pouvait compter sur quelques athlètes médaillables à coup sûr ou presque. Un Renaud Lavillenie (encore qualifié cette année), un Kevin Mayer un peu plus tard, offraient assez régulièrement des médailles à la France au niveau mondial. Une Cyréna Samba-Mayela (médaillée olympique et double médaillée mondiale en salle) aurait pu prendre le chemin. La France ne possède plus ce scoreur ou un collectif capable d’assurer une médaille et d’enlever du poids à toute la délégation.





Au niveau européen, que ce soit à Rome (16 médailles et une deuxième place au classement des médailles) ou à Apeldoorn (8 médailles, 7ᵉ au classement des médailles, mais 2ᵉ en nombre de médailles), la France a retrouvé son rang des années 2010. Mais ce n’est pas encore le cas au niveau mondial. Lors des derniers Jeux Olympiques, la France a pris la 12ᵉ place à la placing table, ce classement qui répertorie l’ensemble des finalistes (Top 8), à raison de 8 points pour le premier, 7 pour le second et ainsi de suite. La France a remonté 8 places par rapport à 2021… pour la même médaille d’argent finale (Kevin Mayer puis Cyréna Samba-Mayela).

Azeddine Habz, la meilleure chance ?

Pourtant, la France a bel et bien un athlète qui figure en tête des bilans mondiaux à l’amorce des championnats du monde. Azeddine Habz a repoussé le record de France du 1500 m pour le porter à 3:27.49. À 32 ans, il effectue la meilleure année de sa carrière et a remporté deux courses en Diamond League, dont celle de Paris, où il a pris la marque nationale. Si sa dernière sortie a été moins saignante (5ᵉ de la finale de la Diamond League à Zurich), il reste une très belle carte pour l’équipe de France. Dans une course ouverte, avec un Jakob Ingebrigtsen qui va faire sa rentrée à Tokyo, beaucoup peuvent gagner et le Français devra sortir sa meilleure course au meilleur moment. Chose qu’il n’a pas su encore faire au niveau mondial, en grand championnat. Le seul doute, sans doute, autour du demi-fondeur.

D’autres outsiders en embuscade chez les hommes

Parmi les espoirs, Just Kwaou-Mathey a montré de la forme sur 110 m haies, en passant pour la première fois sous les 13 secondes (12.99). Lui aussi figure dans les trois premiers parmi la liste des engagés, en troisième position. Et il a déjà acquis une médaille mondiale. C’était en 2024, lors des championnats du monde en salle de Glasgow. Forcément, le niveau à Tokyo sera au moins un cran au-dessus. Mais cette expérience peut servir. Melvin Raffin est également 3ᵉ, avec 17,51 m, mais son passé en grand championnat incite à…

Vainqueur de la finale de la Diamond League sur 3000 m, Jimmy Gressier a progressé dans son punch final. Mais la marche pour briller sur 5000 et 10000 m sera plus haute, avec une concurrence encore plus rude. Il arrive avec le 13ᵉ temps (seulement) des engagés, malgré son 12:51.59. Ceci dit, son chrono avait été réalisé en salle.

Placé également un peu plus loin dans la hiérarchie (7ᵉ), Renaud Lavillenie a retrouvé une régularité que l’on ne lui avait pas vue depuis 2022. Régulier à 5,80 m, il ne lui manque qu’une barre à 5,90 m cet été. Sans doute condition (ultra) minimum pour espérer une médaille de bronze. Car avec Armand Duplantis et Emmanouil Karalis, les deux premières places semblent réservées. Thibaut Collet peut également être une belle carte. Comme Yann Chaussinand, qui a passé le cap des 81 mètres et est très régulier autour des 78 mètres. Mais qui tombe sur une année absolument folle au marteau, dans une discipline qui a déjà explosé depuis 2021. Il lui faudra sortir le meilleur concours de sa carrière. Gabriel Bordier (20 km marche) peut aussi rêver d’un exploit.

Moins de densité chez les femmes, mais deux belles chances

Malheureusement, chez les femmes, contrairement à 2024, la France a beaucoup moins de cartes. La meilleure reste Hilary Kpatcha à la longueur. Qui a franchi la barrière symbolique des 7 mètres (7,02 m). À Rome, lors des championnats d’Europe 2024, elle avait prouvé qu’elle était capable de réaliser un gros concours un jour de finale, même si elle n’était pas montée sur le podium. Depuis, au-delà des 7 mètres, elle a franchi également un cap, dans la bagarre avec les meilleures mondiales. Vainqueur en Diamond League, et 3ᵉ de la finale à Zurich. Face à la concurrence, elle est capable de répondre présent et arrive à Tokyo avec la 4ᵉ performance des engagées. À 10 cm de la première.

 

Une des autres très belles chances sera peut-être à chercher du côté de la perche. Marie-Julie Bonnin a goûté à l’or mondial cet hiver en Chine. Elle a su égaler le record de France (4,75 m) le bon jour. Une donnée utile pour celle qui a décollé à 4,70 m cet été, dans une épreuve qui reste très ouverte, même si Katie Moon semble avoir une longueur d’avance sur tout le monde. La Française est passée par les sommets cet hiver et affiche une vraie régularité. Deux preuves d’un immense cap franchi en 2025 pour devenir une candidate à la médaille à Tokyo.

On peut citer Anaïs Bourgoin, 3ᵉ de la finale de la Ligue de Diamant à Zurich sur 800 m et qui a porté son record à 1:56.97. Un vrai changement de dimension qui la place avec le 7ᵉ temps des engagées au Japon. Médaillée européenne en 2024 à Rome, c’est une candidate claire à la finale. Et en finale d’un 800 m, on ne sait jamais ce qu’il peut se passer, même si Keely Hodgkinson et Audrey Werro semblent au-dessus du lot. Forte de progrès constants depuis quatre saisons, Clémence Beretta, qui a amélioré son record de France du 20 km marche en 1h28:05, arrive avec le 8ᵉ temps des engagées. Et les favorites ne sont plus si loin devant elle.

 

 

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