Nous suivre
Cyclisme sur route

Mondiaux de cyclisme au Rwanda : un défi pour l’image du pays

Paul Lalevee

Publié le

Mondiaux de cyclisme au Rwanda un défi pour l’image du pays
Photo via UCI

CYCLISME – Les championnats du monde de cyclisme sur route au Rwanda ont leur lot de critiques. Quelle sécurité pour les coureurs et la course alors que le pays est en guerre avec le Congo voisin ? Ces Mondiaux seront source de débats, même si tout se passe bien.

L’inquiétude est de mise, à quelques jours du débat des Mondiaux au Rwanda. Alors que l’instabilité règne dans ce pays d’Afrique, les coureurs du monde entier vont se disputer le maillot arc-en-ciel. Mais en toile de fond, le climat politique et diplomatique qui règne sera étouffant.

Un conflit ouvert au Congo, mais aussi des questions budgétaires

Entre le Congo et le Rwanda, les tensions géopolitiques sont très vives depuis des années. Au cœur du conflit, le groupe armé M23, qui règne sur une partie du Congo et lutte avec l’armée rwandaise contre les forces congolaises. Le Rwanda n’a jamais explicitement reconnu sa présence sur le sol congolais. De quoi inquiéter les autorités internationales, alors que des coureurs du monde entier arrivent ces derniers jours à Kigali. Les garanties sécuritaires seront-elles au rendez-vous pour une course d’un tel enjeu ?

Au-delà de la sécurité, la tenue des Mondiaux au Rwanda soulève aussi des questions d’ordre budgétaire. Le Danemark et les Pays-Bas ont d’ores et déjà décidé de n’envoyer qu’une sélection réduite, en raison du coût élevé des déplacements et de l’hébergement. Même chose pour l’équipe de France, avec des effectifs restreints chez les jeunes. D’autres fédérations pointent du doigt les conditions sanitaires et climatiques au Rwanda.

Lors du Tour du Rwanda, l’équipe Soudal-Quick Step avait préféré se retirer de la course. La formation belge estimait que la sécurité n’était pas garantie sur l’entièreté du parcours pour ses coureurs et son staff. « L’arrivée et le départ dans la zone à risque, où se trouvait aussi notre hôtel, nous a inquiétés », a expliqué le patron de l’équipe, Jurgen Foré, au média belge Sporza, évoquant l’arrivée de la 3e étape et le départ de la 4e à Rubavu, à 15 km seulement de Goma, la principale ville de l’est congolais tombée fin janvier entre les mains du M23.

Quelles sont les réponses de la part des instances sportives ?

Un temps évoqué par la presse belge, le plan B d’un report en Suisse a finalement été démenti par l’UCI. Et ce malgré l’abandon de l’étape test des Mondiaux, suite à des routes détrempées. Fin septembre, c’est pourtant le début de la saison des pluies au Rwanda. Espérons que les coureurs n’aient pas à évoluer sous des trombes d’eau…





De son côté, l’UCI a déclaré que des garanties sécuritaires étaient bien assurées par les autorités rwandaises. Plusieurs fédérations, inquiètes, avaient un temps laissé planer le doute sur leur venue pour ce premier championnat du monde sur le continent africain. Jean-René Bernaudeau, directeur de l’équipe TotalEnergies, s’est érigé en fervent défenseur de la course, déclarant à l’AFP faire « confiance à l’armée rwandaise pour assurer la sécurité. La ville de Kigali qui va accueillir les championnats est à 1600 m d’altitude, éloignées des fortes chaleurs, et les conditions sanitaires dans les hôtels sont totales. Aujourd’hui, ils parlent plutôt d’envahir les autres que d’être en danger dans le pays ». Un constat qui pose toutefois question.

Les Mondiaux, une course à grands enjeux pour l’image du Rwanda

Un soutien de poids pour les autorités rwandaises qui ont fait du sport un vecteur de promotion, 30 ans après le génocide qui a fait près de 800 000 morts selon l’ONU. Pour ce premier Mondial en Afrique, le Rwanda a de grandes responsabilités. En effet, l’image du pays est en jeu.

Incarnant personnellement la diplomatie sportive de son pays, le président Paul Kagame est devenu proche au fil des années de nombreux dirigeants sportifs tels Gianni Infantino (président de la FIFA), Masai Ujiri (ancien président de la franchise NBA de Toronto) ou David Lappartient (président de l’UCI) qui a toujours défendu le choix d’attribuer au Rwanda les Championnats du monde sur route en 2025. Pourtant, Kagame est régulièrement accusé de violations des droits humains et de régner dans un climat de peur sur sa population.

Ces Mondiaux sont donc l’occasion pour le Rwanda d’embellir son image, afin de redonner ses lettres de noblesse au continent africain. Kigali dispose ainsi de nombreuses pistes cyclables. Au-delà du vélo, c’est un plan d’envergure qui a été mis en place avec le FMI (Fonds Monétaire International) dans le but de relancer la croissance, et en mettant en avant l’écologie. Sur les dernières années, les premiers résultats ont été plutôt positifs.

Clique pour commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *