Oscar Nilsson-Julien : « Être médaillé aux Jeux et gagner ! »
CYCLISME SUR PISTE – À l’aube des championnats du monde 2024 (du 16 au 20 octobre à Ballerup, au Danemark), Oscar Nilsson-Julien, médaillé aux Championnats d’Europe en début d’année et remplaçant aux Jeux Olympiques, nous a accordé un long entretien pour évoquer sa carrière et ses perspectives.
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« J’ai senti une vraie reconnaissance notamment des Français »
Tu t’apprêtes à disputer tes premiers Championnats du monde avec le maillot de l’équipe de France, moins d’un an après l’avoir porté pour la première fois lors des Championnats d’Europe. Auparavant, tu concourais sous les couleurs de la Grande-Bretagne sans pour autant être convaincu par le système britannique. Qu’est-ce que tu as trouvé en France, et que tu ne trouvais pas en Angleterre.
Oscar Nilsson-Julien : Peut-être que ce qu’il manquait en Angleterre, c’est le côté route en amateurs. Il n’y a pas autant de clubs comme Aix ou Dinan. Donc ça m’a permis de continuer à faire du vélo, avec un petit salaire en tant qu’amateur pour essayer de passer pro. La fédération anglaise ne semblait pas vouloir me faire progresser avec l’équipe élite sur la piste donc je me suis dit que j’allais me focaliser sur la route et déménager en France et essayer de devenir routier. Et comme le manager du club d’Aix que j’ai rejoint connaît Steven [Henry, manager général du pôle endurance en équipe de France], il m’a contacté pour me donner l’opportunité d’intégrer l’équipe élite de l’équipe de France de piste. Donc j’ai trouvé une carrière de routier et l’opportunité d’être pistard de haut niveau.
Sept mois après tes débuts en championnat avec l’équipe de France, tu figurais dans la liste des cyclistes retenus pour les Jeux, en tant que remplaçant. Comment as-tu vécu cette sélection déjà et cette fête à la maison ?
En décembre, je ne pouvais pas encore faire les JO. Il a fallu attendre que l’UCI accepte tout ce changement de nationalité et de là, j’ai pu envisager davantage de les faire. Pendant l’hiver, on a fait pas mal de stages et j’ai beaucoup poussé pour être en forme aux championnats de France et d’Europe. Donc, je suis arrivé au pic aux France et peut-être un peu moins saignant aux Europe. Avec Ben [Benjamin Thomas, médaillé d’or olympique sur l’omnium], on a passé pas mal de stages ensemble. On se poussait et on se faisait mal à chacun. J’ai aussi fait beaucoup de courses en classe 1 à Aigle et je performais.
Donc, je suis arrivé aux France et c’était vraiment sympa : j’ai senti une vraie progression et il y avait Eurosport notamment. J’ai donc senti une vraie reconnaissance, notamment des Français qui suivent un peu la piste. Il y a aussi eu Hong-Kong et la Coupe des Nations où je fais deux derrière Aaron Gate (sur l’omnium). C’est décevant, car j’étais fort, mais j’ai manqué un peu de lucidité à la fin. Derrière Ben fait troisième à Milton, donc je peux dire que j’ai fait un meilleur résultat que lui à la Coupe des Nations. Alors, on m’a informé en stage un mois avant les Jeux que j’y serai comme remplaçant et j’étais content, car avec tout ce qui m’était arrivé avant, c’était comme un cadeau car j’ai beaucoup bossé.
L’expérience elle-même c’était vraiment cool. Sur le bateau, c’est quelque chose que je ne vais jamais revivre, ce qu’on a ressenti, les émotions, c’était fou. Et pareil dans le château [là où logeait la délégation dans les sports cyclistes], de pouvoir croiser Alaphilippe à table ou Laporte… Même voir Ben Thomas gagner, si j’aurais bien aimé pouvoir courir aussi, c’était sympa de voir un mec que j’ai pu pousser peut-être un peu en prépa gagner dans son épreuve.
Donc en fait les Jeux, tu as recommencé à y croire fin 2022 ?
Oui, c’est ça. En fait, j’avais un peu renoncé à la piste et Steven Henry m’a réimpliqué là-dedans. C’est revenu petit à petit et l’hiver dernier, j’avais un niveau où je pouvais diriger la course et ça c’était nouveau. À Aigle, il y avait une classe 1 où l’année d’avant, j’avais fait 5e, c’est Donavan Grondin qui avait gagné. Là cette année, j’ai pris quatre tours dans la course aux points, soit près de 200 points dans un omnium, ce qui ne doit pas être loin d’être un record.
« J’aimerais bien gagner ou être sur le podium »
Dans une série d’articles réservés aux potentielles surprises françaises aux Jeux, on avait évoqué que ta sélection serait une surprise en soi, en précisant que tu étais sans doute davantage programmé pour Los Angeles 2028. C’était aussi ton impression ?
C’est vrai que j’attendais une décision de l’UCI pour savoir si j’avais le droit de les faire donc jusqu’à ce moment-là, j’avais peut-être renoncé à l’idée d’y être. En revanche, même s’il n’y avait pas eu les Jeux, je garde le même niveau d’entraînement et de focus, que ce soit pour les Jeux, des Championnats du monde ou une Coupe des Nations. J’ai juste envie de performer et de tout faire pour y arriver.
Il y avait une soirée il y a quelques jours au Vélodrome pour la fin de carrière de Quentin Lafargue, et il parlait de toutes ses émotions et il disait : « tu penses que tu as plein de temps et à un moment, tu te retournes et tu regardes dans le miroir et tu as 28 ans, 30 ans et puis fin de carrière ». J’ai cette perspective déjà de tout mettre à chaque fois dans le présent plutôt que me dire « l’année prochaine, je serai meilleur, car je serai plus âgé ».
Tu fais partie d’une équipe réduite pour les Championnats du monde où il n’y aura que 9 Français engagés contre 16 cet été à Paris. Comment vis-tu l’idée de disputer tes premiers Mondiaux ?
C’est vrai que c’est bizarre, quand on se retrouve à table par exemple, c’est plus petit. Clément Petit et moi, ce sont nos premiers mondiaux alors que les autres, ils sont plus âgés, ils ont plus d’expérience. Ils ont plein d’ambition comme nous, mais ils connaissent déjà le cadre, tandis que pour nous deux, c’est aussi une opportunité de se montrer. Bien sûr que j’aimerais bien gagner ou être sur le podium, mais si je peux montrer ce que j’ai fait à Hong Kong par exemple ou aux Europe et aux France aux Mondiaux, ça va me donner beaucoup de joie déjà.
En endurance, vous ne serez que deux, avec Clément Petit. Quel sera ton programme la semaine prochaine ?
Clément fera la course aux points, le scratch et l’Américaine et moi, je fais l’omnium et l’Américaine. La course aux points étant juste avant l’omnium, c’était compliqué aussi de faire les deux.
Physiquement, comment qualifies-tu ce programme (omnium le samedi, Américaine le dimanche) ?
Il faudra être le plus fort en fait, mais il y a beaucoup d’équipes qui ne vont pas mettre les mêmes hommes sur l’Américaine et sur l’omnium. Par exemple, Ethan Hayter ne va pas faire l’Américaine après l’omnium.
« Je me place un peu dans cette catégorie de mecs qui veulent prendre leur place dans ce monde de pistards »
En janvier, tu as décroché la médaille de bronze aux Championnats d’Europe sur la course aux points. Tu retrouveras au Danemark de nombreux médaillés des derniers championnats d’Europe comme Ethan Hayter justement, Niklas Larsen ou Tobias Hansen. Quels sont les objectifs que tu te fixes ?
C’est vrai que Niklas a été super impressionnant aux Europe [or sur la course aux points, argent sur la poursuite par équipes et l’omnium]. Ethan Hayter aussi même s’il est passé un peu au travers sur l’omnium des JO. Il y a aussi beaucoup de jeunes qui viennent après les Mondiaux, car c’est le moment pour eux de montrer leur niveau et passer un cap. Moi, je me place un peu dans cette catégorie de mecs qui veulent prendre leur place dans ce monde de pistards et qui peuvent prendre des médailles ou gagner sur des Championnats du monde. Et c’est drôle car Ethan et moi, on vient du même club à Londres.
Après, tu te classes dans cette catégorie, mais tu as l’avantage par rapport à d’autres d’avoir disputé les Championnats d’Europe aussi.
Oui, c’est vrai et d’ailleurs, il y a beaucoup de courses de classe 1 avant les Championnats d’Europe qui ne sont pas retransmises et sur lesquelles j’avais performé. Par conséquent, j’avais déjà pas mal de respect dans la course aux points avec plusieurs coureurs dans ma roue qui me regardaient.
Tu as également terminé 2e de l’omnium d’Hong Kong en Nations Cup en début d’année, derrière Aaron Gate mais en devançant des noms tels que Tobias Hansen encore ou Iuri Leitao et Sebastian Mora, deux titres et huit médailles aux Mondiaux à eux deux. J’imagine que c’est très bon pour la confiance, mais est-ce que cela te donne également un indicateur d’où se trouvent tes limites ?
Oui, c’était cool parce que cette courbe de niveau après les Europe et les France continuait de monter. Ça m’a vraiment donné envie de faire les JO et les Mondiaux, de garder cette courbe positive. Je parlais des courses de classe 1 pendant l’hiver, justement, j’en avais fait une avec Fabio Van den Bossche et Leitao qui avaient fini derrière moi et les deux ont fait un podium aux JO.
Si on laisse de côté l’omnium, quelle est la discipline dans laquelle tu te sens le plus à l’aise ou avec le meilleur potentiel ?
La course aux points ! Le côté, résister à la fatigue, être héros sur 45 minutes, utiliser un braquet plus grand que les autres…
Parlons un peu également de ta carrière sur route. Tu viens de rejoindre l’équipe Van Rysel-Roubaix dans laquelle on retrouve d’autres habitués de la piste, Thomas Boudat et Valentin Tabellion. Tes débuts comme stagiaire depuis cet été ont pris une tournure imprévue puisque tu t’es déboité l’épaule sur le Tour de Grande-Bretagne. Comment ça va désormais ?
Ca m’a vraiment fait mal ! C’est une des pires chutes de ma carrière. Je tombe et avec l’adrénaline, j’essaye de me relever et c’est là que je sens qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Après, je suis resté par terre et je n’arrêtais pas de hurler tellement ça me faisait mal. Depuis j’ai fait beaucoup de gainage et de musculation du haut du corps pour essayer de renforcer. Sinon on a fait un peu d’Américaine ces derniers jours à l’entraînement et ça allait.
Au sujet de la piste : « Être médaillé aux Jeux et gagner ! Tant que je m’amuse, je continue »
Plus tôt dans la saison, tu as remporté le Tour de la Mirabelle, une course de catégorie 2 (quatrième échelon). Vois-tu la route comme un objectif de carrière ou fais-tu passer la piste en premier lieu ?
La piste, j’aime beaucoup le cadre et j’aime beaucoup l’équipe qu’on a. Il n’y a pas du tout la même rémunération que sur la route. Donc depuis toujours, il y a ce côté où il faut être pro sur la route ou au moins le tenter pour faire de la piste plus longtemps. Gagner des courses sur la route, ça arrive moins souvent que sur la piste, mais c’est évidemment un plaisir aussi sympa. Quand j’ai gagné La Mirabelle, c’était un travail d’équipe, on était tous vraiment heureux, c’était vraiment spécial. Donc si je continue sur la route l’année prochaine, c’est dans le but de rester pro, de performer. La piste, ça reste un objectif évidemment : faire les JO et être médaillé aux Jeux et gagner. Tant que je m’amuse, je continue.
Qu’est-ce que la route t’apporte concrètement pour la piste ? Ou inversement ?
Les deux apportent un groupe différent de personnes pour performer. Quand d’un côté, je suis frustré, je peux relâcher de l’autre côté. Après, il y a le côté technique : la route, ça apporte pas mal d’endurance et de résistance à la fatigue. Il faut frotter tout le temps aussi. La piste, ça apporte tout le côté où il faut rouler vite. Tout le travail en aéro avec le temps dépensé en soufflerie. Souvent, je suis assez bon en chrono grâce à ça. Sur la piste, il faut savoir gérer son effort puisqu’il n’y a pas de capteur, pas de chrono, et donc ça m’aide.
Sais-tu déjà où tu seras en 2025 ou as-tu quelques pistes ?
Normalement oui, mais je vais attendre de signer le contrat et je l’annoncerai.
On entend beaucoup parler d’héritage des Jeux Olympiques. Dans le cas de ton sport, s’il devait y avoir un avant et un après Paris 2024, quel serait-il selon toi ?
Ce qu’on a gagné avec les Jeux, c’est le côté scientifique : on a étudié beaucoup de choses pour savoir faire la meilleure poursuite, gérer un omnium. Après, il y a tout le côté matériel. On a aussi des contacts à Tignes maintenant : on sait désormais faire des stages en altitude.
Mais je crois que le plus important, je pense pour la France, c’est qu’il y a des enfants qui ont envie de faire de la piste, d’être comme Benjamin Thomas, de faire les JO et de gagner comme lui, comme ça dans 10 ans, 12 ans, cette génération, elle renforcera l’équipe et contribuera à ce que la France soit un pays de sportifs. Les Jeux de Londres, c’est un peu ce qui a motivé cette génération de sportifs : à chaque fois, on voit des nouveaux Anglais apparaître sur la route ou sur la piste.
Nouvel épisode dans la série des Français qui peuvent surprendre aux JO : ajout du portrait d’Oscar Nilsson-Julien (cyclisme sur piste). La très grosse côte de cette série : le Français, tout juste naturalisé, n’a que d’infimes chances d’être présent à Paris cet été. #JO2024 ⤵️ https://t.co/WaqGOzPCw1
— Victor CLOT-AMIOT (@VictorClotAmiot) March 12, 2024


