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Rugby à XV

Pro D2 : Le RC Vannes a mis la Bretagne sur la carte du rugby français

Etienne Goursaud

Publié le

Pro D2 Le RC Vannes a mis la Bretagne sur la carte du rugby français
Photo Icon Sport

PHASE FINALE PRO D2 2022-2023 – Le RC Vannes se déplace à Oyonnax pour sa demi-finale de Pro D2. Sa 3e en 5 ans. Vannes a mis la Bretagne sur la carte du rugby français. En devenant le premier club breton professionnel en rugby. Une réussite pour un club historique et qui a su fédérer supporters et partenaires autour de son projet.

La bonne année pour le RC Vannes ?

Une ascension rapide

Promu en 2016, le RC Vannes a su gravir les échelons très rapidement. Après deux premières saisons d’apprentissage et un maintien acquis aux dernière et avant-dernière journées (11e et 10e), les Vannetais sont montés en puissance. Avec une 4e place lors de l’exercice 2018-2019 et une première demi-finale à la clé : défaite contre le CA Brive (20-40). La saison suivante a été arrêtée par la Covid, mais dès 2020-2021, lors d’une saison marquée par le huis clos Covid, le RC Vannes progresse. Et termine 2e du championnat. Mais les Bretons tomberont sur leur pelouse, pour un petit point face au BO, qui retrouvera éphémèrement le Top 14 (33-34).

Un échec à domicile qui a laissé quelques traces, car le début de la saison 2021-2022 a été très compliqué. Longtemps en danger, la fin de saison donnera un peu d’air aux Vannetais, et ils terminent à la 11e place. Cette année, ils ont pris la 5e place et ont été battre Nevers au Pré Fleuri (20-17), pour s’offrir le droit de défier Oyonnax. « Faire sa troisième demi-finale en cinq saisons, cela montre que le club est bien établi dans ce championnat de Pro D2 et sur la partie haute », nous confie Martin Michel, directeur général et ancien joueur du RC Vannes.

Oyonnax, le favori

« Aujourd’hui, on n’a jamais passé ce cap des demies », rappelle Martin Michel. Et ce déplacement à Oyonnax sera un énorme morceau, chez une équipe qui a survolé le championnat, avec 111 points, deuxième plus gros total de l’histoire de la Pro D2. « Oyonnax sera le favori. Et le déplacement là-bas cette saison, avait été compliqué (NDLR : défaite 56-7) ». Outsiders, les Vannetais vont vendre chèrement leur peau « On n’y va pas en victime et on va défendre chèrement notre peau, avec nos armes ».

Vannes peut s’appuyer sur l’exemple de Mont-de-Marsan, seule équipe à avoir fait tomber Oyonnax à domicile, au terme d’un match très serré qui a vu les Montois s’imposer d’un point (25-26).

Vannes a su faire changer les regards

« On est passé d’un capital curiosité à une vraie crédibilité »

Mais voir Vannes à deux matchs du Top 14, c’est déjà une sacrée réussite pour les Bretons. Le RCV est devenu en 2016, le tout premier club breton à entrer dans l’ère professionnelle. Dans un rugby qui a encore un fort accent du sud-ouest, les Vannetais font partie des tous premiers émergents. Ils seront imités par des clubs comme Nevers, qui les rejoindra la saison suivante, mais aussi un peu plus récemment le Rouen Normandie Rugby. Forcément, Vannes a été vu comme une attraction : « Il y avait un capital curiosité et sympathie », reconnaît Martin Michel.





Mais l’attraction est rapidement devenue un club légitime à cet échelon-là, grâce à ses résultats. « On a gagné une vraie crédibilité dans le championnat professionnel. Les équipes viennent à Vannes, dans un stade de la Rabine qui est la plus grosse affluence de Pro D2. C’est une motivation pour nos adversaires de venir jouer à la Rabine. Je pense que les regards ont changé. Mais on sait que dans le sport, il y a des cycles. Il faut garder la démarche d’humilité et de travail ». Humilité et rigueur, les maîtres mots du RCV.

De longs déplacements pour le RC Vannes

Comment expliquer cette transformation ? « Le club a toujours performé sportivement. L’équipe de Fédérale 1 n’était que le 8e budget, l’année de la montée. Mais sportivement, l’équipe est allée la chercher. C’est dû à des générations de joueurs qui se sont beaucoup investies. À des staffs également. Avec des démarches de travail et une volonté de progresser ». Le RCV a ainsi su mettre le rugby breton sur la carte de l’ovalie tricolore, d’un territoire ancré historiquement dans le foot et le cyclisme, avec de nombreux clubs et coureurs professionnels. « On est heureux que le rugby fasse sa place dans ce qu’il se faisait de mieux dans l’Hexagone ».

Et bouleverser un peu l’ordre établi. Ce qui pose d’ailleurs quelques soucis logistiques : « Les déplacements sont très longs. On vient d’enchaîner Grenoble et Nevers. Là, nous allons à Oyonnax. Et si par bonheur, on gagne, on ira à Toulouse. On vous laisse imaginer un peu », explique Martin Michel. En Pro D2, les équipes les plus « proches » sont le SA XV à Angoulême, et Rouen. Des déplacements de plus de 4 heures tout de même. « Je pense que les gens sont heureux de nous voir arriver. On apporte un nouveau regard, des nouveaux projets sur des nouveaux territoires ».

« Le développement du rugby passera par la conquête de nouveaux territoires »

Malgré tout, difficile de se faire sa place. « Il faut grandir dans la gouvernance de la Ligue et de la Fédération. Pour que le rugby du nord de la Loire ne soit plus une exception. Je reste persuadé que le rugby peut trouver des nouveaux terrains et son développement passera par la conquête de nouveaux territoires. Il faut une meilleure répartition du rugby pro », confie Martin Michel. Mais, comme partout, difficile de faire avancer les choses. « C’est à chaque club, porté par les collectivités et les partenaires, d’avoir la volonté de porter un club au plus haut niveau. Mais la tâche est plus ardue, on va dire ».

« On va sur des pré carrés avec des bastions établis, pas enclins à laisser leur place. Ce ne sont pas des résistances. Mais certaines règles et certains arbitrages tendent peut-être à garder un certain conservatisme », regrette le directeur général du RC Vannes.

Le RC Vannes a réussi à fédérer autour de son projet

Martin Michel s’est confié sur les affluences du stade de la Rabine. Meilleure affluence de Pro D2 et véritable antre de ferveur populaire : « Ce stade n’est pas forcément simple d’exploitation. Il est dans un ensemble de structures, dans un quartier protégé au cœur de la ville. Ce n’est pas simple d’accès, mais les gens ont plaisir de se retrouver et à se passionner pour le rugby et devenir de vrais supporters. Ils ont découvert quelque chose qu’ils ne connaissaient pas forcément. Mais ont plaisir de voir les joueurs donner du spectacle. C’est un beau rendez-vous et une belle fête », se réjouit-il.

Une ferveur qui n’a pas attiré que les supporters. Vannes a su se développer. Pour devenir le 4e budget de Pro D2, avec plus de 12 millions d’euros. « On a su donner les moyens à l’équipe d’être performante. Pour attirer des bons joueurs, mais aussi travailler dans de bonnes conditions. Le club a pu fédérer, autour de son activité, près de 400 partenaires ». Un véritable tissu économique qui a fait du petit poucet, 8e budget de Fédérale 1, lors de sa montée en Pro D2, un des clubs les plus puissants économiquement du deuxième échelon français.

De quoi être prêt pour le Top 14 ? On laisse Martin Michel répondre : « On travaille tous les jours pour progresser dans la hiérarchie du rugby français. Si une épopée se crée et qu’un groupe de joueurs va monter, grâce à ses performances, on saisira l’opportunité. Maintenant, est-ce qu’on a les standards d’un club de Top 14 ? Non. Il faut travailler pour cela et être prêt un jour ».

Mais au final, il n’y a qu’une vérité, celle du terrain. Et le RC Vannes est à 160 minutes d’un grand bonheur. Même si ce samedi, la marche sera très haute.

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