Rugby : La crise de l’emploi frappe de plein fouet les joueurs du championnat d’Angleterre
PREMIERSHIP 2021/2022 – En raison de la pandémie de Covid-19, Premiership Rugby a décidé de baisser le salary cap des douze équipes participantes au championnat d’Angleterre jusqu’à la saison 2023/2024. Pour la prochaine saison, il sera de 5 M£ contre 6.4 M£ cette saison, afin que les clubs puissent retrouver une situation financière saine. Cette mesure touche radicalement plusieurs joueurs du championnat, qui se retrouvent démunis d’opportunités à l’issue de la saison actuelle.
Le rapport publié par The Rugby Players Association, le syndicat représentant les joueurs de rugby évoluant en Angleterre à un niveau professionnel ou semi-professionnel, fait froid dans le dos. À l’issue de la saison sportive, près de 70 joueurs évoluant en Premiership se retrouveront sans emploi. Selon le syndicat des joueurs, ce sont vingt joueurs supplémentaires qui se retrouvent dans le flou concernant leur avenir sportif par rapport à l’an dernier. Quelles sont les raisons de cette crise de l’emploi ?
Le salary cap n’a jamais été aussi peu élevé en Angleterre
Tout d’abord, et c’est l’élément le plus important pour expliquer ce nombre croissant de joueurs chômeurs, la crise sanitaire a eu des effets terribles pour les finances des clubs. Des recettes de billetterie et de merchandising quasi nulles, des coûts qui n’ont pas diminué, puis cette annonce effectuée par la Premiership Rugby, annonçant que le salary cap pour la prochaine saison allait être abaissé de plus d’un million de livres sterling (6.4 M en 2021/2022, 5 M en 2022/2023). Par conséquent, les dirigeants et les managers des douze clubs se sont retrouvés dans un casse-tête économique pour arriver à constituer une équipe compétitive, tout en respectant ce nouveau salary cap. Avec la crainte d’une perte de points ou de rétrogradation sportive en cas de dépassement (comme les Saracens la saison dernière).
Conséquence directe, plusieurs joueurs ne seront pas conservés dans leur effectif la saison prochaine. Prenons l’exemple des Sharks de Sale, réputés ces dernières saisons par leur faculté à recruter des internationaux sud-africains. Faf de Klerk, Rohan Janse van Rensburg, JP du Preez et Lood de Jager quitteront tous Manchester à l’issue de la saison. Le club n’est plus en mesure de payer leurs contrats très couteux financièrement. La situation est équivalente chez les Wasps, qui laisseront partir Vaea Fifita, Malakai Fekitoa ou Jeff Toomaga-Allen.
Sur les deux prochaines saisons, les patrons et les managers de clubs savent pertinemment que le championnat d’Angleterre ne sera pas aussi compétitif que le Top 14, ainsi que les provinces de la Ligue Celtique. Rappelons que pour la saison prochaine, le salary cap en Top 14 sera de 10 M€, contre 5,8 M€ en Angleterre, ces deux championnats étant considérés comme les plus relevés sur le plan qualitatif à l’échelon européen. L’ensemble des dirigeants des clubs anglais espèrent un retour à la normale sur la saison 2023/2024, pour que leurs clubs soient de nouveau compétitifs sur la scène continentale.
Sale director of rugby Alex Sanderson feels the reduction of the Premiership salary cap is making it harder for English teams to compete in Europe ⤵️https://t.co/bmtttCLvap pic.twitter.com/wfE0bOaPUf
— The Rugby Paper (@TheRugbyPaper) May 9, 2022
70 joueurs au chômage à l’issue de la saison
Les premiers touchés par cette baisse du salary cap sont principalement les joueurs. Le montant des offres de contrat a chuté drastiquement, certains joueurs se sont vus proposer des offres de 25.000 £ par an, soit un montant en-dessous du salaire moyen en Angleterre. D’autres réfléchissent déjà à une reconversion, estimant que le rugby n’était seulement qu’une étape de leur vie professionnelle. C’est le cas notamment de Nick Auterac, pilier passé par les Saracens, Bath et qui a évolué cette saison chez les Saints de Northampton. Interrogé par le média anglais, le Daily Mail, le pilier s’est retrouvé dans le flou du haut de ses 29 ans.
En janvier, on m’a annoncé que je n’allais pas être conservé. Je ne m’attendais pas vraiment à ce que ce soit ma dernière saison, mais pour le moment, il n’y a absolument rien, aucune proposition du club ni d’autres équipes. Je veux continuer à jouer, mais dans l’état actuel des choses, je sens que je suis proche de la fin de ma carrière. C’est difficile parce qu’à 29 ans, j’arrive sans doute au sommet de mon niveau en tant que rugbyman professionnel. Je suis dans le rugby depuis l’âge de 15 ans et plus on vieillit, plus on se rend compte que c’est un véritable business. Il y a un aspect financier à cela et nous serions naïfs de penser que la diminution du plafond salarial n’aurait pas d’impact. La pression est sur les joueurs que je qualifierai comme standardisés, comme moi, pas sur les gros joueurs et les superstars. J’aime le rugby et tout ce qu’il a fait pour moi, mais vous ne pouvez pas forcer une situation qui n’existe pas. Si je ne trouve aucun club à l’issue de la prochaine saison, je me dirigerais alors vers une carrière indépendante dans l’industrie de la musique. Je suis vraiment passionné par la production musicale.
Depuis plusieurs saisons, et le fiasco de la Coupe du monde 2015 disputée à domicile, la Fédération Anglaise a mis le paquet sur la formation des jeunes joueurs et sur le développement des académies, partout dans le pays. De ce fait, et à ce jour, les clubs préfèrent proposer des contrats professionnels à des jeunes espoirs, parfois pas totalement complets en tant que rugbyman, plutôt qu’à des joueurs de 32 ou 33 ans qui sont plus chers, mais plus expérimentés. Des joueurs comme Mike Brown, Marcus Watson, Rob Miller ou Luther Burrell ont pourtant des CV XXL, avec plusieurs sélections et apparitions en sélection nationale ou en compétitions européennes. Insuffisant pour trouver un contrat digne de leur standing.
SPECIAL REPORT: Premiership Rugby facing an escalating jobs crisis with record numbers of players set to find themselves out of work | @Nik_Simon88 https://t.co/huy5TPp1r1
— MailOnline Sport (@MailSport) May 29, 2022
Quelles portes de sortie pour ces joueurs ? En Top 14, les clubs sont plus attirés par les JIFF afin de respecter les quotas. Par le passé, et même si Joel Kpoku a rejoint le LOU en provenance des Saracens en cours de saison, les joueurs anglais sont réticents à l’idée de traverser la Manche. Le CV des deux frères Vunipola, Mako et Billy, tournent dans les clubs de Top 14, mais à ce jour, ils n’ont pas trouvé preneur.
Dans la Ligue Celtique, désormais United Rugby Championship, les clubs préfèrent faire confiance aux joueurs nationaux pour développer le vivier de la sélection nationale. Enfin, il reste également la League One Japonaise, où plusieurs joueurs issus de l’hémisphère Sud effectuent des piges de deux ou trois saisons. Les clubs japonais se tournent alors vers des joueurs provenant du Super Rugby, comme Damian McKenzie, Samu Kerevi ou Marika Koroboite pour ne citer qu’eux. Bref, il ne fait pas bon être joueur de rugby en Angleterre.


