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Cyclisme : Quelles sont les véritables chances de Tadej Pogacar sur Paris-Roubaix ?

Etienne Goursaud

Publié le

Cyclisme Quelles sont les véritables chances de Tadej Pogacar sur Paris-Roubaix
Photo Icon Sport

SAISON CYCLISTE 2025 – La présence de Tadej Pogacar désormais officielle sur Paris-Roubaix, la question se pose désormais sur ses chances de remporter l’Enfer du Nord. Une question qui, au vu de l’histoire de la course et de la façon de courir du Slovène, semble assez complexe.

Premier vainqueur sortant du Tour de France sur Paris-Roubaix depuis 1991

C’est désormais officiel. Tadej Pogacar (UAE Team Emirates-XRG) va s’aligner sur les routes de Paris-Roubaix le 13 avril prochain. N’ayons pas peur des mots, c’est un évènement majeur dans le monde du cyclisme. Il est le premier vainqueur sortant d’un Tour de France à s’aligner sur la course depuis 34 ans, et Greg LeMond, vainqueur du Tour 1990 et venu prendre la 55ème place de l’Enfer du Nord en 1991.

Point commun entre le Slovène et l’Américain ? Tous deux avaient gagné trois fois La Grande Boucle. On ne peut que souhaiter un meilleur destin à Tadej Pogacar, quand on sait que l’année 1991 a marqué le déclin du coureur américain. Dans l’histoire récente du cyclisme, il n’y a guère que Bradley Wiggins, vainqueur du Tour 2012, qui a participé à Paris-Roubaix après son sacre. C’était en 2014 et 2015, avec une belle 9ème place lors de sa première tentative.

La caravane s’affole, et on annonce déjà un duel brûlant avec Mathieu van der Poel (Alpecin-Deceuninck). Le Néerlandais, vainqueur sans concurrence du Tour des Flandres et de Paris-Roubaix en 2024, va retrouver cette fois-ci le Slovène sur sa route, lors des deux Monuments flandriens. La première passe d’armes cette saison a été exceptionnelle, entre les deux hommes. Avec une victoire de « MVDP » sur Milan-San Remo. Le Slovène et le Néerlandais en sont à sept Monuments chacun, plus un Championnat du monde. Et cette impression que, si l’un n’est pas là, l’autre va forcément lever les bras avec facilité.

Tadej Pogacar trop léger pour l’Enfer du Nord ?

La question qu’on peut, et qu’on doit même se poser, est celle des chances de Tadej Pogacar sur l’Enfer du Nord. Il fait partie des rares coureurs qu’on pense capable de remporter les cinq Monuments (Milan-San Remo, Tour des Flandres, Paris-Roubaix, Liège-Bastogne-Liège et le Tour de Lombardie). Pour l’heure, malgré quatre tentatives, « MSR » se refuse à lui. Tandis qu’il n’a pas encore mis les roues entre Compiègne et Roubaix. Quatrième du Tour des Flandres en 2022 et vainqueur du Ronde van Vlaanderen l’année suivante, on peut croire que la suite logique est de remporter assez rapidement l’Enfer du Nord. Après tout, bon nombre sont ceux qui ont remporté les deux courses. Le dernier en date est donc Mathieu van der Poel. Mais les choses ne sont pas si simples.

La première variable qui pourrait handicaper le Slovène, c’est son poids. Selon les données de Pro Cycling Stats, Tadej Pogacar émarge à 66 kg. Un poids plume sur les lourds pavés du Nord. Le dernier vainqueur de Paris-Roubaix faisant moins de 70 kg, semble être Andreï Tchmil, vainqueur en 1993, avec 67 kg sur la balance, selon les informations du Docteur Jean-Pierre de Mondenard, spécialisé dans le cyclisme, qui avait dressé un portrait robot du vainqueur type de Paris-Roubaix entre 2001 et 2016. Un coureur qui pèse 78.9 kilos. Soit 13 de plus que le Slovène. Depuis 2016 cependant, des coureurs un peu plus légers ont pu triompher. Greg Van Avermaet pesait 75 kilos lors de sa victoire en 2017, Philippe Gilbert 75 également en 2019, et Sonny Colbrelli 74 en 2021. Tandis que « MVDP », double tenant du titre, en pèse aussi 75 kg. Plus légers oui, mais encore loin des 66 kg de Pogi.

Le Slovène casse les codes du cyclisme

Néanmoins, toute la période analysée par le Docteur Jean-Pierre de Mondenard correspond à une autre époque du cyclisme. Une époque dans laquelle chacun avait sa spécialité. On retrouvait les Flandriens, les sprinteurs, les Ardennais et les coureurs de Grand Tour. Rares sont ceux qui pouvaient aller sur plusieurs terrains. Il y a bien eu Philippe Gilbert, vainqueur de quatre Monuments, mais lauréat d’un Tour de Lombardie bien moins montagneux que ceux des dix dernières années. On est entré dans une ère de coureurs polyvalents, à la Wout Van Aert (Visma Lease a bike) ou son coéquipier Matteo Jorgenson, ou même Neilson Powless (EF Education Easy Post). À tel point qu’on en est presque rendu à s’indigner de voir un Jonas Vingegaard ne cibler que les Grands Tours, alors que c’était la norme jusque-là.





Et qui d’autre que Tadej Pogacar, pour répondre à la définition de polyvalence ? Premier Tour des Flandres en carrière, pas d’expérience, il prend la 4e place, mais en ayant réalisé un très mauvais sprint final. On se souvient qu’il était tout proche de faire exploser Mathieu van der Poel, le futur vainqueur. L’année suivante, il ne laissera aucune chance à la concurrence sur les monts pavés. Le Slovène veut tout gagner en carrière, et se rapprocher d’un Eddy Merckx. Il a déjà révolutionné l’approche de certaines courses, avec des Grands Tours beaucoup plus offensifs, une capacité à être bon sur l’ensemble d’une saison. Et même rendre limpide une course imprévisible comme Milan San-Remo. Tempérament offensif, il peut aussi surprendre sur Paris-Roubaix.

Une première idée lors du Tour de France 2022

Quelques jours avant son sacre en 2023, nous nous posions la question des chances de Tadej Pogacar sur le Tour des Flandres. Une question à laquelle a rapidement répondu le Slovène. Si on est tous d’accord pour dire que les monts pavés du Tour des Flandres, dont certains dépassent les 15 %, ne sont pas les mêmes que les pavés presque tout plats de Paris-Roubaix, on a déjà eu une idée de la valeur de Tadej Pogacar, sur des pavés. C’était lors de la cinquième étape du Tour de France 2022, vers Arenberg – Porte du Hainaut. Porteur du maillot blanc, il avait attaqué et pris du temps sur tous les autres favoris. Un gain minime (13 secondes). On peut estimer que le Pogacar 2025 est une bien meilleure version que celle de 2022, notamment sur les pavés et dans la puissance pure.

Mais la performance du Tour 2022 est toutefois à nuancer. Les pavés du Tour ne sont pas ceux de l’Enfer du Nord. Pas de Trouée d’Arenberg, pas d’Orchies, pas de Mons-en-Pévèle et encore moins de Carrefour de l’Arbre, sans doute les quatre secteurs les plus mythiques de Paris-Roubaix. À cela s’ajoute un kilométrage pavé deux fois moins important qu’en avril, et une étape près de 60 kilomètres plus courte. Les favoris de Paris-Roubaix étaient en protection pour leurs leaders du classement général. On se souvient du travail fantastique de Wout Van Aert pour sauver la mise de Jonas Vingegaard. Malgré tout, le Slovène, qui a compté près de 40 secondes d’avance, avait fléchi dans le final, pour un gain presque nul, au vu des efforts enchaînés. Et on peut se dire que la répétition des pavés avait fini par l’user. Restera à savoir si la leçon a été bien apprise…

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