Le cyclisme féminin est-il devenu plus intéressant que le cyclisme masculin ?
CYCLISME SUR ROUTE – Après les deux courses des Strade Bianche, la question se pose de l’intérêt du cyclisme féminin par rapport au masculin.
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Une différence absolument saisissante ! Disputées le même jour, les Strade Bianche Donne et les Strade Bianche hommes ont offert deux images totalement différentes. Dans la course femmes, six coureuses ont abordé la Via Santa Caterina, juge de paix final de la course.
Une image jamais vue dans l’histoire de l’épreuve, que ce soit chez les hommes ou chez les femmes. Elise Chabbey (FDJ United-Suez) s’est montrée la plus véloce dans les pentes ! Deux heures plus tard, un scénario bien différent chez les hommes. Tadej Pogacar (UAE Team Emirates-XRG) réalisait un 4e numéro solitaire en cinq ans (il n’était pas là en 2023). Parti à 80 km de l’arrivée, le champion du monde n’a laissé aucune chance à ses adversaires.
Un suspense qui s’est considérablement réduit quand Tadej Pogacar ou Mathieu van der Poel sont seuls sur une course
Tadej Pogacar ouvre sa saison par une victoire. Depuis sa folle année 2024 — neuf victoires sur onze courses en 2024 (hors étapes), défait sur Milan-San Remo et le Grand Prix du Québec — et onze victoires sur 17 courses, avec la découverte de Paris-Roubaix (2e) et davantage de classiques disputées (dont le GP de Montréal où il laisse la victoire à Brandon McNulty). On notera une petite fringale sur l’Amstel Gold Race (2e) et une grosse claque reçue lors du contre-la-montre des Mondiaux. En 2023, il remportait déjà près de 50 % de ses courses, avec une fin de saison moins prolifique.
Du côté de Mathieu van der Poel, si la domination n’est pas aussi flagrante sur la longueur de l’année, sur les Flandriennes il est sans concurrence depuis 2023, hormis Tadej Pogacar. On se souvient de son doublé Tour des Flandres – Paris-Roubaix en 2024, deux courses dans lesquelles il a réalisé un numéro en solitaire de plus de 40 kilomètres. En 2026, il n’a pas changé ses bonnes habitudes, vainqueur dès sa reprise sur l’Omloop Nieuwsblad après un nouveau raid.
Du suspense quand ils sont ensemble, ou quand ils sont absents
Pour la première fois de l’histoire, ces deux coureurs se sont partagé les cinq monuments de l’année, tandis que Tadej Pogacar est le premier coureur de l’histoire à monter sur le podium des cinq monuments la même année. Un exploit que même Eddy Merckx n’a pas réalisé. Plus que la domination sur le palmarès, c’est la capacité des deux à s’isoler seuls en tête, à chaque fois de façon inéluctable, qui amène une certaine lassitude chez les suiveurs.
Hormis une fringale par an (Amstel Gold Race 2025, Lioran 2024), le Slovène n’est jamais revu quand il attaque. Par deux fois, il est allé décrocher le titre de champion du monde en attaquant à plus de 100 km. Par deux fois, il a attaqué à 80 km de l’arrivée sur les Strade Bianche.
Le problème chez les hommes, c’est que le cyclisme masculin n’offre réellement du suspense que lorsque Mathieu van der Poel et Tadej Pogacar sont ensemble sur une course ou absents tous les deux d’une course. Les deux ont offert des duels fantastiques sur Milan-San Remo, le Tour des Flandres et Paris-Roubaix en 2025, ainsi que sur la première semaine du Tour, arbitrés par Jonas Vingegaard, mais incapables de lever les bras. Filippo Ganna est aussi venu jouer les arbitres sur la Primavera.

À l’inverse, les deux autres Grands Tours, sans Tadej Pogacar, ont offert du suspense et des rebondissements en 2025. On pense à Simon Yates, qui renverse le Giro dans la dernière étape de montagne sur les pentes du Colle del Finestre. Mais aussi à une Vuelta dans laquelle Jonas Vingegaard a dû repousser les assauts de João Almeida jusqu’au bout pour s’imposer avec 1:16 d’avance sur le Portugais. En 2024, le Tour d’Espagne avait également offert du suspense avec Ben O’Connor, qui a longtemps gardé son maillot rouge avant de le céder à Primoz Roglic, alors que Pogacar écrasait le Giro et le Tour.
Le cyclisme féminin en plein essor
À l’inverse en 2025, hormis le Tour de France, dans lequel Pauline Ferrand-Prévot a mis une vraie claque à la concurrence dans le Col de la Madeleine (1:45 sur Sarah Gigante, 3:03 sur Demi Vollering), les exemples de démonstrations sur les grandes courses sont peu nombreux.
La Française a remporté Paris-Roubaix en partant à près de 30 km du but, mais a profité d’un certain marquage à l’arrière pour creuser les écarts et résister.
À l’inverse, on a vécu un Liège-Bastogne-Liège exceptionnel dans lequel le cœur des Français a vibré quand Cédrine Kerbaol s’est isolée en tête. La Bretonne a joué la gagne dans un final à quatre. Milan-San Remo, où Elisa Longo Borghini est reprise dans les dernières encablures par une Lotte Kopecky exceptionnelle pour propulser Lorena Wiebes vers la victoire. Un Tour des Flandres disputé également entre plusieurs coureuses. On n’a jamais assisté à une course pliée à 40 km de l’arrivée comme c’est trop souvent le cas chez les hommes sur les courses d’un jour.
Sur les Grands Tours, le Tour d’Italie a été intéressant, avec une Marlen Reusser favorite et finalement dominée par Elisa Longo Borghini.
De plus en plus de cadors, de plus en plus d’équipes bien armées
Longtemps critiqué pour cause de manque de densité, le cyclisme féminin voit émerger de plus en plus de championnes différentes. Exceptionnelle en 2023 (triplé ardennais et victoire sur le Tour de France), Demi Vollering est tombée sur une concurrence accrue.
Dominée sur les Ardennaises en 2024 et 2025 — que ce soit par Grace Brown, Kasia Niewiadoma, Kimberley Le Court ou encore Puck Pieterse — toutes ont dominé la reine néerlandaise. Également battue sur le Tour de France par Kasia Niewiadoma et donc « PFP » l’an passé.
De plus en plus de championnes, mais aussi de plus en plus d’équipes solides. Encore en 2023, la formation SD Worx-Protime dominait les pelotons. Une première et une deuxième place sur le Tour de France (Demi Vollering et Lotte Kopecky).
Depuis, la formation FDJ United-Suez est montée en puissance, devenant l’une des meilleures équipes du monde — si ce n’est la meilleure — en 2026. Mais ce n’est pas la seule à avoir progressé. La formation belge AG Insurance-Soudal Team a pu compter sur les révélations Kimberley Le Court et Sarah Gigante.

Encore le souci de la différence entre le World Tour et le reste
La formation Fenix-Premier Tech est montée sur le podium du Tour de France 2024 avec Pauliena Rooijakkers. Au fil des années, sans être encore au niveau des hommes, la formation UAE Team ADQ s’est installée parmi les meilleures équipes du monde.
Canyon-SRAM zondacrypto, Lidl-Trek, EF Education-Oatly, Movistar de la jeune Cat Ferguson et bien évidemment la Visma-Lease a Bike de « PFP » sont aussi de magnifiques écuries. Toutes ont des coureuses capables de gagner un monument.
Tout n’est pas parfait et il reste difficile pour les équipes hors World Tour d’exister dans un peloton souvent réduit à une trentaine d’unités dans les premières difficultés d’une course (notamment en montagne). Il existe encore un cyclisme à deux ou trois vitesses chez les femmes, ce qui contraste (hors Tadej Pogacar) avec un cyclisme plus homogène chez les hommes, où les immenses surprises peuvent encore arriver.
Mais le constat est clair : le cyclisme féminin offre de meilleurs scénarios que le cyclisme masculin depuis une grosse année, même s’il faut bien sûr nuancer le débat.


