Nous suivre
Cyclisme sur route

Célia Géry, un diamant aux multiples facettes

Etienne Goursaud

Publié le

Cyclisme - Célia Géry, un diamant aux multiples facettes
Photo Icon Sport

CYCLISME – Sacrée championne du monde espoirs de la course en ligne, Célia Géry confirme tout le bien que l’on dit d’elle depuis plus d’un an. Quelles sont les limites de la coureuse de la FDJ-Suez ? Quels formats de course peuvent lui convenir ? On fait le point.

À jamais la première ! Pour la toute première édition de la course en ligne U23, indépendante de la course élites, Célia Géry a été sacrée championne du monde de la course en ligne dès sa première année chez les Espoirs, à seulement 19 ans. Elle devient ainsi la quatrième lauréate depuis la création de la catégorie en 2022, succédant à Niamh Fisher-Black, Blanka Vas et Puck Pieterse, trois coureuses désormais bien installées au plus haut niveau international. Pieterse a même remporté la Flèche Wallonne cette année. L’histoire récente de l’épreuve montre qu’on ne devient pas championne du monde par hasard et que ce titre constitue presque toujours une étape vers une brillante confirmation.

De la caisse en cyclo-cross et déjà de belles promesses sur la route en 2025

Tout porte à croire que Célia Géry peut, à minima, suivre la trajectoire des trois championnes évoquées plus haut. Les amateurs de cyclisme et de jeunes talents parlent d’elle depuis plus d’un an. Son profil rappelle d’ailleurs celui de Puck Pieterse. Si la Néerlandaise s’est imposée comme l’une des meilleures vététistes au monde, c’est en cyclo-cross que la Française a commencé à se révéler. Championne du monde juniors de la discipline, elle a encore forgé sa caisse l’hiver dernier, n’hésitant pas à se confronter aux meilleures, quitte à encaisser quelques revers en Coupe du monde.

Des « claques » sur le papier, mais de vrais bénéfices pour la suite. « Je dois apprendre à ne pas me laisser faire et ça va venir avec le temps », confiait-elle fin 2024 à nos confrères de DirectVelo. Cette confrontation avec l’élite lui a servi une fois passée sur la route. Cinquième des Mondiaux juniors en ligne en 2024, elle a impressionné dès ses débuts sous les couleurs de la FDJ-Suez. Résultat : deux top 10 sur des semi-classiques bretonnes, dont une 4ᵉ place remarquée à la Pointe du Raz Ladies Classic, devant des références comme Victoire Berteau ou Eleonora Gasparrini.

La suite a confirmé son potentiel : un top 10 sur la dernière étape du Tour de Grande-Bretagne, puis une 4ᵉ place aux championnats de France élite en ligne, au cœur de la démonstration collective de son équipe qui a propulsé Marie Le Net vers le titre. Le point d’orgue est venu avec le Tour de l’Avenir, où Géry a remporté trois étapes et terminé 7ᵉ du classement général.

Célia Géry, une future Flandrienne ?

Ce titre mondial U23, décroché dès sa première année dans la catégorie et face à une opposition relevée, ouvre de belles perspectives. Jusqu’où peut aller Célia Géry ? Et quelles courses semblent taillées pour son profil ? La tentation de l’imaginer déjà sur le Tour de France est à écarter. Certes, son Top 10 au Tour de l’Avenir prouve sa régularité, mais elle a montré ses limites en montagne, terminant à plus de huit minutes d’Isabella Holmgren, la Canadienne qui n’a que huit mois de plus. Même sur le plan national, si Marion Bunel est légèrement plus âgée, c’est elle qui paraît davantage destinée à briller sur les courses à étapes. Rien n’empêche toutefois Géry de progresser dans ce domaine : son talent est multiple et la montagne pourrait un jour devenir une corde de plus à son arc.





Mais son terrain naturel pourrait bien se situer ailleurs : du côté des classiques flandriennes, et notamment du Tour des Flandres. Et ce n’est pas seulement parce que le circuit mondial de Kigali comportait quelques pavés que l’idée s’impose. En 2024, elle avait déjà remporté la version juniors de l’épreuve, en battant Cat Ferguson, l’autre phénomène de sa génération. Si la Britannique a davantage explosé sur le devant de la scène cette saison, tout porte à croire que le Ronde peut aussi convenir parfaitement à la Française. Sa puissance s’est illustrée sur les côtes courtes et dans l’enchaînement des difficultés. À Kigali, au fil des tours, elle a su se bonifier dans la répétition des efforts, comme elle l’avait déjà démontré par le passé.

Son bagage de cyclocrosswoman lui apporte en outre une agilité précieuse sur les pavés. Un atout indéniable quand on sait que la technique fait souvent la différence dans le final. Et nul doute que Mathieu van der Poel, triple vainqueur du Tour des Flandres, validerait ce constat.

D’autres grandes classiques dans son viseur

Même si Célia Géry n’a pas un grand gabarit, l’histoire récente du Ronde prouve que cela n’est pas un frein. Tadej Pogacar l’a démontré chez les hommes, tandis que Pauline Ferrand-Prévot a terminé 2ᵉ du Tour des Flandres 2025 avant de s’offrir une victoire historique sur Paris-Roubaix. Deux autres courses semblent également taillées pour la Française : le Trofeo Alfredo Binda et la nouvelle version féminine de Milan-San Remo, inaugurée cette année. Des épreuves d’usure où la victoire se joue souvent au sein d’un groupe réduit de 5 à 20 coureuses. Sur le Tour de l’Avenir, on a vu que dès que les sprinteuses pures étaient décramponnées, Géry se révélait imbattable dans des sprints massifs de 30 à 50 concurrentes.

Reste un obstacle majeur : Lorena Wiebes, toujours référence mondiale du sprint à seulement 26 ans. Pour la battre, Célia Géry dispose toutefois d’une arme précieuse : son sens tactique. À Kigali, elle ne s’est jamais affolée et a systématiquement sauté dans la bonne roue, celle de Viktória Chladoňová, qu’elle a finalement devancée sur la ligne. Une intelligence soulignée par son premier entraîneur, Camille Chancrin, dans ICI Ardèche : « Une fois qu’elle a un dossard dans le dos, elle devient une autre personne. Elle est imbattable. Elle a une intelligence tactique incroyable ».

La coureuse le confirme elle-même : « Je suis partie deux fois en échappée avec Chladoňová, je voyais qu’elle me faisait vraiment souffrir sur les efforts longs, donc j’essayais de me canaliser. Mais au niveau de la pointe de vitesse, j’avais confiance par rapport à elle ». Une maturité et des promesses qui ouvrent de vastes perspectives. La FDJ-Suez pourrait bien avoir entre les mains un diamant capable de combler l’une de ses faiblesses actuelles : le secteur des classiques flandriennes et italiennes.

Clique pour commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *