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Chloé Trespeuch : « Je voulais devenir l’athlète capable de gagner le gros globe »

Etienne Goursaud

Publié le

Chloé Trespeuch Je voulais devenir l'athlète capable de gagner le gros globe
Photo Miha Matavz/FIS

SNOWBOARDCROSS – Entretien avec Chloé Trespeuch, qui vient de remporter le gros globe de cristal de sa discipline. C’est une première pour la rideuse de 29 ans, qui ne cesse de progresser, années après années. Elle se confie sur ce résultat d’une belle régularité, sur les difficultés liées à cette régularité et l’aboutissement que représente cette victoire. Elle évoque également la gestion de la pré-saison, mais aussi ses objectifs pour le futur. Double médaillée olympique, Chloé Trespeuch vise l’or olympique, lors des JO d’hiver 2026.

Chloé Trespeuch : « Il a fallu casser cette tradition de ne pas savoir gagner »

Ce gros globe, vous tourniez autour. Aller au bout, est-ce une forme d’accomplissement dans une carrière ?

Chloé Trespeuch : Complètement. C’est ce qui lui donne encore plus de valeur. C’est que je tournais autour depuis un moment. Il me faisait rêver, car c’est une grande valeur sportive. Il récompense l’athlète qui a été la meilleure sur toute la saison, qui a réussi à s’adapter et avoir la polyvalence sur tous les parcours. Qui a géré sa forme et les attentes. Quand on est maillot jaune, il y a beaucoup plus d’attentes. Tout cela me faisait rêver et je voulais devenir l’athlète capable de faire ça. Cela m’a motivé à remettre en question ma préparation physique, technique et à tout peaufiner pour travailler autant mes points faibles que mes points forts.

Le fait d’être souvent proche, sans jamais l’avoir, j’étais en train de me prouver que je n’étais peut-être pas forcément capable de gagner et qu’il y avait toujours quelqu’un de meilleur, de plus régulier, pour ce classement. Cette année, il a fallu casser cette tradition de ne pas savoir gagner. Se reconstruire mentalement pour repartir de zéro. C’est vraiment le fruit d’un travail à long terme et d’une remise en question à chaque saison. Pour tendre vers cette athlète polyvalente et régulière.

Est-ce que, au fil des manches, vous avez ressenti cette pression ?

J’ai eu des moments où cette pression était un moteur. D’autres moments, où en milieu de saison, j’ai enchaîné les chutes, j’ai commencé à me dire qu’il ne fallait pas que je loupe mes courses. Que je fasse des points. Ce n’était pas le bon état d’esprit. Dans ces moments-là, heureusement que le staff est là pour te remettre dans le droit chemin, qu’il ne faut pas assurer et ne pas avoir peur de prendre des risques. Qu’un de mes objectifs était aussi d’aller chercher des victoires. Et donc retourner dans cette volonté d’aller gagner chaque étape. Et seulement après, on regarde le classement par points. C’est dur de ne pas rentrer dans la dynamique où on veut assurer le maillot jaune.

Chloé Trespeuch : « L’impression d’avoir été plus sereine sur mes courses »

Ce cap franchi, il est plus physique ou mental ?

Je dirais que c’est un ensemble de détails. J’ai tout travaillé à chaque saison, donc techniquement, je progresse, physiquement, je progresse. Mais j’ai l’impression d’avoir été plus sereine sur mes courses et que j’avais beaucoup moins cette peur de mal faire. Croire en mes chances de victoire, cela change tout, car on met les intentions jusqu’au bout. On se persuade qu’on est capable de gagner. Et c’est qui me manquait un peu, parce que j’ai très peu gagné. J’avais un peu des doutes parfois sur mes chances de gagner. Ce sont des pensées inconscientes, parasites et c’est dur de s’en débarrasser.

Vous avez abordé la dernière manche, avec quasiment la victoire au bout. Quel était votre état d’esprit ?

La veille, quand j’ai compris cela, j’étais déjà émue. Quand on a fait le meeting avec les coachs, on a fait le calcul que c’était presque fait. Il y avait beaucoup d’émotions et la nuit n’a pas été top, avec l’excitation. Mais le lendemain, j’avais envie de bien finir et me battre pour une dernière victoire. Cela ne l’a pas fait, parce que je fais une faute stratégique en finale, qui me fait passer de 2e à 4e. J’ai réussi à avoir cette envie de gagner et de ne pas assurer. Je suis passionnée de compétition et je savais que c’était la dernière. Et que, pendant six mois, il n’y allait plus en avoir. J’avais envie de me donner toutes les chances et de ne rien regretter.

Le Graal pour Chloé Trespeuch, lauréate du gros globe de cristal en snowboardcross

Le Graal pour Chloé Trespeuch, lauréate du gros globe de cristal en snowboardcross – Photo Miha Matavz/FIS

Chloé Trespeuch : « J’essaye de m’inspirer d’autres sports pour toujours être plus complète »

C’est vrai que la saison est intense durant six mois, puis six mois sans rien. Comment le gérez-vous ?

Ce que je trouve le plus dur, c’est de garder cette même motivation pendant ces cinq mois d’entraînement. Je vais être en coupure en avril. Dès le mois de mai, on prépare le retour de la saison, mais on est très loin des objectifs. Et c’est la compétition qui me stimule. Cette partie « off » est dure à gérer et plus les années passent et plus, on peut s’endormir dans une routine. Avec une motivation qui s’effrite. C’est pour cela que j’ai à cœur de pimenter ma préparation physique, en mettant des défis. En faisant une compétition de trail, en faisant un semi-marathon. J’ai commencé les cours de tennis, pour rajouter un nouveau sport et avoir le plaisir d’apprendre de nouvelles choses et de développer des compétences.

Les réflexes, la qualité des appuis et la vision. J’essaye de m’inspirer d’autres sports pour devenir toujours plus complète, mais sans effriter ma motivation de faire toujours la même chose depuis 13 ans. La musculation est redondante, mais on est obligé d’y passer. C’est à moi de me trouver des petits challenges autour, pour pimenter mon quotidien et me donner envie de progresser physiquement.

Chloé Trespeuch : « Il y a plus de visibilité lors des JO »

Jouer un général de Coupe du monde, c’est plus usant physiquement ou psychologiquement ?

Je pense que cela a été plus dur mentalement, car physiquement, je pense que la préparation physique a été très bonne. On a bien géré les temps d’efforts et de récupération. Même si c’était excitant mentalement et c’est ce que j’aime. Ce challenge de garder le maillot jaune du début à la fin est énorme et est très prenant mentalement. On n’a pas le droit de se relâcher et j’avais à cœur de préparer chaque compétition de la meilleure des manières, pour limiter les chances de faire des mauvais choix. Il y avait beaucoup de visualisation. J’ai mon calepin dans lequel j’écris tous mes parcours, tout ce que je dois faire. Des petites choses en place, pour me mettre dans les meilleures conditions. Et je sais que je n’avais pas le droit de ralentir sur la préparation. Cela demande une grande implication émotionnelle et sportive et familiale. Mais cela vaut le coup.

Quel est le plus dur entre performer le jour-J et être régulière sur une saison ?

C’est différent. Les JO se préparent sur quatre ans. Et en quatre ans, on y pense. Soit, on a envie de rattraper une mauvaise olympiade et pendant quatre ans, on a envie de rattraper cette mauvaise olympiade. Soit, on a eu une médaille et on a envie de revivre ce moment et de se prouver que ce n’était pas du hasard et qu’on est capable d’être bon quatre ans après. Ce sont des pensées ancrées en nous durant quatre ans. C’est assez dur, mais challengeant. C’est une attente qu’on se met sur un jour. Avec la gestion du pic de forme sur ce jour-là.

Le globe est intense sur une saison. Il y a plus de visibilité sur les JO, avec un enjeu médiatique de mettre en avant notre sport, pour essayer de le développer. Parce que c’est important pour moi. On sait que pour la reconversion, être médaillée olympique, ça booste. La valeur sportive d’être bon, dans tous les parcours, est énorme aussi. Ce n’est pas facile de choisir.

Chloé Trespeuch : « Les filles du biathlon ont été tellement inspirantes »

On voit quand même que votre discipline est de plus en plus médiatique. Vous le ressentez en ce moment ?

Oui, cela progresse tous les ans. Les médias en parlent de plus en plus. Au vu des performances de notre équipe, cela aide. Il y a beaucoup de podiums, cela fait trois ans d’affilée qu’on a le globe de cristal des nations. Cela fait qu’on gratte de la visibilité et on se fait connaître auprès du grand public. Et notre sport est très télévisuel. Mais on peut toujours progresser. Un globe de cristal en ski alpin et un en snowboardcross n’aura pas la même visibilité, alors que c’est la même valeur sportive. Il y a encore un petit réajustement de visibilité à faire. Mais c’est un petit défi de plus.

Justement, on peut dire que les Français ont brillé cet hiver. Est-ce que, personnellement, cela vous motive de voir des Tricolores performer dans d’autres disciplines ?

Carrément. Dès que je peux, je regarde le biathlon. Les filles ont été tellement inspirantes. D’une régularité folle. J’adore ce groupe, car il y a une bonne dynamique, de la relève. Elles se tirent toutes vers le haut et c’est super à regarder. Ce sont des collègues, on est à l’armée des champions pour la plupart. On a des partenaires en commun et on fait partie de la même fédération. Cela crée une émulation et cela décuple les envies de faire la même chose le lendemain d’une performance française. En descente, Cyprien Sarrazin a prouvé qu’on était capable de faire de grandes choses sans être favori. Il a gagné avec son travail et son talent.

Chloé Trespeuch : « L’or olympique sera un gros objectif

Vous allez avoir 30 ans, est-ce que vous avez atteint la maturité dans votre carrière ?

Je ne suis pas sûre, car je suis persuadée que l’on peut toujours progresser, dans beaucoup de domaines. Et c’est dur de garder tout ce qu’on a acquis. Tout est remis à 0 à chaque saison. Ce que l’on a validé l’année précédente, il faut continuer de travailler pour l’avoir dans les acquis. Cette maturité, on ne peut pas l’inscrire dans le long terme.

Est-ce que l’or olympique devient votre principal objectif ?

Oui. Même si j’ai envie de revivre un gros globe de cristal. Bon, je dois déjà profiter de celui-là. On ne se lasse jamais et quand on voit la carrière de Pierre Vaultier, qui en a six, je pense qu’il a apprécié les six. C’est inspirant d’être capable de le renouveler. L’or olympique est le 2e grand objectif. Dans une olympiade en Italie, où il y a toute cette culture de la glisse et des sports d’hiver. Dans un endroit proche de la maison, qui permet d’avoir pas mal de soutiens. De la famille, des amis. C’est hyper motivant.

C’est vrai que ces JO, pour beaucoup de Français, notamment ceux habitants dans les Alpes, ils seront plus proches. Il peut y avoir beaucoup d’engouement.

Je pense que ce sera vraiment le cas, du moins dans le camp Trespeuch, c’est sûr (rires). Je pense qu’il y aura une bonne énergie française à capter. On le voit, à chaque fois qu’on fait une étape à domicile où presque et qu’il y a réellement un public qui est là pour nous, cela booste vraiment. La preuve, avec les coupes du monde cette année. Alessandro Haemmerle a remporté les deux courses chez lui en Autriche. Eliot Grondin a gagné les deux au Canada, je gagne les Deux Alpes. On sent que cela donne de l’énergie supplémentaire.

Journaliste et amoureux de sport. Ancien footballeur reconverti athlète quand ses muscles le laissent tranquille. Elevé à la sauce des exploits de Thomas Voeckler en 2004, du dernier essai de légende de Eunice Barber à la longueur lors des championnats du monde d'athlétisme de 2003 mais aussi Zidane, Omeyer et Titou Lamaison.

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