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Courses de légende #4 : La Barkley

Olivier Dobiezynski

Publié le

Courses de légende #4 La Barkley
Photo Barkley Marathons

Parc d’État de Frozen Head, Tennessee. Gary Cantrell, maître des lieux, organise chaque année à la fin du mois de mars une course dantesque et redoutée de tous, la Barkley. Une épreuve devenue incontournable dans le monde de l’ultra-endurance.

Bienvenue à Wartburg, bourgade d’à peine 1000 âmes entourée de forêts et de collines abruptes, au fin fond du Tennessee. Un village comme il en existe des milliers, mais un village dans lequel réside un certain Gary « Lazarus Lake » Cantrell, un homme qui connait le terrain comme sa poche et notamment le point touristique local, le parc de Frozen Head. Au milieu des années 1980, à la suite d’une discussion avec son ami Karl Henn, Gary évoque la fuite d’un prisonnier qui aurait parcouru quelques huit miles en 55 heures. Se moquant volontiers de sa cavalcade, les deux amis pensent pouvoir en courir au moins 100 sur un laps de temps similaire. Ainsi naquit l’idée de base d’une course, qui trouve l’origine de son nom d’un fermier des environs, Bill Barkley.

Un format inchangé depuis 1995

La première édition se tient en 1986 et treize coureurs en prennent le départ. À l’époque, il ne s’agit « que » de parcourir 55 miles (88,5 km) en 36 heures. Cependant, Gary Cantrell juge le format trop facile, car il y voit un trop grand nombre de finishers. L’idée qui germe dans la tête de l’atypique barbu est tout autre : la Barkley n’a pas pour vocation d’être terminée, ou alors par un tout petit ratio de participants. Il renforce ainsi la difficulté à l’extrême en 1990 en doublant la distance, mais personne ne réussit l’immense défi proposé en six éditions.

Finalement, Lazarus Lake trouve la bonne formule en 1995 : il s’agira de cinq tours pour 100 miles (170 km) et 18 000 m de dénivelé positif. Les coureurs disposent de 60 heures pour réaliser toutes les boucles, à raison de 12 heures par tour. La petite course originelle existe toujours sous la forme de trois tours à parcourir en 40 heures et porte ironiquement le doux nom de Fun Run.

Des traileurs face à un sommet de difficultés

Ce format atypique fait déjà de la Barkley une épreuve mythique et reconnue comme une des courses les plus difficiles du monde. Les coureurs font en grande majorité du hors-piste, sur des pentes abyssales, à l’aide d’une carte et d’une boussole. On ne tolère aucun GPS, mais des livres symbolisent les points de passage des coureurs. Il faut en extraire la page correspondant à son dossard pour prouver son passage, sous peine de disqualification immédiate. De plus, il n’y a aucune balise sur le parcours, pas plus que de postes de soins et de ravitaillement. Dans sa grande générosité, Cantrell a tout de même introduit deux points d’eau sur le parcours. Enfin, la météo est souvent froide et humide, et le terrain vraiment délicat à appréhender.

À noter qu’on ne peut parcourir le dernier tour à deux et l’organisateur fait partir les concurrents dans un sens, puis dans l’autre, à tour de rôle. Ainsi, en 30 ans, seuls 20 coureurs ont goûté aux joies de la ligne d’arrivée.





La Barkley, course aux nombreux symboles

L’épreuve américaine brille aussi par son originalité. Il n’y est pas question d’inscription, ni de business. Les dossiers, accompagnés d’une lettre de motivation, sont adressés à Gary Cantrell, dont les participants doivent eux-mêmes trouver le mail. Les frais d’inscription sont dérisoires (1,60$), mais les candidatures retenues très peu nombreuses, puisque 40 coureurs seulement prennent le départ chaque année. Après avoir reçu une lettre de condoléances comme acceptation, les participants doivent amener un présent à l’organisateur pour sa générosité.

Un autre symbole fort reste le moment du départ, car il peut être donné n’importe quand entre midi et minuit. Lorsque le son d’une conque retentit, le moment fatidique arrive. Le temps pour les coureurs de s’apprêter, Lazarus Lake allume sa cigarette et libère les 40 acteurs pour une longue excursion.

Une folle édition 2024 !

Alors que la course ne comptait que 17 finishers sur près de 2 000 coureurs depuis 1995, elle en a désormais trois de plus cette année ! Ils sont 5 à avoir terminé la course cette année. Grâce à une météo plus clémente, Jared Campbell et John Kelly ont ajouté une Barkley à leur palmarès (respectivement 4 et 3). Si la victoire est revenue à l’Ukrainien Ihor Verys, la sensation du cru 2024 s’appelle Jasmine Paris. L’Écossaise, 40 ans, devient la première finisheuse de l’histoire de l’événement. Une performance historique dans l’univers de l’ultra-trail. Quant à Aurélien Sanchez, vainqueur l’an passé, il a rendu les armes au troisième tour. Le Français déclarera ensuite : « Mais comment j’ai fait pour terminer ça l’an passé ? ».

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