Critiqué hier, incontournable aujourd’hui : la métamorphose de Matthieu Jalibert, chiffres à l’appui
TOURNOI DES 6 NATIONS 2026 – Matthieu Jalibert devrait être titulaire contre l’Irlande. L’aboutissement de nombreux progrès cette saison.
Sauf immense renversement de situation, Matthieu Jalibert devrait être titulaire le 5 février prochain contre l’Irlande, à l’occasion du premier match du Tournoi des 6 Nations 2026. À 27 ans, l’ouvreur de l’Union Bordeaux-Bègles va retrouver un rôle important avec les Bleus. Sa dernière titularisation avec le XV de France remonte au 8 février 2025, contre l’Angleterre, lors du Tournoi 2025. La France avait perdu dans les derniers instants (26-25).
Un match sans incidence sur le sacre final des hommes de Fabien Galthié, mais lourd de conséquences pour le Bordelo-Béglais, qui n’a ensuite plus disputé une seule minute dans le Tournoi. Sa prestation avait soulevé de nombreuses critiques, notamment sur le plan défensif. Il avait manqué cinq plaquages, dont deux ayant abouti à des essais anglais. Pourtant, avec le recul, tout n’était pas à jeter dans sa rencontre (nous lui avions attribué la note de 5/10).

Matthieu Jalibert, un début de saison très probant avec l’UBB
14 matchs, 8 essais inscrits et de magnifiques statistiques offensives cette saison
Offensivement, on connaît sa grande force et son apport. Son début de saison confirme tout le bien que l’on peut penser de lui : en 14 matchs, il a inscrit huit essais, dont quatre en quatre rencontres de Champions Cup, preuve qu’il répond présent lors des grands rendez-vous de l’UBB.
En Top 14, il est le joueur qui a réussi le plus de passes après contact (20), à égalité avec Damian Penaud, l’un des grands perdants de la liste des 42 de Fabien Galthié. On se souvient aussi de certaines fulgurances contre les Bulls, lors du premier match de Champions Cup. Il est également le joueur qui a cassé le plus de plaquages (51) – soit plus de cinq par match de championnat – et le deuxième joueur ayant parcouru le plus de mètres ballon en main (1158), et ce en seulement dix matchs. À titre de comparaison, Tom Banks (MHR), qui domine le classement, a joué l’intégralité des 14 rencontres de Top 14. Là aussi, on vous laisse faire le calcul de la moyenne par match de Matthieu Jalibert.
En Champions Cup, c’est également solide : 264 mètres parcourus ballon en main et 5e du classement à l’issue de la phase de poules (meilleur joueur du Top 14). Paradoxalement, ce n’est peut-être pas là qu’il devient le plus intéressant.
Excellent en club, Matthieu Jalibert tient une opportunité en or chez les Bleus. Mais son profil, radicalement opposé à celui de Romain Ntamack, suggère des ajustements pour une association avec Antoine Dupont. pic.twitter.com/zG6F4ZlRi7
— RUGBYRAMA (@RugbyramaFR) January 20, 2026
Des progrès défensifs évidents
On a évoqué les difficultés défensives de Matthieu Jalibert, souvent pointées du doigt depuis le début de sa carrière. Sans faire de bruit, l’ouvreur de l’UBB a vraisemblablement travaillé ce point faible depuis le début de la saison, et cela se ressent. D’après les données de Sofascore, en Top 14, il a réussi 50 de ses 71 plaquages tentés, soit 70 % de réussite.
Évidemment, ce n’est pas sa meilleure ligne statistique, mais c’est cinq points de pourcentage de mieux que la saison passée (77/117). Symbole de ses progrès, sa première mi-temps contre le Racing 92, conclue avec un 7/7 au plaquage. Si l’UBB avait fini par dérouler, elle avait considérablement souffert dans le premier acte, mais n’avait encaissé que 13 points malgré la domination francilienne.
🇫🇷 Bernard Laporte sur la charnière Dupont-Jalibert :
« Ne cherchons pas des problèmes là où il n’y en a pas. Quand tu associe deux joueurs de ce niveau, tu peux dormir tranquille. Je connais les deux hommes, ils vont s’entendre et bien jouer ensemble. »
🙏
Midol#XVdeFrance #UBB pic.twitter.com/ZgKhQLUWch— catourneovale (@catourneovale) January 23, 2026
Autre indicateur : l’ouvreur plaque davantage cette saison, avec déjà 71 plaquages tentés en 10 matchs de championnat. Matthieu Jalibert tente donc plus de plaquages et en réussit exactement cinq par rencontre. La saison passée, il tentait 6,15 plaquages par match, pour quatre réussis. Mine de rien, cela compte. Un (ou deux) plaquages manqués en moins contre l’Angleterre, et la France réalise peut-être le Grand Chelem. Autre statistique intéressante : il a déjà réussi huit plaquages dominants (où il fait reculer l’adversaire), contre quatre sur l’ensemble de la saison précédente.

En Champions Cup, c’est solide aussi (19/23, 82 % de réussite) et cela illustre son sérieux dans les matchs importants. 4/4 lors du dernier match contre Bristol, remporté 27-15. 9/12 contre Northampton, dans un match débridé gagné 50-28. 1/1 contre les Scarlets et 5/6 lors du premier match contre les Bulls.
Une meilleure gestion de l’occupation du terrain
Autre axe dans lequel Matthieu Jalibert a progressé : sa gestion des temps de jeu et de l’occupation du terrain. Souvent qualifié de « chien fou », parfois capable de relances exceptionnelles, mais aussi d’initiatives pouvant mettre son équipe sous pression, l’ouvreur combine désormais moments de génie et séquences plus pragmatiques.
Avec des coups de pied d’occupation franchement excellents, qui permettent à la fois de calmer le jeu, de faire souffler son équipe, mais aussi de remettre la pression sur l’adversaire, obligé de jouer des touches délicates dans son camp. C’est aussi cela, la force d’un ouvreur : savoir donner de l’air à son équipe.
Matthieu Jalibert, un match important pour lui contre l’Irlande ?
Cet ensemble de progrès l’a amené à retrouver une vraie opportunité en tant qu’homme fort de ce XV de France face à l’Irlande. Le forfait de Romain Ntamack pour le début du Tournoi (au minimum) a forcément favorisé ce retour et permis à Matthieu Jalibert de reprendre les clés de cette équipe de France. Un match important pour lui ? Forcément : il aura des responsabilités, et sa performance sera scrutée et analysée. Une contre-performance relancerait immédiatement le débat. À 18 mois de la Coupe du monde, ce Tournoi va sans doute dessiner des tendances au sein des Bleus.
Cela dit, d’autres joueurs porteront aussi la responsabilité du jeu. En premier lieu, les deux créateurs, Antoine Dupont, partenaire de Matthieu Jalibert dans la charnière. Mais aussi Thomas Ramos, arrière capable d’évoluer à l’ouverture et d’apporter sa touche au jeu des Bleus.
N’oublions pas que Matthieu Jalibert n’a que 27 ans. Même s’il venait à être moyen contre l’Irlande, il est difficile d’imaginer qu’il soit définitivement écarté. Même si la Coupe du monde se rapproche, il y aura encore des opportunités, y compris pour d’autres joueurs.

D’autres joueurs qui ont pu saisir leur chance
D’autres joueurs ont parfois été bousculés dans ce XV de France version Fabien Galthié. On pense à Damian Penaud, titulaire indiscutable lors du Tournoi des 6 Nations 2019 et pendant la Coupe du monde 2019, mais qui n’avait disputé qu’un seul match du Tournoi 2020, marqué par le retour en force des Bleus. Ce Tournoi, véritable bascule pour une équipe de France redevenue compétitive, aurait pu signer un point d’arrêt de la carrière internationale de l’ex-Clermontois.
Il était finalement revenu en force et s’est imposé comme l’un des joueurs emblématiques des cinq dernières années chez les Bleus, même s’il est davantage bousculé cette saison, non retenu dans le groupe des 42 pour préparer le début du Tournoi.


