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Cyclisme : Pourquoi les Belges n’y arrivent plus sur les Flandriennes

Etienne Goursaud

Publié le

Cyclisme Pourquoi les Belges n'y arrivent plus sur les Flandriennes
Photo Icon Sport

CYCLISME – C’est un fait, le cyclisme belge peine à briller sur les Flandriennes depuis une dizaine d’années, alors que le Ronde s’élance ce dimanche. Entre creux générationnel, mais aussi la mutation de la Soudal-Quick Step, la tendance peut-elle se renverser ?

Le cyclisme belge aurait-il perdu la clé sur les Flandriennes ? Pas de victoire sur le Tour des Flandres depuis 2017, pas de succès sur Paris-Roubaix depuis 2019. À chaque fois, le dernier lauréat se nomme Philippe Gilbert, venu décrocher les deux Monuments lors de sa résurrection avec la Quick-Step. Depuis, sur le Ronde, on a eu des victoires néerlandaises, italiennes, danoises et même slovène. Avec ce diable de Tadej Pogacar, venu chasser sur les routes des spécialistes. Sur l’Enfer du Nord, on a eu des victoires italiennes et néerlandaises. Si les Belges continuent de jouer placés (trois dans les huit premiers de Paris-Roubaix 2024 et deux dans les huit premiers du Tour des Flandres 2024), en aucun cas, un représentant du pays voisin de la France n’a pu peser une seconde pour la victoire.

Pire encore, ce constat s’élève à l’ensemble des classiques flandriennes. Deux victoires belges sur Gand-Wevelgem, lors des onze dernières années (en comptant celle de 2025, remportée haut-la-main par Mads Pedersen). Aucune victoire Belge sur À Travers La Flandre depuis 2018 et Yves Lampaert, tandis que le seul Wout Van Aert (vainqueur en 2022 et 2023) sauve les meubles des Belges, dans les années 2020, sur la E3 Saxo Classic. Mais quand on se penche un peu sur le palmarès de cette course, seuls Greg Van Avermaet (au cœur de son incroyable année 2017) et Tom Boonen (quintuple vainqueur) ont levé les bras sur l’épreuve Pire encore, aucun Belge n’est monté sur le podium cette année. Une hérésie, quand on connaît l’étroite histoire entre la Belgique et ses classiques.

 

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La réorientation de la Quick-Step

On peut légitimement se poser la question, tant le cyclisme est une institution en Belgique et l’enchaînement Tour des Flandres-Paris Roubaix vu comme une semaine sainte, de l’autre côté de la frontière. Mais c’est aussi dû à des changements stratégiques au sein de la formation Soudal-Quick Step. Jusqu’à la fin des années 2010, c’était l’équipe à surveiller au moment où les classiques flandriennes pointaient le bout de leur nez. Mais leur dernière victoire sur un des deux Monuments date de 2021, quand Kasper Asgreen s’était offert le scalp de Mathieu van der Poel sur le Tour des Flandres. On est loin de l’ultra domination, avec pas moins de huit succès entre 2005 et 2018 sur le Tour des Flandres et six succès sur Paris-Roubaix entre 2005 et 2019.

Sauf que, entre temps, un talent a émergé au sein de cette équipe et a changé la donne. Remco Evenepoel a pointé le bout de son nez dès 2019, avec un succès de prestige sur la Clasica San Sebastian, le tout à 19 ans et sur un profil bien loin des pavés flandriens. Rouleur-grimpeur et également excellent dans les profils ardennais, il suscite d’autres espoirs pour la Belgique. Ceux de remporter le Tour de France, qui échappe aux Belges depuis 1976, et le sacre Lucien Van Impe. Une hérésie quand on sait que les coureurs d’outre-Quiévrain ont remporté 18 fois le Tour entre 1919 et 1976. Seuls les Français font mieux avec 20 victoires. Vainqueur de la Vuelta 2022, Remco Evenepoel est devenu le premier Belge à remporter un Grand Tour, depuis Freddy Maertens en 1977.

Et son premier Tour de France, en 2024, a été à la fois une réussite et porteur d’espoirs. Troisième du classement général final derrière Tadej Pogacar et Jonas Vingegaard. Certes loin du Slovène, mais cela reste prometteur. Et la Soudal-Quick Step ne s’y trompe pas. Le Wolfpack a recruté Mikel Landa en 2024 et le Français Valentin Paret-Peintre cette saison. À ceux-là s’ajoutent Mattia Cattaneo, James Knox, William Junior Lecerf, Mauri Vansevenant, Ilan Van Wilder et même Louis Vervaeke. On obtient une des plus belles équipes du WorldTour en montagne. Et les quatre derniers noms cités sont des Belges. Cela laisse forcément moins de place aux Flandriens.

Les Belges pas forcément leaders dans leur équipe

L’autre réalité, bien plus dure, c’est qu’en 2025, les Belges ne sont tout simplement pas les meilleurs sur les Flandriennes. La seule nuance qu’on peut apporter, c’est que dans l’éventualité où Wout Van Aert parvient à revenir à son meilleur niveau, il peut être dans les meilleurs. Ceci dit, le compteur de monuments flandriens du Belge est encore bloqué à 0 en 2025. Mais quand on pense pavés, on pense à Mathieu van der Poel, auteur du doublé Tour des Flandres-Paris Roubaix l’an passé, avec deux démonstrations à la clé. Et Tadej Pogacar, un des rares à contester la domination du Néerlandais, avec une victoire sur le Ronde 2023. On peut y ajouter un Mads Pedersen, excellent sur le Grand Prix E3 et vainqueur de Gand-Wevelgem.





Et si on revient sur le cas des deux extraterrestres, on s’aperçoit qu’ils ont tous les deux d’excellents coéquipiers, dont certains belges. On peut citer, chez Alpecin-Deceuninck, Jasper Philipsen, double deuxième de Parix-Roubaix. À chaque fois derrière son leader. Mais aussi Gianni Vermeersch, 6ème de Paris-Roubaix en 2024. Tous deux ont travaillé pour Mathieu van der Poel lors de l’Enfer du Nord, et tous deux pourraient être leaders dans d’autres formations. Mais ont-ils le niveau pour faire trembler MVDP si c’est le cas ? Ce n’est pas sûr. Du côté de la formation UAE Team Emirates-XRG, on peut citer Tim Wellens et Florian Vermeersch. Ce dernier a terminé sur le podium de Paris-Roubaix 2021. Mais idem, en leaders uniques, peuvent-ils être capables de faire trembler un Tadej Pogacar ? On peut en douter.

La Belgique possède encore des coureurs talentueux sur les pavés, c’est indéniable. Mais il n’y a plus ce crack, comme l’était un Philippe Gilbert, voire un Stijn Devolder. Et surtout Tom Boonen et Peter Van Petegem. Qui étaient toujours parmi les deux ou trois grands favoris sur les Flandriennes, quand ils s’élançaient sur une course. Et clairement, aucun d’entre eux n’a ce statut en 2025. Pas même un Wout Van Aert, surtout avec le doute grandissant qui envahit le coureur d’Herentals ces derniers temps, À Travers la Flandre ayant, une fois de plus, mis en avant les limites actuelles du Belge.

 

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