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Coupe du monde de biathlon 2021-2022

Émilien Jacquelin : « Je me concentre beaucoup plus sur les Jeux Olympiques »

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Émilien Jacquelin « Je me concentre beaucoup plus sur les Jeux Olympiques »
Photo Manzoni / Icon Sport

BIATHLON – Double champion du monde en titre de la poursuite, Émilien Jacquelin sera, une nouvelle fois, l’une des têtes d’affiche de l’équipe de France de biathlon cette saison. Sa blessure au bras et sa préparation perturbée, ses objectifs, le futur, l’Isérois a répondu à nos questions, à moins d’un mois de l’ouverture de la Coupe du monde.

Émilien, comment vas-tu à moins d’un mois du début de la Coupe du monde 2021-2022 ?

Ça va ! Je suis assez content, la forme revient bien. Je sens bien que je retrouve petit à petit mon niveau. Il y avait un peu d’appréhension après ma blessure du mois d’août, notamment concernant la forme physique et pour savoir si j’avais pris du retard par rapport aux autres. Ce que je remarque c’est que oui, en effet, j’ai un peu de retard par rapport aux collègues, notamment d’un point de vue musculaire, mais c’est en train de revenir gentiment, et je me pose moins de questions. Cela me permet de rester concentrer sur le tir.

Justement, en parlant du tir, j’ai lu que tu avais dû revoir ta façon de tirer, en raison de cette blessure au bras, sans que cela ait un mauvais impact sur ta précision. Peux-tu nous en dire plus ?

En effet ! La mobilité de mon poignet n’est pas encore optimale, ce qui fait que je ne peux pas tirer de manière naturelle sur le couché. Ce n’est toujours pas le cas aujourd’hui et par conséquent, j’ai une pièce qui est adaptée pour le tir couché. D’habitude, on vient placer notre main entre le pouce et l’index, mais cela crée trop de contraintes sur mon poignet. Par conséquent, je place ma main entre l’index et le majeur. Il faut savoir que l’on n’a jamais appris à tirer de cette façon depuis notre plus jeune âge. C’est un vrai challenge pour moi que d’essayer d’être régulier avec cette position que je vais garder cette saison. Jusqu’ici, tout va bien, que ce soit en entraînement ou en compétition, puisque j’ai fait un sans-faute lors des championnats de France sur les tirs couchés.

Cette saison va forcément être particulière, avec en point d’orgue, les Jeux de Pékin. Comment abordes-tu cet exercice 2021-2022 ?

En réalité, la blessure au bras fait que je me concentre beaucoup plus sur les Jeux Olympiques que la Coupe du monde. Alors bien-sûr que j’ai envie de performer sur les différentes étapes, et dans les années futures de jouer le classement général, mais je ne pense pas avoir eu la préparation optimale pour le faire dès cette saison. Et puis on connaît la grandeur des JO, de l’événement, c’est déjà un rêve d’enfant que d’y participer. Maintenant,  j’ai vraiment envie de revenir de Pékin avec au moins une médaille, ce serait un accomplissement, et encore plus avec les aléas de ma préparation.

Justement, en vue des Jeux Olympiques de Pékin, et selon le scénario de la Coupe du monde au mois de janvier, des impasses sont-elles envisageables ?

Je pense que ce sera du cas par cas pour ma part. Nous n’avons pas encore parlé de tout ça avec les entraîneurs, et je pense qu’il y a beaucoup à faire sur la Coupe du monde, à commencer par retrouver mon niveau, pour être le plus performant possible aux JO. Pour l’instant, ce n’est pas prévu. Après, cela pourrait être envisageable dans certains cas particuliers, et notamment si on ressent une légère fatigue. Il faut dire aussi que ce n’est pas quelque chose de traditionnel de faire ça en France : Martin Fourcade n’a par exemple jamais fait d’impasses avant les Jeux. Dans l’idée, pour le moment, le but est de tout courir.

Avant de parler d’impasse, il y aura l’étape du Grand-Bornand, qui sera de retour cette saison. On imagine que c’est une grande joie pour toi et l’équipe de France d’y revenir ?

Oui, vraiment ! L’an dernier, on n’a pas pu y venir à cause de la situation sanitaire. Mais c’est vraiment une belle fête et grande joie de courir à la maison. C’est vrai qu’on a moins l’habitude de le faire que nos homologues allemands ou norvégiens par exemple. Pour autant, je trouve qu’il y a vraiment une ferveur qui se dégage au Grand-Bornand, et ce n’est pas être chauvin de dire ça, puisque les autres nations adorent également y courir, notamment grâce à la grosse ambiance présente à chaque fois sur le site. Personnellement, j’y ai de fabuleux souvenirs, et j’espère en avoir d’autres au mois de décembre.

Sans parler de tes objectifs, qu’est-ce que ce serait une saison réussie pour toi ?

Au vu des circonstances et de ma préparation, retrouver mon niveau dès le début de saison serait une première réussite. Ensuite, ce serait de gagner des Coupes du monde et de revenir des Jeux Olympiques avec une médaille individuelle et collective, là, je serai très content de ma saison.

Tu parlais de la possibilité de jouer le classement général de la Coupe du monde lors des prochaines saisons. Selon toi, qu’est-ce qu’il te manque encore pour rivaliser avec un Johannes Boe durant toute une saison ?

De la régularité mentale je dirais. C’est-à-dire que je pense avoir les qualités pour jouer les premiers rôles lorsque je le décide, et notamment sur les courses d’un jour, car c’est ce qui me fait vibrer dans mon sport. Ma principale difficulté finalement, c’est de donner 100% de moi-même et de repousser mes limites à chaque course, que ce soit dans la difficulté ou la facilité. C’est ce qu’il me manque aujourd’hui, car pour jouer un classement général, il ne faut rien lâcher sur chaque course, et même sur chaque balle. Jusqu’à aujourd’hui, ce n’est pas le cas pour moi. Je n’ai pas encore cette capacité. Je travaille dans ce sens-là, mais c’est aussi une question de maturité. Je sens que j’évolue, maintenant, seul l’avenir me dira si j’en suis vraiment capable.

Avec le départ à la retraite de Martin Fourcade il y a 2 ans, il n’y a pas de leader naturel incontestable en équipe de France, mais bien deux têtes d’affiche avec Quentin Fillon Maillet et toi. Penses-tu pouvoir prochainement remplir ce rôle, notamment en passant un autre grand cap cette saison ?

Je ne sais pas. Je pense qu’être leader, ça se fait naturellement. Quentin (Fillon Maillet), par exemple, a à cœur d’être le leader de l’équipe, de par son âge et son palmarès. On a deux profils différents je pense, lui est beaucoup plus régulier, et il lui manque pour l’instant la toute petite chose pour aller chercher des titres, alors qu’il en a bien-sûr les capacités. À l’inverse, de mon côté, c’est sur les courses d’un jour que je brille pour l’instant, et moins sur la régularité. Après, que ce soit avec Quentin ou le reste de l’équipe, on se tire tous vers le haut. Le fait qu’il n’y ait pas de leader naturel, je ne pense pas que ce soit un problème au final.

Tout autre chose et pour aller plus loin, c’est vrai qu’une carrière de sportif de haut niveau, ça file vite. Tu n’as que 26 ans et de belles années devant toi. Néanmoins, as-tu déjà pensé à ton après carrière ? Te verrais-tu entraîner par la suite ?

Ce qui est sûr, c’est que j’ai envie de partager mon expérience et mon histoire aux jeunes biathlètes, mais aussi à ceux qui suivent le biathlon. Le sport de haut niveau, c’est une aventure personnelle, enrichissante, avec des hauts et des bas. J’ai vraiment envie de partager tout ça. Pour ce qui est d’entraîner, ce n’est pas une priorité pour l’instant. Mais c’est sûr qu’il y aura cette envie de partager ce que j’ai vécu au cours de ma carrière.

Dernière petite question bonus : si on considère que Martin Fourcade est le Roger Federer du biathlon, par son palmarès et sa longévité, est-ce que cela te convient si on dit de toi que tu es le Gaël Monfils du biathlon, pour le côté spectacle que tu donnes sur tes courses, mais aussi les frissons lors de tes victoires ?

Alors je ne suis pas trop tennis, mais oui, je connais Gaël Monfils et ses exploits à Roland-Garros. Mais c’est vrai que je me reconnais dans cette comparaison, pour le côté plaisir que je prends et donne dans ma discipline. Après, je me reconnais davantage dans des coureurs cyclistes comme Thibaut Pinot et Julian Alaphilippe pour le côté panache. C’est ce que j’aime, et c’est vrai que le sport spectacle, c’est aussi le sport de haut niveau, et ça reste pour moi un divertissement qui procure des émotions. Personnellement, j’ai parfois l’impression de courir comme j’aimerai voir les biathlètes courir en regardant une course à la télévision. C’est ma façon de voir les choses.


Journaliste/Rédacteur depuis septembre 2015 - Mes premiers souvenirs dans le sport ? Les envolées du Stade Toulousain et les duels Villeneuve-Schumacher et Häkkinen-Schumacher à la fin des années 90, la Coupe du monde de football en 1998, l’exploit du XV de France face aux All Blacks en 1999, mais aussi Richard Cœur de Lion qui vole sur les montagnes du Tour de France. Bien parti pour devenir professeur d’EPS, les événements de la vie (et la flemme d’animer des séances de 3x500 mètres toute ma vie) m’ont conduit à revoir mes plans. Me voilà depuis fin 2017 sur Dicodusport, média grâce (et pour) lequel je partage ma passion : le sport dans tous ses états. Le tout accompagné par les fous furieux et folles furieuses cités sur cette page !

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