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Top 14

Le Top 14 est-il encore un championnat intéressant ?

Etienne Goursaud

Publié le

Le Top 14 est-il encore un championnat intéressant
Photo Icon Sport

TOP 14 2025-2026 – Des scores fleuves, un suspense qui s’étiole, le championnat de France est-il encore intéressant aujourd’hui ?

Un championnat spectaculaire, mais…

Ce n’est pas un scoop, le Top 14 est un championnat plus offensif que jamais. Une moyenne de 7,1 essais par match, un record absolu depuis l’existence du championnat. 700 essais ont été marqués alors que la barre des 100 matchs disputés n’a pas encore été atteinte cette saison. La saison passée, 5,9 essais étaient inscrits par rencontre. Il y a cinq ans, c’était 4,4. Lors de la saison 2010-2011, 663 essais ont été marqués.

Soit 37 de moins que cette saison, alors qu’il reste encore 89 matchs avant que la saison n’arrive à son terme. Très défensif et rugueux dans le tournant des années 2000 et 2010, le Top 14 est devenu ultra-débridé, aidé par des changements de règles, comme le 50-22, qui offrent plus de munitions aux attaques. L’augmentation de la vigilance autour des plaquages a sans doute contribué à aider les attaquants.

Un suspense dans les rencontres qui s’est considérablement érodé en Top 14

Un championnat offensif, mais à quel prix ? La 14ème journée n’a pas dérogé à la règle, avec 61 essais en sept rencontres. Mais ce qui fait la beauté des matchs, c’est aussi le suspense et les rebondissements. Hormis l’USAP qui a renversé Toulouse, au terme d’une fin de match folle (30-27), les autres matchs ne suscitent pas une émotion folle. Même le Lyon-Pau, dominé par les Lyonnais (22-17). Derrière ? Trois équipes qui marquent 60 points ou plus. Montpellier fesse Bayonne (62-22), Bordeaux-Bègles explose le Racing 92 (62-20). Tandis que pour Toulon, l’humiliation a été encore plus forte à La Rochelle (66-0). Les deux derniers matchs cités étaient en prime time sur Canal+, le premier le samedi, le second le dimanche. Autant dire que les téléspectateurs n’ont pas risqué la crise cardiaque.

Depuis le début de la saison, seuls 30 des 98 premiers matchs disputés se sont terminés avec un écart de 10 points ou moins. Dont sept lors des deux premières journées. Moins d’un tiers des matchs avec un réel suspense. Pour un peu de suspense, c’est la Section Paloise qu’il faut regarder, avec sept de ses 14 matchs de Top 14 qui se terminent avec un écart de 10 points ou moins. Et même cinq points ou moins.

Une rareté. Surtout, le nombre s’est écroulé par rapport à la saison passée à la même époque. 51 des 98 matchs disputés s’étaient alors achevés avec un écart de 10 points ou moins. Le même nombre que lors de la saison 2023-2024. Il y a dix ans, on était à 47 matchs. Un suspense qui s’est érodé. Oui, les équipes marquent plus d’essais, mais ce sont surtout des matchs à sens unique.



La question des matchs du dimanche soir

Un manque de suspense qui est également lié aux prestations des équipes loin de leurs bases. La 14ème journée et ses trois cartons (lire plus haut) font forcément grincer les dents du suiveur un peu neutre du Top 14. Elle s’inscrit dans un inéluctable processus d’érosion des victoires en déplacement des équipes de Top 14. Seulement 19 % de victoires en déplacement depuis le début de la saison, contre 22 % sur l’ensemble de la saison passée, 24 % en 2021-2022 et 29 % en 2008-2009.



Le rugby n’a jamais été un sport favorable aux équipes qui se déplacent. On se souvient de l’invincibilité de près de quatre ans à domicile de Bourgoin, dans les années 2000. Mais le constat s’accélère, avec des équipes qui « balancent » loin de leurs bases. Après 14 matchs, aucune équipe n’a un bilan positif en déplacement.

L’affiche du dimanche soir, à 21h10 sur Canal+, en est la triste preuve. Sur 13 matchs disputés (Toulon-La Rochelle avait été reporté, lors de la 3ème journée), 13 victoires des équipes à domicile. Pire, depuis la 4ème journée et la courte mais homérique victoire de Bayonne contre Toulon (35-32), aucun match n’a réellement été serré. On peut citer le Bayonne-Toulouse de la 5ème journée (40-26), ou encore Pau contre La Rochelle, lors de la 11ème journée (53-33). Des matchs qui n’ont pas suscité un pic d’hospitalisation dans les hôpitaux locaux. Pour le reste, des rencontres à sens unique, avec en point d’orgue le 66-0 de ce dimanche. Dans un match tellement triste.

1ère journée : Clermont 24-34 Stade Toulousain

2ème journée : Racing 92 44-32 UBB

3ème journée : reportée

4ème journée : Bayonne 35-32 Toulon

5ème journée : Bayonne 40-26 Toulouse

6ème journée : Toulouse 56-13 UBB

7ème journée : RC Toulon 45-21 Racing 92

8ème journée : Toulouse 59-24 RC Toulon

9ème journée : La Rochelle 33-6 Racing 92

10ème journée : Stade Français 51-24 Toulon

11ème journée : Pau 53-33 La Rochelle

12ème journée : UBB 46-7 RC Toulon

13ème journée : Toulouse 60-14 La Rochelle

14ème journée : La Rochelle 66-0 RC Toulon

Une lutte pour le maintien qui n’aide pas

Même la lutte pour le maintien n’est guère passionnante. Deux clubs sont dans la galère : Montauban, dernier avec sept points, et l’USAP, avant-dernier avec neuf points. Sur le papier, le suspense semble total. Mais le réveil des Catalans, qui restent sur deux victoires en trois matchs, n’augure rien de brillant pour Montauban, qui n’a plus pris un point depuis sa victoire… contre l’USAP. Montauban, trop tendre pour le Top 14, comme on pouvait le craindre.

Le symbole d’un système d’accession qui ne rend sans doute pas service aux promus de Pro D2. Perpignan, même en cas de grosse deuxième partie de saison, aura du mal à s’extirper de la 13ème place, avec 18 points de retard sur Lyon, 12ème. Cela sent, au mieux, un barrage pour la 3ème fois en quatre saisons. Deux équipes à des années-lumière des autres, pour le moment.

Pour Montauban, la différence de points fait très mal, avec un lourd -368. Les Montalbanais encaissent 47 points de moyenne par match. Là aussi, le Top 14 souffre de la comparaison avec la saison passée. Avec une fabuleuse lutte pour le maintien, qui a longtemps concerné Vannes, Perpignan, le Stade Français et le Racing 92.

À une journée du terme de la saison régulière, Vannes, Perpignan et le Stade Français pouvaient encore finir à la 12ème place et se sauver directement. Le strapontin sera décroché par les Parisiens, tandis que Vannes, juste monté en Top 14, a dû redescendre en Pro D2, avec l’ambition de retourner vite dans l’élite. Car les Vannetais sont leaders de Pro D2 à mi-parcours.

La lutte pour le Top 6 : le vrai intérêt de la saison en Top 14 ?

Triple tenant du titre et vainqueur de cinq des six dernières éditions du Top 14, le Stade Toulousain est encore leader du Top 14, malgré les deux points retirés dans l’affaire Melvyn Jaminet. Malgré le fait que cette équipe toulousaine ronronne parfois, à l’image de son dernier quart d’heure contre Perpignan. On peut remercier la surprise Pau, qui met un peu de suspense au niveau de la phase régulière, en étant à un point des Toulousains, qui ont déjà neuf points d’avance sur le Stade Français, 3ème.

À l’heure où nous écrivons ces lignes, avec une UBB qui a souffert en début de saison et d’autres cadors dans le dur, et l’expérience des Toulousains en finale de Top 14, hormis les Bordelo-Béglais qui reviennent en forme, on ne voit pas une équipe bousculer la hiérarchie.

On peut, en attendant, se poser la question de qui se qualifiera en phase finale. Pau a mis une petite option, mais on sait que les Palois ont parfois faibli en deuxième moitié de championnat. Avec la Champions Cup à jouer, des plumes peuvent être laissées. Derrière, neuf équipes se tiennent en six points, entre le Stade Français, 3ème, et le Racing 92, onzième. Cela pourrait se jouer… sur des matchs en déplacement.

À ce petit jeu, c’est Castres qui s’en sort le mieux derrière Toulouse et Pau, avec dix points inscrits en sept matchs. On espère que le suspense pourra durer jusqu’à la fin de la saison. Sans cela, l’ennui risque d’être mortel jusqu’à la phase finale. Cela ferait mal à un Top 14 en pleine dynamique d’audience et devenu un produit phare de Canal+.

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