Nous suivre
Tennis

Les jeunes pépites du tennis français #5 : Elliot Benchetrit

Tom Compayrot

Publié le

Les jeunes pépites du tennis français #5 Elliot Benchetrit
Photo Icon Sport

Alors que les cadors du tennis français sont dans une passe difficile, de jeunes joueurs pointent le bout de leur nez afin de prendre la relève. Ces joueurs ont entre 17 et 21 ans et jouent principalement dans les tournois Futures et Challengers. Ils donnent tout pour atteindre les sommets, tout en sachant que le chemin sera long et périlleux. Aujourd’hui, Dicodusport s’intéresse à un espoir qui reste encore aux portes du Top 200 malgré un beau parcours cette année à Roland-Garros : Elliot Benchetrit.

Biographie

Elliot Benchetrit est né le 2 octobre 1998, à Nice. À l’âge de 3 ans, il se met à taper ses premières balles jaunes en prenant exemple sur son demi-frère, bien plus âgé. À 10 ans, alors qu’il balançait avec le ski et le basket, il choisit définitivement le tennis et part s’installer à Paris pour élever son niveau de jeu. Il rejoint là-bas une académie privée, Player’s, dans laquelle il va se découvrir une ambition sportive. Via des entraînements de haute intensité, il y apprend la rigueur du haut niveau. Deux ans plus tard, il retourne dans sa ville natale et rejoint le Nice LTC. Ce club historique, le plus important de province en nombre de licenciés, a notamment formé dans son histoire des joueurs comme Yannick Noah ou Suzanne Lenglen. Un gage de qualité recherché par le Niçois, en constante quête d’amélioration de son jeu.

C’est dans cette idéologie qu’il a décidé de réellement démarrer sa carrière assez tard, à 16 ans. Après quelques matchs éparpillés en 2013 et 2014, il se consacre à plein temps au circuit junior en 2015. Une volonté de ne pas brûler les étapes qui l’a amené à une régularité bénéfique. Tout au long de sa formation, Elliot s’est principalement entraîné sur terre battue, et c’est sans surprise la surface sur laquelle il obtient les meilleurs résultats :

  • entre mars 2015 et avril 2016, malgré 3 défaites en finale, il est titré à deux reprises en double junior.
  • en mai 2016, après 3 finales perdues, il remporte son premier et unique titre junior en simple : un tournoi Grade 1 à Casablanca.
  • après cette victoire, il obtient son meilleur classement Junior : 33e mondial et n°1 français
  • en août 2016, il est champion d’Europe par équipes des 18 ans, accompagné de ses compatriotes de la même génération, Corentin Moutet et Geoffrey Blancaneaux.
  • après trois saisons sur le circuit junior et 144 matchs, il cumule 67% de victoires sur terre-battue, contre moins de 50% sur surface dure et 40% sur gazon

Style de jeu

Le style de jeu vers lequel se tourne de plus en plus Benchetrit est un jeu offensif. Se basant sur son puissant service (premières balles régulièrement autour de 200 km/h), il peut engranger des points facilement. Son coup droit aussi très performant lui permet de trouver de très bonnes zones mettant en difficulté son adversaire. Avec ces deux coups, en plus des amorties qu’il sent relativement bien en général, il devrait pouvoir conclure plus souvent les points en un ou deux coups après le service. Ce sont ces schémas de jeu que le jeune Français a encore du mal à mettre en place.

Les déchets techniques restent aussi un défaut majeur de son jeu. Si ses phases défensives sont gérées grâce à un revers efficace, c’est lorsqu’il agresse l’adversaire qu’il commet le plus de fautes directes évitables. En sachant qu’un rien peut le déstabiliser (faux rebond, décision discutable de l’arbitre…), la concentration est probablement ce qu’il lui manque pour entrer dans la cour des grands. Ses déplacements sont en tout cas relativement bons, et il peut se reposer sur son service lorsqu’il est dans une mauvaise passe. En résumé, Benchetrit a les armes nécessaires pour développer un style de jeu agressif qui lui correspondrait. Un style de jeu d’ailleurs plus adapté aux surfaces rapides (dur et gazon), lui qui a toujours préféré la terre battue.

Au niveau du coaching, après s’être entraîné périodiquement avec Marc Gicquel (ancien 37e mondial) et l’académie Mouratoglou, Elliot Benchetrit semble avoir trouvé son équipe définitive. Jean-Michel Pequery, qui le suit depuis ses années junior, est son coach permanent, tandis qu’il s’est entouré de deux préparateurs mentaux pour l’aider à surmonter ses phases de colère malheureusement nombreuses (voir tweet ci-dessous). Une stabilité très importante pour que le Français continue à progresser.





Résultats en ATP

Ce n’est que quelques mois après son titre junior à Casablanca qu’Elliot Benchetrit a fait le grand saut vers le circuit professionnel. Sur l’année 2017, il fait ses armes dans les tournois Futures d’Afrique du Nord. Cette région est privilégiée par les jeunes joueurs français, principalement pour des raisons climatiques (les tournois en extérieur y ont lieu toute l’année), et de proximité géographique et culturelle. Mais là-bas, Elliot y trouve surtout un environnement familier puisque le Maghreb est la terre d’origine de son père.

Le Niçois peut y exprimer pleinement son tennis, et c’est ainsi qu’après 9 mois de compétition il remporte ses deux premiers titres sur le circuit professionnel aux Futures d’Hammamet (Tunisie), suivant ainsi les traces de son compatriote Benjamin Bonzi. Dans la foulée, il gagne face à l’italien Matteo Donati son premier match de Challenger à Rome, match qu’il décrivait à l’époque comme sa « plus belle victoire en simple ». Depuis, il est fort probable que son sentiment ait évolué. Car après avoir clôturé l’année 2017 avec 57 victoires en 87 matchs, Elliot a enchaîné les belles performances sur les deux années suivantes.

Entre janvier 2018 et mai 2019, il remporte son 3e titre ITF (à Jerba) mais parvient surtout à consolider sa place sur le circuit Challenger, avec cinq quarts de finale et une demi-finale (à Mouilleron-le-Captif). Le Niçois amorce alors peu à peu sa transition vers les surfaces dures, plus adaptées à son jeu. Sur cette période d’un an et demi, il gagne 57% de ses matchs sur dur, contre moins de 40% auparavant. La consécration arrive en mai 2019, quand il remporte son premier match de Grand Chelem à Roland-Garros. Après être sorti des trois matchs de qualification, il étrille le Britannique Cameron Norrie 6-3 6-0 6-2 devant des tribunes en feu.

Elliot Benchetrit le poing serré après sa première victoire en Grand Chelem – FFT

Trois mois après s’être révélé aux yeux du public français, il remet ça en sortant des qualifications de l’US Open, s’assurant une sécurité financière pour le reste de la saison. Au travers de ses bons résultats en Grand Chelem, Elliot Benchetrit montre une qualité à noter : celle de se surpasser dans les grands matchs. Sa gestion du stress remarquable lui permet de jouer à un niveau équivalent quel que soit le tournoi, voire même à être plus performant quand il a le soutien du public. De bonne augure pour le Niçois qui, avec sa 218e place mondiale, est maintenant assuré de participer aux qualifications des Grands Chelems, échéances financièrement primordiales dans la longue saison des joueurs de circuit secondaire.

Le jeune Français aura donc l’occasion de montrer son talent lors des mois et années à venir, mais il ne fait aucun doute qu’on entendra encore beaucoup parler de lui.

Clique pour commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *