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Mais où en est le tennis français ?

Tom Compayrot

Publié le

Le tennis tricolore a clairement raté son Roland-Garros 2018. Rien de mieux qu’un 3ème tour chez les hommes et un huitième de finale pour les femmes, un résultat bien pauvre pour la France, considérée comme une des grandes nations du tennis mondial. Le fait est que nous ne sommes même plus surpris, et encore pire, pas vraiment déçus dans le sens où l’on s’y attendait. Et cette mauvaise dynamique qui dure depuis quelques mois voire années ne risque pas de s’arrêter de sitôt. Retour sur les causes et conséquences de cette déroute du tennis français.

Le tennis masculin français va mal

Cela faisait onze ans. Onze ans que chaque année, au moins un tricolore jouait en deuxième semaine de Roland-Garros, tournoi phare et emblème du tennis français. Pourtant cette édition 2018 aura plutôt été le symbole du mal-être qui pèse dans le clan tricolore. Dans la tête et dans le corps, les Français n’y sont plus. Aucun d’entre eux en deuxième semaine de ce Roland-Garros 2018, de même pour l’Open d’Australie en début d’année et pour l’US Open fin 2017, qui comportait pourtant un tableau très ouvert.

Et ces mauvaises performances se répercutent forcément sur le classement des Tricolores. Lucas Pouille, malgré sa méforme actuelle, arrive tant bien que mal à se maintenir dans le top 20 mondial (18ème). De même pour Adrian Mannarino, qui confirme que la terre battue n’est clairement pas une surface pour lui (7 défaites en 8 matchs depuis avril), mais qui s’accroche à sa place dans les 30 premiers mondiaux (25ème). Mais après, pour trouver trace des fameux quatre « Nouveaux Mousquetaires » français, il faut creuser dans le classement. Richard Gasquet, le mieux classé, figure à la 25ème place, tandis que Gaël Monfils, Jo-Wilfried Tsonga et Gilles Simon naviguent entre la 40 et la 60ème place (respectivement 42ème, 51ème et 54ème).

Gilles Simon, Richard Gasquet, Gaël Monfils et Jo-Wilfried Tsonga, la supposée « génération dorée » du tennis français – AFP

En résumé, l’espoir d’une nouvelle victoire française en Grand Chelem n’est aujourd’hui qu’un lointain souvenir. Seulement deux titres majeurs sur ces dix dernières années (deux victoires de Tsonga aux Masters 1000 de Paris-Bercy en 2008 puis de Montréal en 2014), et force est de constater que ces quatre-là n’ont pas confirmé les attentes placées en eux. La France est donc toujours à la recherche de son grand champion.

Pas mieux chez les femmes

Cela fait quelques années que le tennis féminin français va mal, et à un stade bien plus inquiétant que chez les hommes. Avec seulement 4 joueuses dans le top 150, les Françaises sont à leur plus bas niveau. Caroline Garcia, placée au 6ème rang mondial, se distingue comme la tête de proue mais semble bien seule. Jusqu’à présent, la génération Pierce était suivie par la génération Mauresmo, elle-même relayée par la génération Bartoli. Toutes trois ont gagné des tournois du Grand Chelem, et ont porté avec elles toute une génération qui avait la culture de la gagne. Mais depuis la retraite (temporaire ?) de Marion Bartoli, personne n’a repris le relais et le temps des victoires françaises en Grand Chelem semble bien loin.

Chez les femmes, le mal est bien plus profond que chez leurs homologues masculins. Alors que le tennis est probablement le sport féminin le plus médiatisé en France, la réelle mauvaise ambiance qui règne entre les joueuses est caractéristique du mal-être du tennis féminin. Quand une Française (Caroline Garcia) décide de ne pas jouer en Fed Cup et qu’une autre (Kristina Mladenovic) réagit en la traitant dans les médias « d’égoiste » et qu’elle « préfère jouer avec des filles qui ont des valeurs », il est clair que cela n’aide pas à la cohésion tricolore. Pourtant, cette cohésion est nécessaire si les Françaises veulent redresser ensemble l’image ternie de leur sport en France.

Alors à qui la faute ?

Dans un premier temps, c’est bien sûr la Fédération Française de Tennis (FFT) qui est fautive. Pourtant, notre fédération ne manque clairement pas de moyens, ni financiers ni structurels, et c’est ce qui rend la pilule si dure à avaler. Avec plus d’1 million de licenciés, plus de 7000 clubs partout en France et un des 4 tournois les plus importants au monde qui apporte une réelle manne financière, les excuses n’ont pas lieu d’être. La Fédération a les moyens d’accoucher et d’élever un vrai champion mais n’y arrive pas. C’est donc la méthode qui n’est vraisemblablement pas la bonne. En effet, la FFT a toujours privilégié la quantité à la qualité. Il est vrai que la France a toujours été, encore aujourd’hui, un si ce n’est le pays avec le plus de représentants dans le top 100. C’est d’ailleurs l’argument principal derrière lequel se réfugiaient les hautes instances. Mais pourtant, il est clair que cet argument du nombre n’a jamais payé, et les Français attendent toujours leur grand champion. Pour finir, c’est même Toni Nadal qui expliquait dans un entretien au Monde« La Fédération française a beaucoup plus d’argent que la nôtre, beaucoup plus de licenciés aussi, le tennis est un sport beaucoup plus populaire qu’en Espagne, et pourtant, nous avons de meilleurs résultats », avant de conclure : « une Fédération sans résultat doit se remettre en question ».

Bien sûr, si la Fédération est en partie responsable, les principaux coupables sont les joueurs et joueuses. Si ces derniers ont probablement fait leur maximum physiquement pour battre les grands champions que sont Federer, Nadal, Djokovic chez les hommes, et Williams, Sharapova chez les femmes ; un vrai manque de mental les en a empêché. Les Français ont en effet souvent réalisé des performances admirables (quarts et demi-finales de Grand Chelem), mais ont à chaque fois échoué au dernier échelon, celui nécessaire pour devenir un grand champion. Un manque de caractère, de détermination et de rage de vaincre indispensable à la réussite. C’est au final un trait commun aux joueurs et à la Fédération, celui de se satisfaire du « presque gagné », du « on a fait ce qu’on a pu » ou encore du « l’adversité était trop forte ». Roger Rasheed, ancien entraîneur de Gaël Monfils et de Jo-Wilfried Tsonga disait : « Pour gagner un grand tournoi, vous devez être obsédé par le jeu et la façon de devenir le tout meilleur, et c’est ce qui leur manquait ». Comme quoi, on n’invente rien.

Et maintenant ?

Maintenant, il faut espérer qu’une nouvelle génération prenne le relais. La génération des Mousquetaires peut toujours viser des ATP 250/500 mais la possibilité de remporter un Masters 1000 ou un Grand Chelem s’éloigne de plus en plus. Les Simon, Tsonga, Monfils et Gasquet sont maintenant tous trentenaires, et leur grande époque est probablement révolue. Il est même probable qu’on en vienne à regretter ces « presque champions ». Alors qui pour prendre la suite ?

Corentin Moutet, 19 ans, semble bien seul – FFT

Chez les hommes, on attend beaucoup de Lucas Pouille (24 ans), mais ce dernier semble bien seul et semble surtout avoir développé les mêmes faiblesses que ses homologues mousquetaires : un manque de mental dans les grands événements. Dans les plus jeunes, l’espoir repose principalement sur les épaules de Corentin Moutet (son portrait est à voir ici). Si le talent du garçon est incontestable, son attitude sur le terrain l’est moins, et il est en effet adepte des coups de colère qui se terminent quelques fois en cassages de raquettes. Avec un peu plus de sagesse et aussi plus de muscles, il est clair qu’il représente l’avenir du tennis français. À ses côtés, Quentin Halys (son portrait), Benjamin Bonzi (son portrait) ou Calvin Hemery, un peu plus âgés, ont aussi leur mot à dire. De même que Geoffrey Blancaneaux, Eliott Bentcherit ou encore la pépite Harold Mayot, encore assez jeunes et en plein développement. Les joueurs sont là, à voir maintenant si un ou plusieurs pourront tirer leur épingle du jeu et viser le top 10 mondial, comme l’ont fait leurs compatriotes plus âgés.

Chez les femmes, la situation est un peu différente. Les top joueuses françaises actuellement sont encore jeunes : Caroline Garcia et Kristina Mladenovic ont encore 24 et 25 ans, Alizé Cornet 28… Ces dernières ont encore sûrement quelques belles années devant elles, il est maintenant nécessaire pour elles de changer radicalement de comportement et de mentalité. Caroline Garcia semble la plus prometteuse, car avec un vrai niveau de jeu couplé à un mental de gagnante. La génération suivante (Océane Dodin et Fiona Ferro), un peu plus loin au classement, a aussi sa carte à jouer. La densité est clairement moins forte que chez les hommes, mais le talent est là. La question est maintenant de savoir si l’une d’elles sera capable de prendre le relais des grandes championnes françaises : Pierce, Mauresmo, Bartoli… Affaire à suivre.

Tom Compayrot


Journaliste/rédacteur depuis mars 2017 - Amoureux de la petite balle jaune et du gros ballon orange qui traîne sa carcasse sur Dicodusport depuis 2017. Rafael Nadal et LeBron James sont les meilleurs joueurs de l'histoire.

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