Margot Chevrier se confie (1/2) : « À un moment de l’hiver, j’ai tout envoyé péter »
ATHLÉTISME – Première partie de notre entretien avec Margot Chevrier. Elle évoque tout son hiver et son retour sur le chemin du très haut niveau après sa grave blessure.
Margot Chevrier : « J’ai ma place, je suis dans le Top 20 au ranking mondial »
On a beaucoup parlé de ton histoire et de ta blessure. Est-ce que tu es contente qu’on reparle de toi pour parler d’athlétisme ?
Margot Chevrier : « Je suis contente qu’on reparle de moi pour autre chose que le fait que je sois tombée à Glasgow. On en parle toujours, car je n’aurais pas été autant médiatisée aux Europe avec le : « C’est la belle histoire« . Mais on peut reparler du fait que j’ai sauté à 4,60 m, de ma 4e place et d’une invitation en Diamond League, et pas parce que je fais de la peine. J’ai ma place, je suis dans le Top 20 au ranking mondial. Go !
Ta saison se débloque à la fin de l’hiver. À quel moment te dis-tu que tu peux faire quelque chose d’intéressant cette saison ?
Birmingham était dans un coin de ma tête, car j’avais besoin de me fixer un objectif. Mais c’était faisable s’il y avait plein d’étapes avant. Des étapes que je ne pouvais pas prédire et qui pouvaient ne jamais arriver. J’ai aussi pensé aux Jeux Méditerranéens en cas de non-qualif aux Europe. Fun fact, pour aller aux Jeux Med, il fallait remplir des documents que je n’ai jamais remplis, car je sautais à 4 mètres (rires).
Cela a été progressif. Cet hiver, je ne me voyais plus revenir sur de grands meetings. Mon présent était à 4 mètres, car cela faisait deux saisons que j’étais à 4 mètres, sur élan réduit, sans prendre de levier et avec des paramètres de cadets. Au mieux, je pouvais faire 4,15 m, mais on ne voit même pas les Élites avec ça ! Je me mettais un plafond de verre.
Puis, à un moment, j’ai tout envoyé péter. Personne n’y croyait quand j’étais en cadette, personne n’y croyait quand je suis rentrée en médecine, personne n’y croyait quand j’ai sauté 4,50 m en sautant n’importe comment. Au final, à chaque fois, on a avancé avec une petite équipe. Le moteur était de se dire : « Je m’en fous, je le fais et on verra bien, et moins vous y croyez, plus je vais le faire« . Ce truc m’avait quittée, car j’étais focus sur mon pied. C’était un peu une excuse de se dire qu’il y a ce pied, donc je ne peux pas. Mon coach n’avait pas d’arguments pour me dire de reprendre du levier et tout.
Margot Chevrier : « On me dit : « Ton objectif, c’est de faire les France ou de revenir au niveau que tu avais ? » »
C’était difficile d’en avoir à ce moment-là…
Exactement. Même moi, j’avais du mal à concevoir de prendre plus d’élan, alors que je ne maîtrisais pas mon élan actuel. J’avais mal et cela déformait ma course. À un moment, je me suis demandé si on pouvait faire « sans » ce pied. Reprendre l’instinct, ne rien dire et changer les choses. J’ai toujours fonctionné à l’instinct, cela a toujours marché. Depuis un an, je ne fonctionnais plus à l’instinct, mais à la prudence.
J’ai eu une discussion efficace avec Philippe Collet (ancien perchiste et co-entraîneur de Thibaut et Mathieu Collet, NDLR) à Clermont. Il était là à Glasgow et prenait régulièrement des nouvelles en félicitant les petits plus. Je lui dis que je suis là sans être là, que j’ai l’impression d’être un peu seule dans le projet. Dans le sens où il n’y a pas de protocole clair, avec des dates précises. On essaie, on s’épuise, puis on rechigne à essayer.
Est-ce qu’à un moment, ce n’est pas le psychologique qui prend le relais ?
Le « je ne vais pas y arriver », non. Mais j’attendais de ne pas avoir mal pour essayer. J’attendais les arguments pour passer à l’étape d’après. Sauf que l’argument d’après, il n’arrivera peut-être jamais. On est sur « tant que j’ai mal, je ne fais pas la suite« , ou « je n’impulserai jamais comme je faisais avant, ce n’est pas grave, comment peut-on faire autrement ?« . Je discute aussi avec Gérald Baudouin (ancien perchiste et entraîneur, NDLR), au Perche Élite Tour de Paris. Je fais 0 et c’était le dernier jour pour me qualifier aux Élites, et je venais de réaliser que je n’étais même pas qualifiée aux Élites.
On me dit : « Ton objectif, c’est de faire les France ou de revenir au niveau que tu avais ? ». J’ai senti que j’étais en train de me perdre dans l’objectif de base.
D’un autre côté, difficile d’y penser quand tu loupes la qualif aux France
Ils m’ont tous dit un truc très juste. « Pilou » Collet m’a dit que je n’avais jamais attendu qu’on m’adoube. Que j’avais voulu essayer des 4,60 (une gamme de perches) alors que ce n’était pas un bon plan pour une fille. Que j’avais ensuite fait 4,70 m et ouvert la voie pour des filles. Philippe d’Encausse (l’entraîneur de Renaud Lavillenie, entre autres, NDLR) me dit que je m’inflige des compétitions où je suis nulle et que cela doit faire mal mentalement. D’aller m’entraîner, progresser et revenir faire 4,30 m et me montrer.
Gérald m’explique qu’il s’est blessé et que le seul truc qui fait qu’il n’a pas repris son niveau, c’est qu’il était persuadé qu’avec son nouveau tendon d’Achille, il ne pouvait pas faire ce qu’il faisait avant. Il s’est rendu compte qu’il n’était pas du tout accompagné et que, seul, cela allait le faire. Tout en se mettant seul un plafond de verre. De se satisfaire de ses nouvelles performances. Je crois que je prenais ce chemin sans m’en rendre compte. Sans « l’aide » de personne.
Margot Chevrier : « Je commençais presque à me laisser deux ans juste pour préparer tout le monde à mon arrêt »
C’est insidieux et les compétitions allaient dans ce sens. J’ai même sauté à 3,98 m. Ce n’est pas 4 mètres. J’ai regardé les Élites dans mon canapé, un concours où tout le monde saute haut. Je constate que le niveau sera comme cela désormais et je me dis qu’il faut changer un truc. C’est là que je commence à aller voir une psychologue. Pour me rendre compte que ce qui m’est arrivé est un sacré truc, qu’il faut en parler.
Quelque part, tu t’es enfoncée toute seule
Clairement. Ce n’est pas : tu te lèves le matin et tu te dis que c’est mort. Mais un jour, tu te rends compte que tu passes d’un stade où tu te dis que tu vas tout tenter et on verra bien à : je me laisse deux ans et on verra. J’étais déjà en train de te dire que j’allais arrêter si, dans deux ans, je n’étais pas revenue. Au lieu de se dire que les Jeux sont dans deux ans et qu’il faut tout donner et ne rien regretter. Ce discours a changé petit à petit. Je n’arrêtais pas l’athlé juste parce que je n’étais pas prête à arrêter et que des gens comptaient sur moi. Mais en vrai, je me laissais deux ans juste pour préparer tout le monde à cet arrêt.
Ce n’était pas moi et si je gardais cet état d’esprit, cela ne servait à rien de faire ces deux ans, car rien n’aurait changé. Il fallait changer d’état d’esprit. J’appelle également mes parents pour vider mon sac. Je ne leur avais jamais vraiment raconté, car ils sont loin et que je ne voulais pas les embêter avec ça. Ils m’ont dit que j’avais raison et qu’il fallait tout faire péter. D’être comme celle qu’ils connaissaient et non celle que la blessure a rendue. Cette blessure qui ne devenait que mon quotidien.
Margot Chevrier : « En stage, je commence à passer 4,30 m relativement facilement »
Je me pointe au Perche Élite de Clermont et je saute à 4,25 m. Le bol d’air frais. À Rouen, je fais 4,26 m et je confirme. J’aborde l’été en me disant que l’instinct marche, blessée ou non. Ce n’est pas le même calcul qu’avant, mais c’est un calcul qui marche ! Je me pointe en stage avec des 4,45, la gamme du dessus, la volonté de passer en 12 foulées. Juste en me disant que j’essaie et qu’au pire, cela ne marche pas, au mieux, cela marche. Cela donne un objectif, une carotte d’essayer un truc. Donc de devoir courir mieux.
Noel Ost (ancien perchiste, NDLR) me demande ce qui m’empêche de passer en 12 ou 14 foulées. Pour moi, dès que j’ai de la vitesse, je passe en cycle arrière et j’impulse en cycle arrière. Il me dit que Ninon (Chapelle) impulsait en cycle arrière et qu’elle a sauté 4,75 m, et que ce n’était pas une limite, mais une habitude à prendre. Ou que si je ne voulais pas sauter en cycle arrière, il fallait y penser à chaque fois que je cours, que je fais des gammes. De toute la préparation, sur chaque séance, j’ai essayé de me concentrer uniquement sur cela. Résultat, je suis beaucoup moins en cycle arrière que l’été dernier.
Cela m’a permis d’être plus à l’aise pour rajouter d’abord deux foulées, puis quatre. À l’entraînement, je commence à passer 4,30 m relativement facilement. On est en avril et je commence à me dire que l’objectif pourrait être les Jeux Med. Je sentais qu’avec cette vitesse, je pouvais sauter mieux et plus haut. Tu commences à entrevoir 4,40 m, à faire des mini-RP. J’arrive aux Interclubs, je suis déçue de ne pas faire 4,30 m (4,20 m à Saintes).
Margot Chevrier : « Je vois mon 4,40 m à Montreuil, la marge et je me dis que je peux faire 4,50 m cet été »
Petit à petit, je prends du levier, j’arrive à Montreuil, je saute 4,40 m. Un cap franchi. Il y a beaucoup d’émotion, car le 4,40 m était moins accessible. Il y a plein de filles à 4,30 m, mais 4,40 m, tu commences à être dans un Top 15 historique. C’étaient mes barres d’avant et j’ai commencé à faire le lien sur le fait que, sur mes concours d’avant, il y avait ces barres à 4,40 m. Mes premières barres certes, mais qui étaient là.
Le lendemain, sur le retour, je vois le saut et je vois la marge. Je commence à me dire que 4,50 m l’été, ce n’est pas déconnant. J’avais tellement de progrès à faire. Il faut savoir que je sortais d’une entorse de l’autre pied, plus ma chute/béquille au psoas. Une blessure qui m’avait mis les boules, car je commençais à progresser. De tout le groupe, c’est moi qui me blesse. Comme si je n’avais pas assez subi (rires). Je fais autre chose pendant trois semaines, je revois le kiné. Heureusement, la reprise s’est bien passée. Mais la fatigue et les trois semaines de trou comptent. Finalement, je fais 4,40 m.
À la fin de la compétition, j’ai eu le sentiment d’avoir fait le tour des 4,45 (la gamme de perches). Je pouvais optimiser encore, mais je n’ai jamais trop aimé cette gamme, qui ne correspondait pas à mon saut. C’est pour cela que j’étais passée avec les 4,60.
Tu étais redevenue une athlète de très haut niveau
Même avant cette blessure ! C’est donc pourquoi je repasse avec les 4,60. Je le dis en plein concours à Montreuil. Il y avait Mélina Robert-Michon à côté de nous avec son mari et entraîneur. Je me dis que je balance l’info maintenant, avec du monde, la télé. Il ne pourra pas m’envoyer péter (rires). Il rigole, car je le dis comme une blague et dit « ok », sans être trop sérieux. Sauf que dans ma tête, il avait dit ok. J’ai focalisé sur ces 4,60 et je me retrouve à l’entraînement, je prépare les régionaux, je suis passée par les départementaux.
Margot Chevrier : « Le vrai changement, c’est 4,50 m. Si je le passais, je savais que je referais un jour 4,70 m »
Est-ce que cela a changé ta vision de l’athlétisme et le fait d’avoir l’impression de tout recommencer en passant par ces compétitions ?
Tout recommencer, c’est clair.
Aussi sur le fait de repasser par des compétitions dont tu n’avais plus l’habitude
Je vais aux départementaux et, à tout moment, je ne gagne pas. D’ailleurs, c’est Albane Dordain qui gagne. C’était cool, car j’avais d’autres objectifs. Quand je gagne les régionaux, dans ma tête, c’est incroyable, alors qu’en 2016, je gagne les régionaux. C’était un coup de boost de gagner un truc, ramener une médaille chez moi et appeler mes parents pour dire que j’ai gagné.
Il y avait aussi ce truc de battre mon record à toutes les compétitions. Chose que tu ressens en cadets, quand tu progresses à toutes les séances. À chaque entraînement, je savais que j’allais repartir contente, car il y avait un nouveau truc. J’allais en compétition avec cette certitude que cela allait me servir. Ce 4,37 m aux régionaux, il veut dire tellement de choses. Je suis en 12 foulées et j’avais des 4,60. Cela a débloqué un truc, de me dire que j’avais les perches pour les JO et d’avoir deux ans pour prendre deux foulées et du levier. Au final, j’ai pris deux foulées un mois après.
Je saute 4,45 m, 4,47 m et 4,50 m. Le tout avec peu de jours d’écart. Le 4,50 m, il est particulier. Cela faisait plusieurs semaines que je disais au téléphone que le vrai changement serait à 4,50 m. Car si je le fais, je referai 4,70 m un jour. C’est une barre qui peut te ramener en sélection. Cela demande un paramètre et un style de saut que tu n’as pas besoin d’avoir pour faire 4,40 m. C’est le truc en plus. J’avoue que j’ai commencé à regarder ce que cela valait dans les bilans historiques. Je rentre dans le Top 10 historique. Là, mon copain me dit : « T’es pas 10, t’es 9, car tu es déjà dans les bilans historiques« .
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Margot Chevrier : « Aux Élites, j’y vais pour faire 1 ou 2 et 4,60 m, la 3e place n’était pas envisageable »
Ce n’est pas faux
Je gagnais des places au ranking, j’étais trop contente de rentrer dans le Top 100 mondial. J’étais sur la première page World Athletics (rires) et je n’avais pas besoin d’aller sur « voir plus » pour les bilans FFA. Tous les jours, il y a une petite victoire. Chose que je n’avais plus l’hiver dernier. Juste un immense plateau bien lourd.
À Moulins, après 4,47 m, je voulais faire 4,50 m, chose importante pour moi. Damiel m’a dit que, vu le saut, il fallait tenter 4,60 m et les Europe. Sur le moment, je me demande pourquoi il ne me fait pas faire 4,50 m. Mais cela voulait dire qu’il y croyait et que je pouvais faire 4,60 m. Mais j’étais cuite.
Je lui parle du fait d’être rincée en fin de compétition. Il me dit que c’est le moment de rajouter deux foulées pour arriver plus relâchée. Mon élan était trop court pour ce relâchement. Contre-intuitivement, rajouter deux foulées rajoute du relâchement et de l’énergie où il le faut. C’est la première fois qu’il croit au truc plus que moi. On a continué sur la même lancée. Je fais 4,50 m sur 12 foulées. Mine de rien, mon record en 12 est à 4,51 m. Je peux commencer à comparer et reprendre le cours de la progression d’avant.
Je pars sur un cycle de trois semaines avant les Élites. Trois semaines pour poser un 14 foulées. Si je le maîtrise, on le fait aux Élites, sinon on reste en 12. Je suis partie en mode guerre pendant trois semaines avec cette seule mission de préparer mon 14.
Tu passes d’un hiver à subir, à te dire que tu verras en deux ans, à un été avec des carottes toutes les deux ou trois semaines
J’arrive aux Élites en me disant que je n’ai pas le choix. Même si je me dis que la médaille est une victoire par rapport au projet, dans ma tête, le seul truc qui clignotait, c’est de faire 1 ou 2 et 4,60 m. Car je pouvais aller aux Europe. La 3e place n’était même pas envisageable. J’ai failli faire 1 et 4,60 m, et dans des conditions pourries.
Margot Chevrier : « C’était plaisant d’arriver aux Élites et de se dire qu’on est en embuscade »
Avec un concours avec deux échecs à ta première barre.
Je fais XX0 à 4,35 m et XX0 à 4,45 m. Puis 4,55 m au premier. Sur ce saut, en bout de piste, je suis en train de me dire que ce 4,55 doit être au premier si je veux faire 1 ou 2. Je n’étais pas venue pour faire 4, Nayah Cauvin est encore dans le coup, elle a fait 4,54 m cet hiver et sautait super bien aux Élites. Il y avait le risque de finir 4e. C’était maintenant ou jamais. Mais c’était plaisant d’arriver sur la piste, de se dire que je suis en embuscade, que je peux ne pas être 1 ou 2. Mais que je peux faire ce qu’il faut et, à tout moment, gagner les Élites.
Me dire cela à 4,55 m, me dire que malgré tout ce que j’ai vécu, j’ai dix ans d’expérience et que 4,55 m, je l’ai fait plus de fois que toutes les filles du concours, MJ compris.
Le fait que Marie-Julie Bonnin ait été championne du monde, c’est ce qui lui fait gagner ?
Je ne sais pas. Il faut rappeler qu’elle n’avait pas encore fait les minima. Il fallait qu’elle passe 4,60 m. Elle a cette expérience d’avoir fait beaucoup de fois 4,70 m. Elle a essayé des choses cet été, de sauter d’un peu plus loin. Des choses qui vont finir par payer et qui vont lui permettre de sauter vraiment plus haut. Mais sur le moment, pour sauter haut, il fallait qu’elle soit trop près.
Je me suis posé la question de savoir si elle allait le comprendre. Quand je l’ai vue se remettre trop près, je savais qu’elle allait me battre. Car elle pouvait faire 4,70 m tous les jours. Aux Europe, elle fait la même chose et elle a eu raison. C’était chouette de revivre un concours comme celui des Élites. Avoir une assurance et une régularité là. Même l’hiver de ma blessure, ce n’était pas encore ancré dans ma tête. Il y avait toujours, dans un coin de ma tête, l’idée que j’étais la fille des pics de forme. Faire 4,70 m une fois dans la saison puis 4,40 m.
C’est un sport un peu ingrat, la perche
Un sport ingrat et je suis une meuf ingrate avec moi-même aussi. À mon arrivée à Bordeaux, on a bossé un truc avec Damiel sur le fait de sauter fatiguée, avec une grosse préparation. Cela apprend à devoir jouer sur autre chose et à avoir autre chose à présenter pour passer la barre. On sautait après avoir joué pendant 1h15 au foot. Cela apporte 1h de charge en plus, donc on saute fatigué et on est obligé de mieux sauter. Trouver des solutions dans toutes les circonstances.
Margot Chevrier : « Le foot m’a fait progresser plus vite dans ma réathlétisation »
Vous jouez au foot avant de sauter ?
Tout le temps. Cela m’apporte d’avoir ces foots. On se donne, on est tous hyper compétiteurs. Oui, parfois, on peut se blesser. Mais de mon côté, je me dis que j’arrive à dribbler des gens, courir dans l’herbe, sur un terrain mou, instable. Tu tires pied gauche, du pointu, tu mets le pied, tu peux prendre un coup. À un moment, c’était le seul truc qui me faisait kiffer. Tu arrives en bout de piste avec un doute et, en même temps, qu’est-ce qu’il peut m’arriver sur une piste parfaite, en courant droit et dans l’axe ? Cela m’a fait progresser plus vite dans ma réathlétisation.
Est-ce que ta blessure t’a obligée à travailler d’autres choses ?
Oui. C’est ce qui fait qu’il y a eu cette régularité-là. En n’ayant pas le choix de sauter sans levier, sans élan et sans vitesse, tout ce qui reste, c’est dans le saut. Cela oblige à avoir un saut différent d’avant. L’impulsion n’est pas la même, les perches non plus. Tu réapprends à sauter, c’est aussi ce qui prend du temps et pourquoi il a fallu attendre avant d’aller haut de nouveau.
Cela me sert. J’ai appris à bien sauter même quand les paramètres ne sont pas bons. J’ai appris à me sortir de situations compliquées, à devoir assurer un troisième essai, même dans des moments compliqués. Aux Europe, je passe 4,50 m au 3e. Même si 4,40 m suffisait pour la finale. Mais je joue aussi mes points au ranking. J’avais trop besoin de ce 4,50 m. Je voulais aussi faire cette performance dans une compétition internationale. Prouver que, certes, je n’avais pas fait les minima, mais que j’avais ma place. Certains pensaient que je ne l’avais pas. C’était l’occasion de régler les choses.
Margot Chevrier : « Les Élites nous ont permis de rentrer en finale »
Comme à Albi avec la météo.
Il faisait hyper froid, il y avait du vent. Il pleuvait énormément. On a rarement eu de telles conditions. Cela a posé un souci avec des filles, car les météos n’indiquaient pas la même chose. Est-ce que tu prends le risque d’arrêter et de reprendre avec un orage de pire en pire ? Ou tu prends le risque de continuer et, derrière, cela se calme ? Mon avis était de ne rien bouger. Finalement, les 3 heures de temps de merde du week-end ont été pour nous.
On fait un sport à risque et la FFA a vu ma blessure. Est-ce que ce n’est pas à elle de se rendre compte que ce n’est pas pour la perche qu’il faut qu’il y ait des conditions merdiques ? On a dû faire avec et cela a été un petit conflit. Si le concours s’était arrêté, cela aurait été comme cela. Mais je me dis que cela peut servir. J’avais dans un coin de ma tête les Europe. Comment aborder cette compétition, en Angleterre, avec un risque de conditions pourries. Après les qualifs, on a discuté avec Bérénice Petit et Marie-Julie Bonnin. On était d’accord pour dire que les Élites nous ont permis de rentrer en finale. Birmingham nous a semblé presque facile.
Mais j’avoue que Saint-Étienne me fait un peu peur en 2027. Ce serait bien qu’on trouve des endroits qui soient favorables à la performance. Surtout quand on nous demande de faire notre performance aux Élites. Mettez-nous dans de bonnes situations. Il y a un risque qu’il se passe la même chose qu’à Albi.
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