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Cyclisme sur route

Mathys Rondel : « Je préfère aller sur le Giro, plus ouvert, plus accessible »

Paul Lalevee

Publié le

Mathys Rondel « Je préfère aller sur le Giro, plus ouvert, plus accessible »
Photo Icon Sport

CYCLISME – Mathys Rondel achève sa première saison professionnelle chez Tudor. Aux côtés de Julian Alaphilippe, le jeune grimpeur français conclura sa saison avec la Japan Cup ce week-end. Avant de s’envoler pour le Japon, il a répondu à nos questions.

2e entre Yates et Vine sur le Trofeo Tessile & Moda, 4e au général du Tour du Luxembourg. C’est une belle fin de saison pour vous ?

Oui, les jambes sont bonnes, j’ai très vite récupéré de dimanche. Dès lundi, je sentais que j’avais complètement récupéré. Après dimanche, c’était rapide : trois jours à la maison, puis direction la Suisse, et là, je repars pour le Japon (interview réalisée le mercredi 15 octobre). Par contre, quand je voyage, souvent les jambes ne sont pas au top. On verra bien comment ça va réagir.

En Grande-Bretagne, j’étais déjà bien. Mais le parcours n’était pas taillé pour moi, je n’ai donc pas pu m’exprimer exactement comme je le voulais. Pourtant, j’avais déjà un bon niveau. Ça s’est confirmé sur le Tour du Luxembourg, encore une fois pas totalement pour moi en termes de profil. Mais j’avais envie de faire ces courses, c’était de la découverte. Et surtout, sur le Tour du Luxembourg, il y avait un contre-la-montre, qui m’a permis de remonter grandement au général.

Au Luxembourg, on vous a vu plutôt à l’aise sur le contre-la-montre. C’était un véritable axe de travail en 2025 ?

Oui, c’était inévitable de le travailler. À mon goût, je ne l’ai pas assez fait, mais quand on l’a travaillé, c’était de manière ciblée par rapport aux objectifs. Toutefois, je pense que l’on peut faire mieux et qu’on fera bien mieux les saisons prochaines.

C’est quand même une position spéciale. Je ne suis pas le gars le plus souple non plus, et en contre-la-montre, on va chercher des positions très inconfortables, en étant le plus plié possible. Le chrono en lui-même, c’est une torture. Je ne sais pas s’il y a beaucoup de coureurs qui le disent comme ça, mais c’est bien le cas. La position, la nuque poussée le plus fort possible, la respiration bloquée… Il n’y a aucun moment de plaisir dans le contre-la-montre. Même les meilleurs n’en prennent pas. C’est un de mes axes de travail : bosser pour que ce soit plus confortable, plus rapide, avec une position mieux maintenue.

Quels ont été les principaux axes de travail en 2025 ? Et ceux pour 2026 ?

Je dois tout améliorer globalement. Je suis loin d’avoir tous les curseurs au maximum. On a tout travaillé, mais surtout la durabilité. C’est hyper important chez les pros : être encore frais en fin de course malgré la charge de travail encaissée pendant tout l’effort. Ça passe par des intensités spécifiques, afin d’avoir des bases plus solides. Cela se fait avec de longues sorties et des charges importantes sur certaines semaines. L’an passé, en U23, je faisais entre 17 et 22 heures d’entraînement par semaine. Aujourd’hui, quand je suis en dessous de 20 heures, c’est souvent que je reviens d’une compétition ou que je suis en course.





La catégorie U23 et les élites, c’est un autre monde ?

J’ai eu la chance d’être dans l’équipe de développement l’an passé, donc ça courait déjà comme chez les pros. Chez les U23, les courses étaient plus courtes, une heure à une heure et demie de moins, et souvent moins intenses. La dépense énergétique est bien plus faible à la fin d’une semaine de course en U23 qu’en WorldTour.

C’était votre première année dans le grand bain chez Tudor. Comment ça s’est passé ?

Je n’ai pas tellement ressenti la transition, c’était assez simple. J’avais déjà des contacts avec la Pro Team quand j’étais dans l’équipe de développement, grâce à mon entraîneur, qui était aussi celui de la Pro Team. Les seuls changements ont été les coéquipiers et la manière de courir. Les coéquipiers, il faut vite apprendre à les connaître. En dehors des courses, on se voit seulement en stage. Et en stage, on passe notre temps à faire du vélo ou à dormir.

Avoir Julian (Alaphilippe) dans l’équipe, ça change quoi ?

Julian, il connaît toutes les courses, il sait comment elles vont se dérouler selon le parcours. Et puis, il donne tout ce qu’il peut, physiquement, mais aussi humainement. Quand il est au départ d’une course, on sait qu’on va bien rigoler, mais aussi que la course va bien se passer. Niveau placement, il est excellent, il sait comment frotter, et il est respecté dans le peloton. C’est le genre de coureur qui nous aide énormément, comme Trentin, surtout dans une équipe avec beaucoup de jeunes.

On connaît Julian de l’extérieur, mais il n’est pas différent avec nous. C’est un plaisir de l’avoir à mes côtés, surtout qu’il est français. On peut partager des choses différentes ensemble, vu qu’on parle en anglais dans l’équipe. Et puis, Julian, il sait se faire comprendre.

Sur le vélo, vous êtes plutôt à l’instinct, à attaquer dès que possible ? Ou alors en gestion ?

Pour l’instant, je ne sais pas encore. Un Grand Tour, c’est de la gestion. Ce n’est pas trois jours de course, mais trois semaines, 21 étapes. Ça peut être sympa de faire une fulgurance et de prendre 30 secondes sur tout le monde. Mais si, trois jours plus tard, on perd trois minutes à cause d’un coup de moins bien, ça n’aura servi à rien.

Oui, c’est peut-être moins spectaculaire de regarder ses watts et de gérer, mais au moins, on ne perd pas 15 places en troisième semaine d’un Grand Tour après avoir bossé six mois pour cette course. Je comprends l’idée de dire « c’est trop cadenassé », mais on a des outils, on connaît nos capacités. Et souvent, ceux qui gèrent le mieux sur un Grand Tour sont ceux qui font la différence en dernière semaine. Regardez Simon Yates sur le Giro cette année : le dernier jour, il n’a pas regardé ses watts, mais avant, il était en gestion, et finalement, c’est lui qui a gagné.

Quand on est en forme, on ne regarde pas le compteur. À la limite, juste pour savoir combien de kilomètres il reste. Mais quand on est moins bien, c’est là qu’il faut être en gestion et se calmer.

Ne pas avoir participé au Tour de France cette année, c’est une frustration ?

Non, pas du tout. Et ce sera pareil pour les années à venir. Je verrai avec l’équipe, mais si je ne fais pas le Tour de France les deux ou trois prochaines années, ça ne me dérange pas. Je préfère aller sur le Giro, plus ouvert, plus accessible, où il y a davantage de chances de performer. Sur le Tour, le niveau est presque inhumain, surtout en montagne. Le Tour de France, c’est une machine, le public est à fond, tout est réuni pour que ce soit une grande fête. Mais pour une première expérience, un autre Grand Tour, plus accessible, me paraît un meilleur choix de carrière.

Le Giro, je trouve que c’est quasiment parfait pour moi. La météo peut être spéciale, et il y a un enchaînement de cols qu’on ne retrouve pas ailleurs, comme sur la Vuelta cette année par exemple.

Quels sont les objectifs en 2026 ?

Pour l’instant, ils ne sont pas encore définis. On en parlera en octobre et on confirmera tout ça en décembre avec l’équipe. De mon côté, l’idée serait de faire mon premier Grand Tour l’année prochaine, mais aussi d’obtenir de meilleurs résultats sur des courses d’une semaine, notamment en World Tour. J’aimerais aussi découvrir des classiques d’un jour World Tour, comme Liège ou le Tour de Lombardie, si cela rentre dans mon programme. L’année 2026 sera encore une année d’apprentissage, même si j’espère avoir un rôle plus important. Mais toujours sans pression.

Pogacar, Vingegaard, Evenepoel… Ils dominent presque toutes les courses. Quel est votre regard sur cette domination ?

C’est particulier. Quand ils sont alignés sur une course, on sait qu’il ne reste que deux places pour le podium, sauf s’ils ont un souci. C’est impressionnant : un niveau jamais vu dans le cyclisme, et probablement incomparable dans d’autres sports. Mais ce n’est pas frustrant. Tout le monde bosse, la douleur, on la connaît tous, même le dernier du peloton. Après, ce sont les capacités de chacun, et d’autres facteurs, évidemment. Nous ne sommes pas tous égaux.

On se pose parfois des questions dans le peloton, on voit tous la même chose, on la vit tous. On travaille tous aussi dur, et pourtant, l’écart semble grandir à chaque course.

Votre petite sœur vient de passer professionnelle chez Winspace. Vous êtes fier d’elle ?

C’est super ! Elle le mérite, elle a beaucoup travaillé pour devenir pro. Elle a encore une belle marge de progression, elle est jeune et a plein de choses à améliorer. Mais elle va pouvoir vivre de sa passion. Dans la famille, on travaille tous dur, et ce n’est que le début. L’objectif, c’est de prouver qu’on peut jouer avec les meilleurs.

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