Tennis : Richard Gasquet, le symbole de la pression mise sur les Français
TENNIS – Richard Gasquet a annoncé ce jeudi prendre sa retraite. Retour sur la trajectoire du petit Mozart du tennis, sur qui on a sans doute fait peser bien trop de pression.
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En « Une » de Tennis Magazine à l’âge de 9 ans
Chez les hommes, aucun tennisman n’a gagné de tournoi du Grand Chelem depuis Roland-Garros 1983 et la victoire de Yannick Noah. Plus de 40 ans de disette et une certaine habitude qui s’est installée chez les suiveurs de tennis. Mais dans les années 90, le délai était plus court. Et pourtant, l’attente était déjà très longue. Jusqu’à ce que le média bimestriel Tennis Magazine fasse sa Une sur un jeune tennisman de neuf ans. Avec en titre « Le champion que la France attend ? ».
Ce tennisman ? Richard Gasquet, qui a annoncé ce jeudi prendre sa retraite à l’issue de Roland-Garros 2025. Un tournoi qu’il ne gagnera, sauf exploit majeur en 2025, jamais, comme aucun autre tournoi du Grand Chelem et comme aucun de ses compatriotes. « Cela met un peu trop de pression, trop de stress, c’est un peu trop gros quand tu as 9 ans de se voir sur des magazines, ça ne m’a pas spécialement aidé pour la suite », confiera le tennisman, en 2023, à propos de cette couverture, dans l’émission « En Aparté », diffusée sur Canal +. Mais la mise en lumière de Richie ne s’est pas arrêté à cette couverture. Tout au long de son éclosion, une pression monumentale a pesé sur les épaules du Français.

Progression linéaire dans sa fulgurance
Qui suit une progression linéaire dans sa fulgurance. Les étapes vers les sommets sont franchies les unes après les autres, avec brio. Autant dire que l’espoir placé en ce « gamin » de neuf ans, s’est renforcé quelques années plus tard. En 1999 et à l’âge de 12 ans, il remporte les Petits As, ce prestigieux tournoi considéré comme la Mecque pour les U14. Il y domine, durant son sacre, un certain Rafael Nadal, qui a, lui aussi, annoncé la fin de sa carrière ce jeudi. L’Espagnol remportera l’édition suivante en 2000. Avant eux, des joueurs comme Michael Chang (1986), Juan Carlos Ferrero (1994) se sont imposés, tandis que Magnus Norman s’est hissé en finale (1990). Dès lors, il est déjà considéré comme le plus grand espoir du tennis français.
Dès 2000, à l’âge de 14 ans, il dispute des matchs en « Future » (le premier échelon des tournois professionnels). En 2001, il participe aux qualifications du tournoi ATP de Marseille. La trajectoire est irrésistible. En 2002, il est champion du monde juniors, remporte Roland-Garros et l’US Open juniors et passe le premier tour du tournoi de Monte-Carlo, qui fait partie des Masters 1000 aujourd’hui (Masters Séries à l’époque), en s’offrant le 54e mondial, Franco Squillari. À 15 ans et 10 mois, il devient le plus jeune joueur à remporter un match de ce niveau. La pression se renforce. « Quand on t’appelle Le Génie tout le temps, c’est dur, c’est pesant », confiait Richard Gasquet en 2021, lors d’un live Instagram du média We Are Tennis. Arnaud Lagardère, investi dans le sport, dans les années 2000, décide de le parrainer en 2003.
En 2005, les premiers exploits. Il s’offre le numéro 1 mondial Roger Federer à Monte-Carlo. Avant de s’incliner contre Rafael Nadal. La première de ses 18 défaites contre l’Espagnol. Qui prendra un ascendant définitif sur le Français en le dominant de nouveau à Roland-Garros, sur la route du premier de ses 14 sacres Porte d’Auteuil. Richard Gasquet remportera Nottingham, un ATP 250 sur gazon. Et son revers émerveille.
Tombé sur une génération historique
Finalement, le plus grand malheur de Richard Gasquet et des nouveaux mousquetaires (Jo-Wilfried Tsonga, Gaël Monfils et Gilles Simon) c’est d’être tombé sur une ère de domination sans partage de trois tennismen. Roger Federer, Rafael Nadal et Novak Djokovic. De 2005 à 2018, seuls Andy Murray, Stan Wawrinka, Marin Cilic et Juan Martin del Potro ont remporté un Grand Chelem en dehors des trois cités. Durant le « prime » de la carrière du Français (de ses 19 ans à ses 31 ans), le tennis a été dans une ère de confiscation absolument historique des plus grands tournois.
Et Richard Gasquet, comme des champions comme David Ferrer, David Nalbandian, Nikolay Davydenko, Kei Nishikori et bien d’autres, ne seront jamais invités au banquet. Et la pression des attentes a fait place aux critiques. Qui redoublent lors d’un contrôle positif à la cocaïne en 2009. Le journal Libération est un des rares à nuancer. Pas forcément une défense, mais de la contextualisation, dans cet article du 22 avril 2008. Pourtant, il fera des apparitions dans le Top 10 mondial en 2007 et de 2012 à 2014. Avec trois demi-finales en Grand Chelem et trois finales en Masters 1000. Un bilan qui ferait la joie de n’importe quel tricolore actuel.
L’un des plus beaux revers à une main du tennis va nous quitter. 👋
Un coup qu’on ne risque pas d’oublier. 🥹
Richard Gasquet ❤️🇫🇷pic.twitter.com/o0UCLPQ8ab
— Univers Tennis 🎾 (@UniversTennis) October 10, 2024
Un coup fort manquant
Il manque au Français un autre coup fort : « Un meilleur service. On parle beaucoup de mon coup droit, mais je pense que c’est ça qui m’a handicapé pour battre d’énormes joueurs, avoue-t-il. Un gros service, un peu à la Jo (Wilfried Tsonga), je pense que ça m’aurait ouvert beaucoup de perspective. Quand tu n’as pas un service monstrueux, les points derrière, tu dois plus les construire, c’est plus difficile ». Moqué pour ses résultats, comme ses compères français de sa génération, c’est quand on a commencé à les perdre un par un et que dans le même temps, le tennis français s’enfonçait dans une vraie morosité (pour le coup), qu’on s’est peut-être rendu compte que Richard Gasquet, ce n’était peut-être pas si mal finalement.
Et si Richard Gasquet passait de l’autre côté de la barrière pour devenir entraîneur ? Plus que transmettre techniquement, il pourrait transmettre aux jeunes les erreurs à ne pas faire. Une idée que le joueur lui-même n’a pas réfuté, loin de là.


