XV de France : les (nombreuses) raisons d’un fiasco
Le XV de France a subi l’une des plus lourdes défaites de son histoire face à l’Angleterre dimanche, à Twickenham. Si l’échec est cuisant, son analyse en profondeur est capitale, pour essayer de changer les choses.
A en lire certains, on pourrait croire qu’ils découvrent que le XV de France va mal et pourtant, il y a encore quelques semaines, cette équipe perdait contre les Fidji, une nation bien inférieure au XV de la rose. A en lire d’autres, il faudrait simplement mettre tous les jeunes sur le terrain pour relancer cette équipe à la dérive et pourtant, le meilleur Tricolore à Twickenham était un certain Louis Picamoles, pas un premier venu.
Les joueurs alignés sur la pelouse dimanche ont évidemment leur part de responsabilité, mais essayons de voir plus loin que ces constats de comptoir de certains, remettant en cause l’intelligence même des joueurs ou leur talent.
Top 14, un championnat de sénateurs
Comme évoqué dans nos colonnes la semaine précédent le Crunch, si le Top 14 est un beau produit marketing, il ne permet pas de préparer les joueurs au niveau international. Des temps de jeu effectifs à peine au-dessus des 30 minutes quand sur le Tournoi, cela monte jusqu’à 41 minutes. Dans sa chronique, Julien Pierre, ancien international français, partageait cet avis et admettait qu’il n’était pas possible de demander à des joueurs d’augmenter leur temps de jeu effectif de la sorte, quand on sait en plus que l’intensité est plus élevée au niveau international.
Des organismes usés
C’est la conséquence du premier point, du produit marketing qui fait que les joueurs jouent trop. Alors, il y a cette fameuse liste des joueurs protégés qui limite le nombre de matchs dans la saison, mais le vrai problème n’est pas là. Le temps de coupure entre chaque saison est beaucoup, beaucoup, trop court et les organismes des joueurs s’usent beaucoup plus rapidement. Le rugby est un sport de combat (collectif) et les joueurs ont besoin de temps chaque saison pour pouvoir réellement régénérer leur corps et ensuite, le préparer pour un nouvel exercice. Chaque année, ce temps accordé au repos et à la préparation est trop court. Ajoutez cela au rythme effréné du Top 14 et de la Coupe d’Europe, et vous avez des joueurs usés à 25 ans. Oui, c’est une réalité.

Le Top 14, pas le seul fautif de la déroute bleue – Icon Sport
La poisse concernant les blessures
On ne peut pas tout mettre là-dessus, mais Jacques Brunel n’a pas vraiment eu de chance avec les blessures. De nombreux joueurs sur qui il comptait ont été souvent blessés, à l’image des Clermontois Morgan Parra et Wesley Fofana. D’une période internationale à une autre, cela a toujours été compliqué de reconduire une même équipe et d’y installer des joueurs à des postes clés, notamment à la charnière. On se souvient d’Antoine Dupont et Matthieu Jalibert lors du 6 Nations 2018 : les deux jeunes joueurs avaient été sérieusement touchés lors du match inaugural face à l’Irlande au Stade de France (défaite 13-15).
Pas les premiers choix pour encadrer Brunel
Pour encadrer Jacques Brunel, et sans faire offense aux trois adjoints en place que sont Jean-Baptiste Élissalde, Sébastien Bruno et Julien Bonnaire, ils n’étaient pas forcément les premiers choix de la Fédération et manquent peut-être d’expérience à ce niveau. Le très haut niveau, justement, demande une très grande exigence et tous les détails comptent. Avoir des encadrants d’expérience n’est pas du luxe, surtout pour une équipe qui est en plein doute.

Jacques Brunel lors de la dernière tournée d’automne – AFP
Une exigence globale du haut niveau inférieur ?
Sur le match face aux Anglais, les Français ont semblé totalement dépassés physiquement par leur adversaire. Si les premiers points peuvent être pris en compte (joueurs usés), la différence de puissance était tellement nette qu’on peut se demander si les Bleus ont la même exigence que les joueurs du XV de la Rose, en ce qui concerne le haut niveau : préparation, musculation, nutrition ou encore hygiène de vie. Loin de là l’idée de dire que les joueurs français ne sont pas professionnels, mais plutôt de se demander s’ils répondent à tous les critères des joutes internationales, avec autant d’implication que leurs adversaires ? Ce travail-là est celui du quotidien, dans les clubs, et non celui des quelques jours en équipe de France.
Une préparation mentale adéquate ?
Même s’il y a eu des progrès en France à ce niveau-là, la préparation mentale poussée n’est pas encore entrée dans toutes les têtes, comme un facteur aussi important que la préparation physique. Le tout n’est pas d’être performant 75% du temps sur le terrain, mais de l’être le plus proche des 100%, en travaillant mentalement sur les aspects de la concentration, mais aussi de la réaction à un échec. Lorsque l’on regarde le bilan des Bleus depuis la Coupe du monde 2011, il y a de quoi se poser des questions.
Pas assez confiance aux jeunes talents
S’il ne faut pas tomber dans la tentation excessive de la jeunesse, il est important de donner la chance aux meilleurs d’entre eux. Jacques Brunel l’a fait avec certains, il pourrait le faire avec d’autres, avec un temps de jeu plus conséquent. On pense évidemment à Antoine Dupont ou à Sekou Macalou, qui n’est même plus dans le groupe. Mais si vous avez bien lu jusque-là, installer des jeunes ne changera pas le problème de l’équipe de France sur le long terme, quelques coups d’éclat seront possibles grâce au talent, mais cela ne permettra en rien de redevenir dominant.
Antoine Dupont face aux Anglais – Icon Sport
Vous l’aurez compris, les maux du XV de France ne peuvent pas être la seule faute d’un sélectionneur, des joueurs ou des instances. C’est une remise en question globale du rugby en France qui doit être lancée, à tous les étages, car tout le monde est responsable.


