Volley Mondial 2025 (H) : Les Bleus sortis en poule, anatomie d’une chute
CHAMPIONNAT DU MONDE HOMMES DE VOLLEYBALL 2025 – Double champions olympiques, les Bleus ne sont même pas sortis des poules. Comment expliquer une telle désillusion ?
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Ce ne sera pas pour cette fois. Jamais l’équipe de France hommes n’a été sacrée championne du monde de volleyball (avec pour seul résultat d’envergure une médaille de bronze en 2002). Pourtant, ce devait être pour cette fois. Se présenter au Mondial nantis du statut de double champions olympiques promettait que les Bleus allaient cette fois réussir leur coup.

Ils avaient échoué en 2022, sortis au bout d’un quart de finale monumental par les Italiens. Mais ce n’était « qu’une défaite » contre une des meilleures nations de la planète volley. Qui plus est, il paraissait évident qu’assumer un statut de favoris était compliqué à ce moment-là, ce qui avait par exemple coûté un Euro désastreux au sortir de leur premier sacre olympique. Le triomphe en Ligue des Nations avant le Mondial 2022 devait être tempéré, certaines grandes nations ayant délibérément zappé l’objectif.
Des signes avant-coureurs ?
Mais cette fois, ce devait être la bonne. Car l’été dernier, l’équipe de France était devenue la troisième sélection de l’histoire à conserver son titre aux Jeux Olympiques (après feu l’URSS et les États-Unis). Le tout en devant supporter la pression de défendre son titre devant son public. Outre le titre et la joie inoubliables, la portée historique de ce sacre devait être mise en avant.

Mais à y réfléchir de plus près… Si on se rappelle bien, les Bleus avaient perdu leur dernier match de poule contre la Slovénie, avaient du mal à réellement se libérer, ont été menés deux manches à rien par l’Allemagne en quarts de finale… avant d’allumer la lumière et de devenir irrésistibles, puisqu’ils ne perdront plus un set du tournoi. Cette capacité à passer de rien à tout, a subitement se lâcher pour jouer un volley phénoménal est une force qui a fait de l’équipe de France ce qu’elle est. Mais que se passe-t-il si elle n’arrive pas à allumer la lumière ? C’est ce qu’il s’est passé aux Philippines.
D’autre part, les Bleus ont réussi une belle phase de poule de Ligue des Nations, avec 8 victoires pour 4 défaites, mais ont calé dès les quarts face à… la Slovénie, encore. Le tout après avoir dominé cette même équipe en poule, et en trois sets secs. Le signe d’une usure ? Ou alors de Bleus qui inconsciemment en gardaient pour le grand rendez-vous ? L’échec en 2022 avait justement été atténué par cette victoire en Ligue des Nations, qui expliquait que les Français étaient peut-être tombés en passe d’essence en fin de match contre l’Italie. Sauf que l’an dernier, ils ont réalisé le doublé Ligue des Nations – Jeux Olympiques : c’est donc possible, ils l’ont prouvé.

Pas au niveau attendu
La France n’avait plus perdu depuis une éternité contre la Finlande avant mardi. Logique, puisqu’il s’agit d’une nation dite « mineure » du volley, qui n’a jamais participé aux Jeux Olympiques par exemple. Alors oui, indiscutablement, les Scandinaves ont fait le « match de leur vie », avec notamment un incroyable Joonas Jokela (qui a signé à Cambrai, belle ironie). Mais jamais, au grand jamais, les Bleus n’auraient dû perdre ce match.

Un manque de maîtrise confondant, notamment sur les points importants. Et surtout un set décisif complètement raté, dans lequel les Bleus ont été menés 9-2 ! Les grands joueurs dans les grands matchs, c’est ce qu’on entend toujours. Où étaient-ils ? 39 fautes au total dans le match, mais surtout, aucun esprit de corps comme on avait pu le voir à Paris. La force collective des Bleus les rendaient uniques, en regardant le match, on avait plutôt l’impression d’un « à toi, à moi ».
Contre l’Argentine, ce fut encore une autre histoire. Quand les Bleus ont été menés deux manches à rien, on appelait de tous nos vœux le même scénario que contre l’Allemagne en quarts de JO. Et quand ils sont remontés à deux manches partout, on n’imaginait pas que le match leur filerait entre les doigts avec un tel ascendant. C’est pourtant ce qu’il s’est passé, avec en prime la désagréable impression que les Bleus attendaient que la victoire leur tombe toute cuite dans le bec dans le tie-break, sans faire les efforts nécessaires.
Pas d’excuses à avoir
Alors bien sûr, on peut trouver des excuses. Des blessures d’abord. Trevor Clévenot était clairement diminué, Nicolas Le Goff n’était pas dans sa meilleure forme, Earvin Ngapeth n’a pas semblé au niveau physiquement, et Barthélémy Chinenyeze s’est blessé salement contre l’Argentine. Un défaut de préparation ou juste de la malchance ? Peut-être que c’est juste l’usure du temps qui fait son œuvre après tout. S’est forcément posée, avant la compétition, l’éternelle question : conserver le noyau des champions olympiques, ou renouveler l’effectif ? Kévin Tillie était le seul à avoir été sacré à Paris et à être absent aux Philippines, donc le staff a clairement choisi l’option 1.
Sachant qu’un an de plus dans les jambes ne peut clairement pas expliquer une fin de cycle. Pourtant, cela y ressemble fort. Néanmoins, quand on prend l’effectif présent au Mondial, ils sont 8 à avoir 30 ans ou plus. Mais 30 ans, ce n’est pas la fin pour un sportif. Cette équipe se connaît par cœur depuis dix ans, a gagné deux fois les Jeux, et pour certains quatre fois la Ligue Mondiale / Ligue des Nations. Trop confortable ? En tout cas, la réaction d’après-match de Benjamin Toniutti, le capitaine, interroge (propos recueillis par L’Équipe).
On a tout fait, oui, dans la préparation on était au taquet. On a fait une super préparation, on a raté un match qui nous a coûté notre qualification. C’est comme ça.
Pour la remise en question, on repassera. Si la préparation avait été « super », elle n’aurait pas débouché sur ce fiasco. Certes, rater un match, cela arrive, mais une équipe avec une telle expérience sait forcément qu’une seule défaite peut tout changer dans une compétition de ce niveau. Pourtant, c’est pour profiter de cette expérience que le groupe a été conservé quasi intact. D’où l’impression de fin de cycle.
#Philippines2025 🇦🇷 Albiceleste eliminate Olympic Champions France in a thriller tie-break win! (3-2) 💥
A rollercoaster match, a heroic fight and a ticket to the Round of 16 punched in style 👊✨
Watch the replay on VBTV 📺 #MWCH #Volleyball #ElectrifyingPhilippines pic.twitter.com/iDHs6riq9D
— Volleyball World (@volleyballworld) September 18, 2025
Il y avait bien quelques nouveaux, puisqu’un roster pour les Mondiaux est plus important que pour les JO (14 contre 12). Mathis Henno, François Hietz et Benjamin Diez ont été du voyage… et n’ont quasiment été utilisés que lorsque les Bleus étaient en difficulté pour tenter de provoquer un électrochoc. Bien évidemment, cela n’a pas marché, parce que pourquoi compter sur les nouveaux quand les anciens sont supposés tenir la baraque ?
L’heure des choix
Dans un volley français qui – chez les hommes comme chez les femmes ou dans les catégories de jeunes – est en pleine explosion, comme en témoigne le quart de finale inattendu des Bleues au dernier Mondial, on n’est plus habitué à l’échec. Celui-ci est tellement retentissant qu’on imagine qu’il aura des répercussions, comme le départ – volontaire ou non – de certains joueurs, voire un renvoi du sélectionneur Andrea Giani, certes pas forcément exempt de tous reproches, mais les premiers responsables, ce sont toujours les joueurs.
Les tauliers du groupe n’ont pas répondu présent comme on le souhaitait. Earvin Ngapeth en premier lieu, est passé à côté de son Mondial. Et quand on a une telle star, qu’on l’a vu dominer le volley pendant dix ans, parfois, on le regarde jouer et on attend qu’il gagne le match à lui tout seul. Et quand on se rend compte que ça n’arrivera pas, il est souvent trop tard. Meilleur joueur du monde l’an dernier, Trevor Clévenot n’a clairement pas brillé. L’impact d’Antoine Brizard est également discutable, mais la faillite reste avant tout collective.
#Philippines2025 🇫🇮 Finland SHOCKS France, the two-time Olympic champions, in a 5-set thriller!
Fearless plays and a historic win for the Finns 👊✨
📺 Watch the replay on VBTV: https://t.co/tLeKGVNZId#MWCH #Volleyball #ElectrifyingPhilippines pic.twitter.com/woyy2u4kOv
— Volleyball World (@volleyballworld) September 16, 2025
Au service, en attaque, en réception, au block : les Bleus ont été défaillants dans tous les compartiments du jeu. Ce n’est pas une histoire de stats, c’est une vision des rencontres dans lesquelles les Français n’auront jamais enchaîné, n’auront jamais démarré. Parfois, on attend le déclic, et souvent, avec ces Bleus, il a lieu. Le quart contre l’Allemagne aux JO 2024, le match apocalyptique pour assurer la qualification contre le Brésil aux JO 2021, et quand il arrive, cela ramène quasiment toujours de l’or.
Mais quand il n’arrive pas, comme ici ou à l’Euro 2021, c’est un fiasco dont il faut tirer les conséquences. En 2021, cela avait coûté la tête du tout nouveau sélectionneur Bernardo Rezende. Mais peut-on vraiment virer un Andrea Giani qui a deux Ligues des Nations et une médaille d’or olympique à son palmarès ? Non, il va falloir prendre des décisions difficiles, renouveler l’effectif en profondeur, expérimenter notamment lors de l’Euro 2026, et arriver avec un collectif de nouveau huilé pour réussir ce que personne n’a jamais fait (chez les hommes) : remporter trois fois d’affilée le titre olympique en 2028 à Los Angeles. Rester au sommet a un prix, reste à savoir si les Bleus seront prêts à le payer.


