De retour à Benfica, José Mourinho fait-il toujours partie du gratin des entraîneurs ?
FOOTBALL – José Mourinho est de retour sur un banc portugais, celui du Benfica, là où tout avait commencé pour le technicien lusitanien. Est-ce une régression dans sa carrière ou, au contraire, la preuve qu’il reste un grand entraîneur capable de relever tous les défis ? On fait le point.
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José Mourinho ne laisse personne indifférent. Et chaque signature du Special One fait réagir. Alors, quand il s’engage avec le Benfica le 18 septembre 2025, c’est forcément un événement. À 62 ans, il revient sur le banc du club de ses débuts, celui qui lui avait offert sa première chance comme entraîneur principal.
Une expérience courte, en 2000, de seulement neuf matchs, marquée par un désaccord précoce avec le président Manuel Vilarinho. Mourinho avait demandé une prolongation de contrat, refusée, et avait aussitôt démissionné. Un épisode qui annonçait déjà le tempérament d’un homme de convictions. Et fidèle à sa réputation, le Portugais continue de défrayer la chronique : il a récemment été accusé de ne pas avoir réglé une facture d’hôtel en Turquie (près de 750 000 €), alors qu’il entraînait Fenerbahçe.
Un constat : José Mourinho n’entraîne plus les très grands clubs
La lecture de ces lignes fera peut-être grincer des dents certains supporters, mais depuis son départ de Manchester United en 2018, José Mourinho n’a plus dirigé de club du gotha européen. Passé par Tottenham (2019-2021), l’AS Rome (2021-2024), Fenerbahçe (2024-2025) et désormais Benfica, il évolue désormais dans une autre sphère. Des clubs solides, historiques, mais pas des références mondiales comme le Real Madrid, Chelsea ou l’Inter Milan qu’il avait menés au sommet.
Cette trajectoire peut sembler être une légère rétrogradation comparée à d’autres techniciens de sa génération. Carlo Ancelotti, rival du « Special One » depuis les années 2000, est revenu sur le banc du Real Madrid après des passages à Naples et Everton. Il y a remporté deux nouvelles Ligues des champions (2022 et 2024) avant de prendre les rênes de la sélection du Brésil – peut-être le poste le plus prestigieux du football mondial. Zinédine Zidane, lui, triple vainqueur de la C1 avec le Real (2016-2018), pourrait prochainement s’asseoir sur le banc des Bleus.

Luis Enrique, auréolé d’une victoire historique en Ligue des Champions avec le PSG, a lui aussi dirigé le Barça (2014-2017), l’Espagne (2018, puis 2019-2022) et le PSG depuis 2023. Et que dire de Pep Guardiola, installé à Manchester City depuis 2016 après avoir triomphé au Barça et au Bayern Munich ? Face à de tels palmarès, le parcours récent de Mourinho semble en effet marquer un recul.
Un entraîneur encore capable de gagner
Mais qu’est-ce qu’un grand entraîneur ? Est-ce celui qui dirige les plus grands clubs ou celui qui réussit à gagner malgré des moyens plus modestes ? Si l’on choisit la seconde définition, José Mourinho a encore son mot à dire. Lorsqu’il prend en main l’AS Rome, le club italien n’a plus gagné de coupe d’Europe depuis 1961. En 2022, il lui offre la Ligue Europa Conférence. Un trophée mineur pour certains, mais un symbole fort : il devient alors le premier entraîneur de l’histoire à remporter les cinq finales européennes qu’il a disputées.
Ce succès, obtenu face à Leicester puis au Feyenoord – qui avait éliminé l’OM en demi-finale – prouve qu’il sait toujours transmettre la culture de la gagne. Et même s’il échoue de peu en finale de Ligue Europa en 2023, Mourinho a fait de la Roma un club redevenu compétitif sur la scène continentale.
Son ratio de victoires reste solide : 52,3 % à Tottenham, 49,2 % à la Roma, 59,7 % à Fenerbahçe. Des chiffres respectables compte tenu des effectifs à sa disposition, loin des 71,9 % atteints au Real Madrid (2010-2013) ou des 67,8 % à Chelsea (2004-2007). Mourinho n’est peut-être plus dans l’élite des clubs, mais il reste dans l’élite des entraîneurs.
Vers une sélection nationale pour l’apothéose ?
Et si, pour boucler la boucle, José Mourinho devait enfin prendre les rênes d’une sélection nationale ? Carlo Ancelotti vient de le faire avec le Brésil. Zinédine Zidane pourrait l’imiter après la Coupe du monde 2026. Thomas Tuchel, finaliste de la Ligue des champions avec le PSG puis vainqueur avec Chelsea l’année suivante, a pris les commandes de l’Angleterre. Mourinho, lui, n’a encore jamais dirigé de sélection. Mais il ne s’en cache pas : « Je veux participer à un Euro ou une Coupe du monde, unir un pays autour de sa sélection, comme j’ai pu le faire avec des clubs et leurs supporters », confiait-il le 31 décembre 2024 au Corriere dello Sport.
Vainqueur des trois Coupes d’Europe en club, José Mourinho pourrait entrer encore un peu plus dans la légende s’il venait à triompher avec une sélection. Rinus Michels avait conquis la Ligue des champions avec l’Ajax (1971) puis l’Euro avec les Pays-Bas (1988). Vicente del Bosque a fait mieux encore avec le Real Madrid (2000, 2002) puis l’Espagne (Mondial 2010 et Euro 2012). Marcello Lippi a réalisé le doublé C1 – Coupe du monde avec la Juventus (1996) et l’Italie (2006). Trois trajectoires qui pourraient inspirer le fantasque Portugais. Mais une question demeure : quelle sélection osera lui confier son destin ?


