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Edito : l’incident Gery-Niewiadoma, symbole du grand n’importe quoi des réseaux sociaux

Flo Ostermann

Publié le

Edito l'incident entre Gery-Niewiadoma, symbole du grand n'importe quoi des réseaux sociaux
Photo Icon Sport

ÉDITO – Il y avait matière à discuter après l’incident entre Célia Gery et Kasia Niewiadoma dans le final de la 8e étape du Tour de France Femmes 2026. Mais certainement pas matière à ce qui a suivi. Prise pour cible sur les réseaux sociaux, la championne de France a reçu insultes, menaces de mort et de viol. Une déferlante qui dépasse très largement le cadre d’une simple polémique sportive.

Gery-Niewiadoma, quelques secondes qui ont suffi

Quelques secondes. C’est finalement tout ce qu’il aura fallu. Samedi, dans le final de la 8e étape du Tour de France Femmes 2026, Célia Gery et Kasia Niewiadoma au coude à coude près des barrières. La Polonaise a estimé que la championne de France l’avait volontairement tassée au pied de la Côte de la Ginestre, à 10 bornes de l’arrivée. Passée la ligne, encore remontée, elle est allée jusqu’à expliquer avoir perdu tout le respect qu’elle avait pour la Française, ainsi que l’équipe française.

Des mots forts. Sans doute trop forts à mes yeux. Mais sur l’incident en lui-même, difficile d’avoir un avis aussi catégorique. Les images peuvent donner raison à l’une comme à l’autre selon la manière dont on les regarde. C’est un final de course, ça frotte, ça joue des épaules et personne ne veut céder sa place. On peut considérer que Gery va trop loin, ce n’est pas mon avis. On peut aussi trouver la réaction de Niewiadoma disproportionnée. Là aussi, chacun son point de vue.

Et après tout, c’était ça le débat. Un débat de cyclisme. Il aurait très bien pu s’arrêter là.

Puis les réseaux sociaux se sont emballés

Évidemment, il ne s’est pas arrêté là. Très vite, les images ont tourné partout. Chacun a revu la scène, parfois image par image, pour déterminer qui était la coupable et qui était la victime. Rien de bien surprenant jusque-là. C’est aussi le jeu lorsqu’un incident intervient dans le final d’une étape ou d’une course cycliste.

Sauf qu’une partie des réactions a rapidement basculé dans autre chose. Célia Gery a été insultée. Puis menacée. Menaces de mort, de violences physiques, de viol, messages visant également ses proches… Tout cela parce qu’une cycliste aurait, selon certains, trop serré une adversaire contre les barrières dans une fin d’étape. À un moment, il faut quand même se demander où on en est arrivé.

On ne parle pas d’un débat qui aurait simplement été un peu trop loin. On parle de personnes qui ont regardé une course de vélo, se sont énervées devant un incident et ont ensuite trouvé parfaitement normal d’aller écrire à une jeune femme de 20 ans pour lui souhaiter les pires choses imaginables. Le décalage est complètement dingue.





Depuis quand faut-il absolument choisir son camp ?

C’est peut-être aussi ce que cet épisode raconte des réseaux sociaux. Cette nécessité permanente de choisir son camp, puis de défendre sa vérité comme si tout le reste n’existait plus.

Samedi soir, il fallait être avec Gery ou contre Gery. Avec Niewiadoma ou contre Niewiadoma. Dire que les images laissaient une place au doute devenait presque impossible au milieu des jugements définitifs qui tombaient les uns après les autres.

Pourtant, on a encore le droit de ne pas savoir. On a le droit de penser que Célia Gery aurait pu laisser davantage de place. De trouver que Kasia Niewiadoma avait des raisons d’avoir eu peur. Et dans le même temps de considérer que les déclarations de la Polonaise après l’arrivée étaient excessives.

Ce n’est pas manquer de courage que de ne pas transformer chaque incident sportif en affaire avec un gentil d’un côté et un méchant de l’autre.

Surtout quand tout cela part d’une situation qui s’est jouée à pleine vitesse, dans la tension d’une fin d’étape du Tour de France Femmes.

Les larmes de Célia Gery ont rappelé une évidence

Le lendemain, Célia Gery a craqué. Et ces images ont peut-être permis à certains de comprendre que derrière le maillot de championne de France, il y avait tout simplement quelqu’un qui recevait les messages envoyés depuis la veille.

Parce qu’on entend encore trop souvent qu’un sportif professionnel doit savoir prendre du recul. Qu’il ne faut pas lire les commentaires. Qu’il suffit de fermer les réseaux sociaux lorsque ça devient trop violent.

C’est pratique. Cela permet surtout de déplacer le problème vers celui qui reçoit les insultes plutôt que vers celui qui les écrit.

Stephen Delcourt, boss de la formation FDJ United-Suez, a raconté à quel point la jeune Française avait été touchée par cette déferlante. Et vu la nature de certains messages reçus, comment aurait-il pu en être autrement ? Il y a un monde entre écrire qu’une cycliste a commis une faute et lui souhaiter de mourir. Un monde que certains ont franchi sans visiblement se poser beaucoup de questions.

Et toujours cette même violence envers les femmes

Difficile également de faire comme si la nature de certaines menaces était anodine. Pourquoi le viol revient-il si rapidement lorsqu’il s’agit d’attaquer une sportive ? Quel rapport avec ce qui s’est passé samedi sur la route ? Aucun, évidemment.

Les sportifs masculins prennent eux aussi des tombereaux d’insultes et de menaces. Mais chez les femmes, cette violence prend régulièrement une tournure sexuelle. Comme si la moindre polémique offrait à certains une occasion rêvée de ressortir tout ce que les réseaux sociaux comptent de plus misogyne.

Célia Gery aurait pu faire la pire manœuvre imaginable dans ce final que cela n’y changerait rien. Une menace de viol n’est pas une critique. Une menace de mort n’est pas un avis. Et l’anonymat derrière un compte X ou Instagram ne transforme pas la haine en passion sportive.

Tout ça pour quoi, finalement ?

C’est probablement ce qui me reste de cet épisode. Tout ça pour quoi ?

Pour quelques secondes dans le final d’une étape. Un incident, un fait de course, comme le cyclisme en connaît régulièrement et dont on aurait probablement reparlé quelques minutes avant de passer au classement général, à l’étape du lendemain et à la fin du Tour.

À la place, une jeune championne de France a terminé son premier Tour de Francce avec des centaines de messages haineux sur son téléphone.

On peut continuer à parler de l’incident avec Kasia Niewiadoma. On peut revoir les images et considérer (ou non) que Célia Gery a commis une faute. On peut également estimer que la Polonaise est allée beaucoup trop loin dans ses déclarations. C’est le sport. On débat, on n’est pas d’accord et, parfois, on ne le sera jamais.

Mais il faudrait peut-être arrêter de confondre passion et hystérie collective.

Le cyclisme est un sport. Le Tour de France Femmes est une course de vélo. Célia Gery et Kasia Niewiadoma sont deux championnes qui se sont accrochées dans un final tendu. Rien de ce qui s’est passé samedi ne méritait la violence qui a suivi. Absolument rien.

Et au bout du compte, le plus inquiétant dans l’incident Gery-Niewiadoma n’est certainement pas ce qui s’est passé au pied de la Côte de la Ginestre. C’est tout ce qui s’est passé derrière les écrans.

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