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Tour de France 2026 : pourquoi l’étape reine des Pyrénées peut-elle accoucher d’un flop

Etienne Goursaud

Publié le

Tour de France 2026 pourquoi l’étape reine des Pyrénées peut-elle accoucher d’un flop
Photo Icon Sport

TOUR DE FRANCE 2026 – Étape reine des Pyrénées, la 6e étape et son arrivée à Gavarnie-Gèdre peuvent-elles accoucher d’un flop ? On essaye de répondre à la question.

C’est l’étape reine des Pyrénées. Les deux mythiques cols d’Aspin et du Tourmalet, deux des ascensions les plus empruntées par le Tour de France, avant une arrivée à Gavarnie-Gèdre. La 6e étape du Tour de France 2026 sera montagneuse. Mais l’ascension de Gèdre (18,7 km à 3,7 %) pose question.

Une longue montée qui peut s’apparenter à un long faux plat, à l’échelle d’un cycliste professionnel, bien entendu. Cette montée, peu propice aux grimpeurs, peut-elle bloquer l’étape au point de voir 30 ou 40 coureurs dans le groupe des favoris ? C’est ce que craignent bon nombre d’observateurs. Pourtant, l’histoire nous a parfois montré l’inverse.

Gavarnie-Gèdre, présentation de la dernière montée de la 6e étape du Tour de France 2026

Autant le dire, les grimpeurs purs ne seront pas à la fête dans cette dernière montée. 18,7 km à 3,7 % de moyenne : dans une configuration de montée sèche, on aurait été tenté de dire que certains sprinteurs auraient pu se disputer la victoire. Là, avec le col d’Aspin (12,5 km à 6,5 % de moyenne) et le col du Tourmalet (16,9 km à 7,5 % de moyenne) dans les jambes, ce sera une tout autre musique.

Pour revenir à cette ascension finale, outre un pourcentage moyen très faible, la route est marquée par près de 10 km entre 1,5 et 3 %. Les coureurs rouleront à 35-40 km/h dans ces portions, selon le vent, qui peut être de dos dans la montée. Le final sera un poil plus raide, avec des pentes qui vont se rapprocher des 4-5 %, voire légèrement les dépasser par moments. On ne sera pas dans des pentes raides.

Contrairement à l’arrivée à Cauterets-Cambasque lors du Tour de France 2023, déjà lors de la 6e étape, il n’y aura pas de vallée entre le bas du col du Tourmalet et le pied de Gavarnie-Gèdre. De quoi limiter les temps morts, mais aussi maintenir une tension permanente avant cette longue montée finale.



Le risque : les favoris se neutralisent dans le Tourmalet de peur de payer l’addition dans le final

Cette montée peu pentue va privilégier les profils puissants. Il faudra emmener du braquet. Pour tenir ce rythme et avoir la puissance nécessaire sur près de 30 minutes d’effort, il ne faudra pas entamer la montée avec trop de fatigue.



Ce profil peut-il neutraliser les velléités offensives des favoris ? C’est la crainte. Attaquer et se livrer bataille dans le Tourmalet, c’est prendre le risque de prendre le boomerang dans Gavarnie-Gèdre. Pire, si un homme parvient à s’isoler dans le Tourmalet, pourra-t-il résister seul dans ces longs faux plats face à un groupe ? D’autant plus dans la configuration moderne, avec des super-teams comme UAE Team Emirates-XRG, Red Bull-BORA-hansgrohe ou encore Visma | Lease a Bike, qui pourraient avoir plusieurs coureurs autour de leurs leaders respectifs.

Un coureur qui se fait avaler à 8 ou 9 km du sommet peut-il ensuite avoir la force de reprendre les roues ? Car si c’est roulant, il faudra tout de même avoir les watts pour accrocher le wagon. Un coureur décramponné pourrait payer une addition très chère. Même sur ces profils, on peut céder 15 à 20 secondes par kilomètre. Est-ce que cela va freiner les coureurs ? La question mérite d’être posée.

Le Giro nous a parfois montré que le spectacle pouvait être intense même avec une montée finale roulante

Ceci étant dit, on est loin d’une fatalité. Il faut se tourner vers le traditionnel Tour d’Italie pour trouver des exemples de spectacle, malgré des montées finales parfois roulantes. L’enchaînement du terrible Mortirolo et de la montée d’Aprica en est le parfait exemple. Que ce soit en 2010 ou en 2015, il s’y est toujours passé quelque chose. En 2010, Ivan Basso avait pris le pouvoir face à David Arroyo. Ce dernier, revenu tout près au pied de la montée d’Aprica, avait explosé sur les pentes roulantes.

En 2015, Alberto Contador avait attaqué Fabio Aru dans le Mortirolo. Mikel Landa avait ensuite attaqué son compatriote dans Aprica. Malgré les faibles pourcentages, le Basque avait repris 38 secondes au maillot rose. Aprica, c’est 14 km à 3,8 % de moyenne. On est dans les cordes de ce qui attendra les coureurs du Tour de France cet été.

Richard Carapaz avait pris le pouvoir lors de la 14e étape du Giro 2019, avec une arrivée à Courmayeur, en s’imposant avec 1:32 d’avance sur Simon Yates. Pourtant, voir un homme s’imposer en solitaire ne coulait pas de source. Avec une descente du Colle San Carlo très roulante et peu favorable à un homme seul, puis près de 9 km de faux plat montant aux alentours de 3 %, l’affaire semblait loin d’être évidente. L’Équatorien remportera finalement ce Tour d’Italie. Son exemple peut être une source d’inspiration.

Le col du Tourmalet comme point stratégique, avec des équipiers à l’avant ?

On évoque le risque d’un homme seul. Mais un homme qui s’isole dans le Tourmalet peut ne pas être seul longtemps. On peut avoir un scénario avec une échappée à l’avant et un ou plusieurs coéquipiers d’un leader qui aurait attaqué dans la mythique ascension. Cela changerait considérablement les choses, avec des équipiers capables de se mettre à la planche pour leur leader dans la transition et la montée finale.

Imaginons qu’un Jonas Vingegaard parvienne à décramponner Tadej Pogačar et qu’il retombe sur un Wout van Aert à l’avant. Avec la forme retrouvée du Belge et une montée qui lui va comme un gant, la facture pourrait être salée pour tous les autres favoris à l’arrivée. En 2023, le Danois avait porté son attaque dans le Tourmalet, sans décramponner le Slovène, avant de retomber sur le Belge. Si la tactique s’était retournée contre le futur vainqueur du Tour cette année-là, on avait assisté à une étape absolument exceptionnelle.

On rappellera aussi le gros relais du Belge, l’an passé, dans la partie roulante avant Sestrières, pour Simon Yates. Le Britannique avait creusé l’écart dans le Colle delle Finestre. Grâce à « WVA », il avait pu définitivement renverser le Giro. Une preuve supplémentaire qu’une montée roulante, placée après un grand col, peut devenir un terrain stratégique majeur si les équipes osent anticiper.

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