21 virages, une foule immense : le mythe de l’Alpe d’Huez expliqué
TOUR DE FRANCE 2026 – L’Alpe d’Huez revient à deux reprises cette année. Comment la montée aux 21 virages est-elle devenue aussi mythique ?
L’Alpe d’Huez fascine autant qu’elle fait peur ! Introduite en 1952 et « baptisée » par Fausto Coppi, premier vainqueur sur la route de son second sacre cette même année, elle est devenue une ascension mythique bien au-delà du Tour de France. Véritable lieu de pèlerinage, elle attire en moyenne 300 cyclistes par jour, venus s’attaquer aux 21 virages mythiques.
Pourtant, si la montée est difficile, classée hors catégorie, elle ne l’est pas davantage qu’un col du Galibier ou que le Plateau de Beille dans les Pyrénées. Climbfinder la classe 75e dans la région Auvergne-Rhône-Alpes. Longue de 14 km, avec 8 % de moyenne, c’est une montée exigeante. Mais comment est-elle autant entrée dans la légende ?
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Une institution à partir de 1976
Si l’Alpe d’Huez est apparue pour la première fois sur la route du Tour de France en 1952, il faudra attendre 24 longues années pour revoir les 21 virages sur la Grande Boucle. Revenue en 1976, la montée iséroise va lier son destin avec le mois de juillet, avec 32 ascensions au total.
De 1976 à 1992, le Tour de France ne boudera la montée qu’à deux reprises, en 1980 et en 1985. Soit 16 passages, avec deux étapes lors du Tour 1979. Ce sera encore le cas cette année. Si ce n’est que, lors de la 20e étape entre Le Bourg-d’Oisans et l’Alpe d’Huez, les coureurs aborderont la montée via le Col de Sarenne et non par les 21 virages.
Depuis 1994, le Tour de France y est retourné à 15 reprises. Ce qui fait de cette arrivée au sommet la plus empruntée de l’histoire de l’épreuve. Même si les passages se font plus rares ces dernières années. La dernière fois qu’ASO a posé ses valises dans la station, c’était en 2022. En 11 ans, le Tour n’y est revenu que trois fois. Une petite anomalie dans ce demi-siècle, que la Grande Boucle est en train de réparer en 2026.
Le Tour de France Femmes a également commencé à lier son destin avec les 21 virages, pour conclure l’édition 2024. Au terme d’un scénario absolument dingue, Demi Vollering a remporté l’étape, mais échoué pour quatre secondes à conserver son titre, acquis en 2023 sur la Grande Boucle.
Un maillot jaune au sommet de l’Alpe d’Huez souvent identique à celui de Paris
Le Tour de France se gagne tous les jours et peut se perdre en une seule journée. Néanmoins, c’est souvent dans la montagne que les histoires et les légendes s’écrivent. Qu’elles soient belles ou tragiques. L’Alpe d’Huez a la chance de ne pas avoir un destin tragique comme le Mont Ventoux, où Tom Simpson a perdu la vie le 13 juillet 1967. Au contraire, l’Alpe d’Huez a lié son histoire avec le maillot jaune.
Sur les 32 arrivées au sommet depuis 1952, seulement cinq fois celui qui a revêtu le maillot jaune à l’Alpe d’Huez n’a pas terminé en jaune à Paris. Pedro Delgado (1987), Laurent Fignon (1989), Ronan Pensec (1990), François Simon (2001) et Andy Schleck (2011) n’ont pas pu conserver la 1re place du général après avoir pris le maillot*. Pour le dernier cité, de façon cruelle, car il l’a perdu le lendemain lors du chrono de Grenoble. Le premier cité s’est vengé en 1988. Maillot jaune au sommet de l’Alpe, l’Espagnol a remporté le Tour cette année-là.
L’Alpe d’Huez a également souri à de grands champions. Fausto Coppi, Laurent Fignon, Bernard Hinault, Greg LeMond, Miguel Indurain ou encore Christopher Froome et Jonas Vingegaard ont pris le maillot jaune sur la montée. Tandis que Joop Zoetemelk (1976, 1979), Gianni Bugno (1990, 1991) et Marco Pantani (1995, 1997) ont gagné au sommet.
21 virages, 21 relances à effectuer
En réalité, la pente moyenne est un peu trompeuse dans l’ascension connue pour ses 21 virages. Ce que le téléspectateur sait moins, c’est que chaque virage est plat, pour permettre aux bus de circuler plus facilement. Des bus qui partent parfois de la gare routière de Grenoble pour acheminer leurs usagers au sommet de la station.
Si on ne le distingue pas forcément à la télé, chaque sortie de virage est une relance pour les coureurs. Des relances qui, à long terme, peuvent user les organismes. L’Alpe d’Huez a été marquée par quelques défaillances en son sommet. De Greg LeMond en 1989 à Tejay Van Garderen en 2013, repris par Christophe Riblon, en passant par un Alberto Contador qui n’a pas pu finir le travail en 2011, des coureurs ont pu perdre gros dans un final d’ascension pourtant moins difficile.
Un public hors normes à l’Alpe d’Huez
La légende de l’Alpe d’Huez s’est aussi forgée par son public hors normes sur ses routes. 500 000 spectateurs en 2022, répartis sur 14 kilomètres de montée. Seul le Mont Ventoux, avec 700 000 spectateurs, peut se targuer d’avoir plus de public dans la montée. Mais l’ascension du Mont Chauve dépasse les 21 km !
L’Alpe d’Huez, c’est un stade de foot à ciel ouvert pendant près de 40 minutes. Un public brûlant, parfois indiscipliné, un spectateur avait failli coûter la victoire à Giuseppe Guerini en 1999, mais une ambiance absolument hors norme. Une foule qui s’ouvre au dernier moment pour laisser passer les coureurs. Des fumigènes et des spectateurs parfois présents jusqu’à une semaine avant le passage de la course. Entre tentes, camping-cars et bière qui coule, parfois trop, à flot.

Tom Pidcock fend la foule lors de sa victoire à l’Alpe d’Huez en 2022
Ainsi que ce fameux virage des Hollandais, le virage numéro 7, colorié quasiment intégralement en orange tant la foule néerlandaise y est présente. Ce qui ne rappelle pas que de bons souvenirs à un Thomas Voeckler en jaune sur le Tour 2011. Le Français, en difficulté, avait été conspué par un public qui lui reprochait de ne pas avoir attendu Johnny Hoogerland, renversé par une voiture France Télévisions lors de l’étape de Saint-Flour.
* Nous ne comptabilisons pas Lance Amrstrong (1999, 2001, 2003, 2004) et Floyd Landis (2006), qui étaient maillot jaune au sommet de l’Alpe d’Huez, avant de remporter le Tour de France puis de se faire déclasser pour dopage.
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