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Cyclisme sur route

Julian Alaphilippe et La Doyenne, un rendez-vous manqué

Etienne Goursaud

Publié le

Julian Alaphilippe et La Doyenne, un rendez-vous manqué
Photo Icon Sport

CYCLISME SUR ROUTE – Retour sur l’histoire contrariée entre Julian Alaphilippe et Liège-Bastogne-Liège, qu’il ne remportera jamais, alors qu’elle était taillée pour lui.

Julian Alaphilippe est désormais un coureur retraité depuis ce jeudi ! C’est la fin d’une époque, celle peut-être où le cyclisme français aura le plus regardé dans les yeux le gratin mondial. Celle où l’impossible semblait à portée de main. Coureur de talent immense, vainqueur de Milan-San Remo et double champion du monde sur route, le coureur de 34 ans a un palmarès XXL.

45 victoires. Mais pas de Liège-Bastogne-Liège. Cette classique que l’on pensait le plus dans ses cordes lui aura résisté tout au long de sa carrière ! Pire, c’est sans doute là que sa vie de coureur a basculé, avec cette terrible chute en 2022. Retour sur un rendez-vous manqué avec La Doyenne.

2015 : la révélation de Julian Alaphilippe et une 2ᵉ place pleine de promesses

Pour beaucoup de suiveurs du cyclisme, Julian Alaphilippe représente le puncheur ultime au XXIe siècle ! Celui capable de produire des accélérations qui sortent de la roue n’importe qui. Dès lors, Liège-Bastogne-Liège représente la course et l’aboutissement ultime pour un puncheur. Ce n’est pas un hasard si Alejandro Valverde l’a remporté quatre fois. Si Michele Bartoli ou Paolo Bettini y ont levé les bras à deux reprises !

Julian Alaphilippe fait partie des coureurs de cette trempe ! Pourtant, il ne remportera jamais la course ! Les espoirs étaient immenses. Des espoirs nés d’une prestation exceptionnelle de sa part en 2015. Fraîchement auréolé d’une 2ᵉ place sur La Flèche Wallonne, derrière Alejandro Valverde, le coureur de 22 ans prend la 2ᵉ place à Liège, toujours derrière l’Espagnol. Espoir mais déjà frustration pour le jeune Tricolore. Parti de très loin, de trop loin, avant de mourir à quelques longueurs de l’expérimenté Valverde.

En quelque sorte, la préface de son histoire d’amour contrariée sur la Doyenne. Pourtant, à ce moment de la carrière du Français, tout le monde était convaincu qu’il allait être le premier Tricolore à remporter la course, depuis le légendaire succès de Bernard Hinault, lors d’une course marquée par un froid polaire.



2018 : la victoire de Bob Jungels

La frustration de Julian Alaphilippe est d’autant plus importante qu’en 2018, c’est Bob Jungels – qui prendra lui aussi sa retraite cette année – qui remporte la classique. Le Luxembourgeois et alors équipier de « Loulou » n’est pas un coureur de la trempe du Français. Mais c’est lui qui aura ce jour de grâce que ne connaîtra jamais le Tricolore.



Pourtant, au départ de la course, jamais un Français n’avait semblé aussi favori de Liège-Bastogne-Liège. Pour la première fois, il a réussi à interrompre la série de victoires d’Alejandro Valverde sur La Flèche Wallonne. Par la même occasion, il remporte sa première grande classique. Il semble avoir passé un cran physiquement et la confiance est au beau fixe.

Pourtant, c’est son équipier qui tirera les marrons du feu. Alaphilippe étant obligé de jouer un rôle défensif derrière Romain Bardet (3ᵉ). Pour se contenter d’une 4ᵉ place. C’est peut-être là sa meilleure chance qui vient de s’envoler.

2019 : la défaillance et la course de trop au printemps

2019 restera la meilleure année de Julian Alaphilippe. En point d’orgue, deux succès d’étape, 14 jours en jaune et une 5ᵉ place au classement général du Tour de France, après avoir fait rêver la France entière (avec Thibaut Pinot). Néanmoins, il effectuera un de ses pires Liège de sa carrière.

Pourtant, c’est une année qui avait commencé sur les chapeaux de roues ! Des victoires en Amérique du Sud dès le mois de février ! Surtout, il remporte sa 2ᵉ grande classique de sa carrière, avec un joli numéro sur les Strade Bianche ! Dans la foulée et après deux succès sur Tirreno-Adriatico, il remporte son premier Monument, avec sa victoire sur Milan-San Remo. En se permettant de régler au sprint des fusées comme Wout Van Aert ou Peter Sagan, qui allaient remporter des sprints massifs sur le Tour 2019.

Il va continuer de gagner au printemps, mais les premiers signes de lassitude semblent arriver. En échappée avec Jakob Fuglsang sur l’Amstel Gold Race, les deux coureurs s’enterrent et Mathieu van der Poel, au prix d’un dernier kilomètre d’anthologie, gagne la course. Trois jours plus tard, « Loulou » triomphe de nouveau sur La Flèche Wallonne. Mais il arrivait alors en bout de course.

La lassitude s’est confirmée sur Liège, sous des trombes d’eau et une météo qu’il déteste. Jakob Fuglsang s’impose et le Français est 16ᵉ, sans avoir pesé sur La Doyenne. La course de trop de son printemps fantastique (8 de ses 11 victoires avant mai).

2020 : Julian Alaphilippe lève les bras, mais perd

2020, c’est sans doute ce qui marquera le plus les esprits ! Cette photo finish avec un Julian Alaphilippe qui lève les bras puis regarde sur sa droite Primož Roglič le déborder. Le Français a célébré trop tôt et n’a pas vu le Slovène le passer. Dans un premier temps, des regrets immenses de voir une victoire sur un Monument lui échapper. Puis des regrets atténués, quand il se fera déclasser pour son sprint irrégulier.

Juste auréolé de son titre de champion du monde et dans une saison particulière marquée par le Covid, le Français semble plus fort que jamais. S’il ne parvient pas à se défaire de tout le monde dans la côte de la Roche-aux-Faucons, il reste le favori de l’emballage final. Avant cet invraisemblable épisode.

2021 : l’avènement de Tadej Pogačar et la bascule pour Julian Alaphilippe

2021 va marquer la dernière chance de Julian Alaphilippe pour remporter Liège-Bastogne-Liège. Une chance envolée, quand le Français est débordé par Tadej Pogačar. C’est aussi la bascule entre deux époques. Celle de la fin des années 2010 et du sommet pour Julian Alaphilippe. Et celle de l’avènement de l’ogre slovène, qui remporte le premier de ses 13 Monuments (série en cours). Pour ouvrir ce qu’on appelle l’ère des mutants.

Pourtant, comme en 2020, « Loulou » semble le plus fort ! Fort de sa victoire sur la Flèche Wallonne, après un début de saison plus difficile. C’est encore lui qui est à la manœuvre dans La Roche-aux-Faucons, face à un Pogi inhabituellement défensif ce jour-là. La différence de jus se joue peut-être là ? Pourtant, quand il lance son sprint, le Français semble être le plus fort. Mais le jeune Slovène le déborde – encore – sur sa droite. Julian Alaphilippe sera encore 2ᵉ de la Doyenne.

2022 : La chute et la bascule dans sa carrière

C’est une des images les plus terribles de la carrière de Julian Alaphilippe ! Une chute dans la descente du col du Rosier et le Français qui termine sa course dans un arbre ! Le bilan est lourd pour lui. Plusieurs côtes cassées, un pneumothorax et une omoplate cassée ! Sur ce Liège-Bastogne-Liège 2022, il aurait clairement pu y laisser la vie. Mais il va y laisser une partie de la suite de sa carrière.

Le Français va continuer à gagner, mais moins. Il n’aura plus cette impression de puissance qu’on lui connaissait avant ! Les blessures étaient lourdes. Egan Bernal, qui a connu des traumatismes similaires et à un âge plus jeune que Julian Alaphilippe, n’a jamais réussi à retrouver son niveau. Le Tricolore vient de dire une dernière fois adieu à toutes chances sur la Doyenne. Il y reviendra, mais sans jamais peser sur la course !

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