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Coupe du monde de rugby

Coupe du monde de rugby 2025 : Le fossé entre les Bleues et les meilleures s’est creusé

Etienne Goursaud

Publié le

Rugby - Le fossé entre les Bleues et les meilleures s'est creusé lors du mondial
Photo Icon Sport

COUPE DU MONDE FEMMES DE RUGBY 2025 – Le constat est amer. Au lendemain de la 4ème place des Bleues, le fossé s’est creusé avec les nations majeures. Pour renverser la vapeur, la France doit appliquer des changements et professionnaliser le rugby féminin. Car le vivier est intéressant chez les jeunes.

De la 3ème à la 4ème place en trois ans, mais pas que

Des défaites plus lourdes qu’en 2022 contre l’Angleterre et la Nouvelle-Zélande

Le constat est impitoyable ! Entre la Coupe du monde 2021 (disputée en 2022) et la Coupe du monde 2025, la France a reculé dans la hiérarchie du rugby mondial. Un recul que ne peut masquer une qualification déjà presque miraculeuse en demi-finale. Miraculeuse, tant, c’est un braquage d’avoir écarté l’Irlande en quart de finale (18-13).

Mais la réalité est revenue en pleine face aux Bleues, lors des deux derniers matchs. Courageuses et appliquées pendant près d’une heure, les Françaises ont finalement lourdement chuté en demi-finale face aux futures championnes du monde anglaise (35-17). Avant de subir une ultime correction, après un premier acte calamiteux, face à la Nouvelle-Zélande (42-26).

Deux scores qui font très mal. Peut-être même encore plus quand on se replonge dans l’édition 2022. Les Bleues avaient échoué en demi-finale, elles avaient eu la pénalité de la gagne contre la Nouvelle-Zélande (défaite 24-25), au terme d’un match dans lequel les Françaises avaient sans doute manqué de pragmatisme, mais avaient été à la hauteur de l’évènement. Avant de dominer le Canada, sans contestation, pour prendre le bronze (36-0). Et le décalage de progression avec le Canada fait très mal aux Bleues. Des Canadiennes finalistes cette année, après avoir écœuré les Néo-Zélandaises en demi-finale (34-19). Difficile d’imaginer les Bleues dominer les Canadiennes, si elles avaient croisé leur route cette année.

Une confirmation d’un constat déjà observé dans le passé récent

On se souviendra également que les Bleues ne s’étaient inclinées, il y a trois ans, « que » de six points, en phase de poule face à l’Angleterre (7-13). En 2025, il est désormais clair qu’il y a trois nations et la France loin derrière. Et les Bleues ont aussi vu l’écart avec d’autre pays se réduire. Le quart de finale n’est pas l’unique exemple. Un constat déjà fait à la fin de l’année 2024, avec le WXV aux USA, avec des Françaises qui avaient énormément souffert. Une défaite 46-24 contre le Canada, une petite victoire 22-14 contre les USA, une rouste 39-14 contre la Nouvelle-Zélande. Alors que, pendant ce temps-là, l’Irlande accomplissait un exploit, en s’offrant ces mêmes Néo-Zélandaise (29-27).

Le dernier Tournoi des 6 Nations, en début d’année 2025, n’avait pas plus rassuré. Une victoire déjà pénible en Irlande (15-27), une qui s’est décidée en deuxième mi-temps contre l’Écosse (38-15), une plus confortable contre le Pays de Galles (42-12), avant de se faire de nouveau peur contre l’Italie (21-34). Et même s’il y a eu cette défaite finale en Angleterre, au terme d’un match fou (43-42), le constat est que les Bleues n’ont jamais su réellement étriller des adversaires plus faibles qu’elles sur le papier. Dès lors, avec des bases pas acquises à 100 %, difficile de les imaginer rivaliser avec les cadors. Et il n’y a pas eu de miracle sur cette Coupe du monde.





Quels motifs d’espoirs pour la suite ?

Peu de visibilité pour le championnat, mais audience au rendez-vous pour les Bleues

Une fois le constat fait, les Bleues ont désormais quatre ans de travail devant elles, pour tenter de combler l’écart. Et l’effort doit être fait maintenant, pas en 2026 et encore moins en 2027. Nous avions souligné le grand retard de médiatisation du rugby féminin en France, par rapport à d’autres sports et par rapport à d’autres pays. Il est urgent que le championnat d’Élite 1 devienne professionnel, afin d’avoir un vrai vivier (et non 35 joueuses) 100 % professionnelles et qui peuvent pratiquer leur discipline dans des conditions idéales pour poursuivre leur progression. Pour avoir une réelle émulation et l’émergence de plus de talents. Cela passe par davantage de sponsoring… Et une meilleure diffusion d’un championnat encore bien trop anonyme.

L’équipe de France, elle, a rassemblé les téléspectateurs. 18,2 millions au total des six matchs. Dont deux pointes à plus de 3 millions (3,2 lors de France-Italie, 3,5 lors de la demie contre l’Angleterre). On ne peut pas encore parler d’une équipe de France entrée dans les foyers, mais c’est une belle réussite pour TF1 et France 2, les deux diffuseurs. Il ne faut pas être naïf, la réussite audiovisuelle des Bleues ne signifie pas la même chose en championnat. Le handball (masculin comme féminin) peut en témoigner malheureusement. Et pourtant, elle est la condition presque indispensable au développement du rugby féminin. Médiatisation qui amène la performance ou l’inverse, ce n’est pas le débat, le rugby féminin doit être accompagné aujourd’hui. Sous peine de sacrifier d’autres générations.

De jeunes joueuses à développer

Car le XV de France féminin, bien que touché lors de cette Coupe du monde, a quand même quelques motifs d’espoirs pour la suite. Dont de jeunes joueuses prometteuses. La troisième ligne Léa Champon, 22 ans, a été une des révélations françaises en Angleterre. Une des seules à la hauteur dans le marasme de la petite finale (nous lui avons attribué la note de 7/10 sur ce match). Hors Annaëlle Deshaye, toutes les piliers ont 25 ans ou moins. Trois des quatre deuxièmes lignes ont 25 ans ou moins. Cinq des sept troisièmes lignes ont 25 ans ou moins (dont trois ont 22 ans ou moins). Aucune arrière n’a atteint les 30 ans.

Et même si Marine Ménager (29 ans) a tiré sa révérence, il y a fort à parier que la majeure partie des joueuses présentes en Angleterre postuleront pour être de la Coupe du monde 2029. Dont la plupart seront dans la force de l’âge. Et le réservoir est important chez les jeunes. La victoire lors du Summer Nations Séries U20, l’été dernier, l’atteste.

Notamment un succès 52-39 face à l’Angleterre. Et ce n’est pas la première fois qu’une équipe de France jeune domine l’Angleterre. D’où l’importance de franchir ce cap dès maintenant, dans la professionnalisation du rugby français. Car les perspectives peuvent être très intéressantes. Alors que chez les grandes, les Bleues en sont à 17 défaites de rang face aux Anglaises, il est temps de renverser la vapeur.

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